Bolloré peut-il bloquer l’alternance au Togo ?

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  En effet, il y a aussi des faiseurs de roi dans le secteur privé français au Togo. Le Groupe de Vincent Bolloré a été reçu comme un hôte de marque dans le cadre de la modernisation et l’extension du Port autonome de Lomé pour un triplement des capacités d’ici 10 ans grâce à un investissement important pour un troisième quai en eau profonde avec un tirant d’eau de 15m 4. Le problème des Africains, et des Togolais en particulier, est que personne ne s’offusque que les investissements ne se fassent pas par les riches milliardaires africains.

Au contraire, c’est une querelle entre deux anciens associés devenus des ennemis qui va déterminer l’avenir du Port autonome de Lomé (PAL) si une alternance politique intervient au Togo. En effet, le franco-espagnol Jacques Dupuydauby l’ex-dirigeant du groupe portuaire Progosa, s’est vu attribuer, de gré à gré par feu Etienne Gnassingbé Eyadéma, la gestion de la manutention portuaire de Lomé en 2001. Faure Gnassingbé arrive au pouvoir en 2005. Selon des sources bien informées, sur pression de Nicolas Sarkozy, Président français de l’époque, serait intervenu pour que Jacques Dupuydauby soit dépossédé avec décision judiciaire à l’appui, et chassé du PAL et du Togo manu militari 5.

Chacun des protagonistes a entamé un procès. Mais le changement brusque de Faure Gnassingbé en 2005 pour attribuer à Vincent Bolloré, l’essentiel des actifs de Jacques Dupuydauby n’augure pas d’un futur paisible de la gestion du PAL dans le cadre d’une alternance mouvementée (coup d’Etat) ou pacifique (vérités des urnes lors des élections présidentielles de 2015).

En attendant les décisions d’un juge parisien qui est chargé d’enquêter sur tout ceci, c’est la décision des juges togolais qui priment. Une histoire à suivre et qui va nécessairement polluer les élections présidentielles de 2015 au Togo. Jacques Dupuydauby a pu confier au juge français Serge Tournaire qu’il faisait l’objet de « rackets, … de demandes incessantes et toujours plus importantes » de la part de l’exécutif togolais, qui utilisait ce système de chantage en professant des menaces d’éviction et de cessation d’activité sur le PAL si les paiements n’étaient pas effectués dans les temps.

Jacques Dupuydauby a même indiqué au juge que c’est un « un Français, le juriste Charles Debbasch (alias Koffi Souza), devenu en 2005 « ministre conseiller » à la Présidence du Togo, qui venait récupérer le chèque tous les mois ». Ce Français, possédant aujourd’hui le passeport diplomatique togolais fut condamné pour abus de confiance en France dans l’affaire de la « fondation Vasarely 6 ». En 2011, les juges togolais ont condamné Jacques Dupuydauby en son absence en première instance (20 ans de prison ferme pour escroquerie, abus de confiance, groupement de malfaiteurs et fraude fiscale) et l’Etat togolais a lancé un mandat d’arrêt international qui restreint les déplacements de ce dernier dans le monde. Vincent Bolloré a aussi engagé une action auprès de Tribunaux togolais contre son ex-associé…

Avant que tout ceci ne finisse en non-lieu, il faut que le peuple togolais prenne conscience que le port représente près de 40 % des recettes de ce pays même si l’opacité sur les comptes du PAL ne permet pas d’avoir les données réelles. Alors, celui des candidats à la présidentielle togolaise en 2015 qui trouvera une solution pour le PAL, risque d’être celui que les intérêts privés français risquent d’adouber. L’Etat français pourrait y trouver son compte en profitant de l’occasion pour mettre tout le monde d’accord en imposant d’une manière ou d’une autre, un candidat, surtout si François Hollande décide que « La France n’est pas là pour se substituer à Faure Gnassingbé, mais pour l’accompagner le Peuple togolais vers la vérité des urnes ». Dans ces conditions, la question est de savoir quelle sont les relations entre Vincent Bolloré et François Hollande ? Le consensus légendaire de François Hollande est-il possible en l’espèce ? Lesquels des candidats aux élections présidentielles en profiteront s’il n’y a pas de coup d’Etat entretemps ?

Dr Yves Ekué Amaizo

 

 

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