Autant le dire… : Show « Hollandais » à Sévaré, Tombouctou et Bamako

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  Le « Chef Blanc » est venu faire son show à Sévaré, Tombouctou et Bamako. Après avoir pris « une décision grave » qui a servi à libérer le Mali attaqué par les terroristes. A travers cette intervention, le « Chef Blanc » dit avoir « payé sa dette » envers le Mali et l’Afrique car, il reconnaît qu’au « moment où son pays était attaqué, qui est venu ? C’est l’Afrique, c’est le Mali ». En même temps qu’il paie sa dette, « le Chef Blanc » dit que sa mission était conforme aux valeurs de son pays, la France : la France des droits de l’Homme, de la démocratie.

Ainsi, François Hollande, le « président normal », a sans doute agi « normalement » au Mali, si bien qu’il était « normal » pour lui de venir à Bamako, devant des milliers de Maliens, soutenir et le Mali, mais également ses troupes. Normal tout cela. Pouvait-il en être autrement quand on sait que la même France, disait encore François Hollande, il n’y a pas longtemps au sujet de la Centrafrique, n’a pas d’amis, mais des intérêts à défendre. On pourrait rétorquer qu’elle n’a pas d’intérêt au Mali.

Et pourtant, le signal est bien fort en ce sens qu’à travers son intervention au Mali, elle prévient qu’elle est et reste forte ; qu’elle peut frapper ainsi partout…où ses intérêts sont menacés. François Hollande a bien réussi son show à Bamako au moment où dans les rues de Paris, aux alentours du Palais Bourbon (Assemblée nationale) et dans les villes de France, des dizaines de milliers de ses concitoyens manifestent contre le « mariage pour tous ». Naturellement, il gagne des points en Afrique où il apparaît en « vrai sauveur » du peuple malien, mais il en perd au bord de la Seine où il a été élu.

En effet, s’il convient de saluer l’intervention militaire française au Mali, il est moins évident de cautionner le spectacle auquel le « président normal » s’est donné au Mali. Venu comme dans un territoire conquis ou reconquis, il est intervenu comme le ferait De Gaulle. Autrement dit, François Hollande est venu nous rappeler que l’Afrique reste la chasse gardée du colonisateur français, puisque, ni nous, ni la France elle-même n’a rien fait pour que nous soyons véritablement affranchis. C’est au compte-goutte que les armées africaines se déploient au Mali, faute de moyens logistiques et financiers, après plus de cinquante années d’indépendance. C’est pourquoi, nous devrions nous poser la vraie question de savoir ce que nous avons fait de nos indépendances. Nos devanciers doivent se poser la question et donner la réponse de ce qu’ils ont fait. L’Afrique ne mérite pas cela.

Continent riche de ses hommes, de son sous-sol et de ses valeurs, elle peine malheureusement à accéder au minimum de développement, à tel point qu’elle n’est même pas en mesure de défendre sa sécurité physique, comme c’est le cas ici au Mali. On peut bien comprendre l’euphorie qui s’est emparée des Maliens du Nord (Tombouctou, Kidal, Gao, Sévaré, Douentza…) après que les terroristes aient été chassés, car, ils retrouvent une liberté qui leur avait été confisquée. Mais la question qui se pose est de savoir combien de temps seront-ils libres ? Autrement, que s’est-il passé au Mali pour qu’on en arrive à une telle déchirure, à une division du territoire ? C’est là qu’il faut convenir avec ceux qui pensent et prédisent que le plus dur reste à venir. Les terroristes vont partir de gré ou de force.

Mais le problème fondamental qui a facilité ou permis la guerre au Mali, reste en l’état et il va falloir le résoudre pour ne plus retomber dans les mêmes situations. Les Maliens (classe politique, société civile, personnes ressources du Nord et du Sud, diaspora) sont-ils prêts à poser les vrais problèmes et à les résoudre ? Au cas contraire, « le Chef Blanc » reviendra un jour encore pour faire son show.

Dabaoué Audrianne KANI

 

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