Assemblée Nationale togolaise : tragédie d’un nouveau siège [Chronique de Kodjo Epou ]

0

Le RPT/UNIR pense- t-il avoir réalisé un gain en installant l’assemblée dans laquelle il est majoritaire dans un bâtiment ultra moderne bâti à 90% par les Chinois?

Peu importe d’où provient l’argent, l’essentiel pour le gouvernement togolais, c’est de recevoir les prêts et dons, à tour de bras, sans discernement. Une diplomatie de la manche tous azimuts, alors que les ressources mêmes du pays prennent, quant à elles, des destinations inconnues. Chez nous, on n’a pas encore compris que certains dons spolient l’Etat et humilient ses institutions, qu’au rendez-vous du donner et du recevoir, il faut toujours être guidé par un souci de fierté nationale et veiller à ce que rien ne l’écorne ou l’abîme. Une Assemblée Nationale dessinée, construite, entretenue par la Chine? Le Togo touche une fois encore le fond de l’intex standard requis pour le maintien de sa souveraineté. Que dit l’opposition à propos de cette nouvelle tragédie annoncée avec hilarité, d’un air fanfaron par Drama Dramani?

La tradition africaine, depuis la nuit des temps, déteste la dépendance des autres pour subsister. Un proverbe swahili favori de l’ancien leader tanzanien, Julius Nyerere dit « Mgeni siku mbili ; siku ya tatu mpe jembe ».

Ce qui se traduit : « traitez votre invité comme un invité pendant deux jours. Le troisième jour, donnez-lui une houe ».

De façon générale, la tradition africaine a horreur de la dépendance, de quelque nature qu’elle soit. C’est ainsi que dans nos cultures, un HOMME n’en est pas un s’il n’est pas capable de mettre lui-même la paille sur son toit pour se protéger et protéger les siens contre la saison des pluies. Et puis, celui qui t’abrite te possède. Il est par conséquent inconcevable que les Africains du Togo reçoivent un bâtiment de la Chine pour abriter l’endroit qui est un symbole fort tant de ses institutions que de ses aspirations pour le futur. Où sera-t-elle, demain, la fierté du citoyen togolais dans une telle réalisation de marque étrangère?

Lorsqu’il s’agit d’organiser des élections opaques et ne pas avoir à rendre compte à quelques donateurs que ce soit, le RPT trouve à domicile le financement nécessaire en brandissant la carte de la souveraineté nationale. Où le parti au pouvoir met-il ladite souveraineté qui lui est si chère lorsque des bras étrangers venus de l’autre bout du monde doivent doter le pays qu’il gouverne du siège de son parlement ?

Le Ministre Bawara doit avoir réponse à cette question.

L’histoire ancienne et moderne de la donation de bâtiments et d’infrastructures d’une nation à une autre est tissée d’intrigues, de subterfuges, de conquêtes, d’embrouilles diplomatiques, d’espionnage, de manipulations et d’idée de domination. On se souviendra de l’Odyssée d’Homère, du cheval de Troie “donné” par les Grecs à l’ancienne ville de Troie après dix ans d’escarmouches interminables. Lors de la construction de la Basilique St Pierre à Rome – désignée comme la plus grande église de la chrétienté – les contributions des fidèles ont été soulignées plutôt que celle de pays amis. Même le don de la Statue de la Liberté offerte par la France aux Etats-Unis lorsque ceux-ci ont accédé à l’indépendance, il a été accompagné d’un effort collectif dans lequel 120 000 Américains, entraînés par Joseph Pulitzer, ont contribué avec des fonds pour la construction du piédestal, en 1885. Quelle fierté les Français auraient pu tirer aujourd’hui de l’imposante architecture de leur assemblée nationale, le Palais Bourbon, si au 18eme siècle le roi d’alors en avait confié le financement et la construction à des Russes?

Clairement, le régime cinquantenaire de Lomé fait preuve d’un pauvre jugement, d’une inconscience inqualifiable en acceptant l’offre de la Chine pour les nouveaux quartiers généraux des institutions du pays. Hier, en 2000, c’était la présidence de la République, Aujourd’hui, l’immeuble de l’Assemblée nationale. Nos dirigeants, ceux de l’exécutif et du législatif réunis, en bloc, ont dévié de l’idéal des pères fondateurs qui voulaient faire du Togo une une nation fière et digne, l’or de l’humanité.

Le RPT/UNIR pense- t-il avoir réalisé un gain en installant l’assemblée dans laquelle il est majoritaire dans un bâtiment ultra moderne bâti à 90% par les Chinois? La réalité est que notre pays a énormément perdu dans tous les domaines qui méritent une sérieuse attention. Un pays qui vole de revers en revers pour devenir totalement méconnaissable. Aucun effort pour inverser la perception négative du Togo et des Togolais par les autres nations. Comment peut-il en être autrement avec une gouvernance calamiteuse et peu ingénieuse que celle de Faure Gnassingbé! Le résultat, c’est la pérennisation des manipulations politiques, du siphonnement économique par l’Occident et ses valets locaux. Quand nous Togolais nous comportons en éternels assistés, quand nos dirigeants passent le plus clair de leur temps à piller l’état, à s’accrocher de toute leur force au pouvoir et à mendier à tous les coins du globe au lieu d’organiser ce peuple travailleur qu’est le peuple togolais à produire des richesses, comment voulons-nous qu’un jour le Japonnais Ban Ki-Moon ou l’Américain Obama n’intime à notre société l’ordre de légaliser l’homosexualité, cette pratique abominable qui, au regard de nos us et coutumes africaines, est l’une des pires perversités.
La satisfaction d’un besoin crée toujours un autre besoin. Quand leTogo recourt à l’argent et l’ingénierie chinois pour la construction du batiment devant abriter son assemblée nationale, il va sans dire que bientôt, pourquoi pas, ce sera l’apprentissage du mandarin dans nos écoles au lieu du Kabyè et l’Ewé. Voilà où nous amène le cruel déficit de leadership, le manque criard de vision et l’insouciance caractérisée au sommet de l’état. Claironner la souveraineté nationale en périodes électorale et, entre deux scrutins, déployer la passion de l’assistanat, ce sont-là deux positions antinomiques. C’est, paradoxalement, la chose la plus difficile à comprendre dans notre fichu de pays, un territoire propice à toutes les transactions mafieuses d’où partent de gigantesques flux financiers douteux.

La rumeur étant devenue clameur et vouloir raisonner des entêtés étant une gageure hazardeuse voire dangereuse au Togo, la Chine va abriter les députés togolais. Rien ne fera reculer le RPT/UNIR. Maintenant , s’il reste encore un peu de dignité à ce parti, il doit demander à son chef, Faure Gnassingbé, de prendre trois (3) actes majeurs qui seuls, pourraient apaiser les blessures faites à l’orgueil national par ce cadeau chinois. Il s’agit de choisir le mois d’Octobre pour inaugurer le nouveau bâtiment de l’Assemblée, le baptiser “ Palais du 14 Octobre” et, dans le discours de son inauguration par le chef de l’état, annoncer le retour à la constitution de 1992, celle qui avait été plébiscitée le 27 Septembre 1992 et promulguée en loi par le général Eyadéma, le 14 Octobre de la même année. Un rêve? Peut-être. Mais qui peut dire si dans le futur, lorsque le Togo sera une vraie démocratie, ce batiment venu de Chine ne sera pas affecté à autre chose que d’abriter le parlement de la République togolaise!

Kodjo Epou
Washington DC
USA

{fcomment}
 

Laisser une réponse