Anthologie du deuil de Charlie Hebdo en Afrique: Ou quand la mort du « Blanc » anéantit le « Noir ».

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En Côte d’Ivoire, on a jamais tué des africains là-bas, capturé les plus hauts dirigeants et placé des assassins au pouvoir

Il faut l’avouer tout de suite: c’est une grande première dans l’histoire africaine. Des africains n’ont jamais vu autant de personnes tuées en une seule journée! L’incroyable est arrivé, et beaucoup d’africains sont dans tous leurs états. Non pas parce que Boko Haram, le 7 janvier a entièrement détruit 16 villes et villages des rives du lac Tchad dans le nord-est du Nigeria et fait des centaines de morts. Non !
Le même mercredi 7 janvier 2015, une large partie de la rédaction du journal satirique français Charlie Hebdo a été victime d’une tuerie. Deux personnes criant « avoir vengé le prophète » Mohamed très souvent caricaturé par Charlie Hebdo avaient tué quelques secondes plus tôt 12 personnes dans les locaux du journal.

Le peuple français dans son ensemble, ses dirigeants toute catégorie confondue et leurs cousins euraméricains condamnent de toutes leurs forces ces meurtres. Dès la survenance des tueries, on a vu l’indignation immédiate et tout le peuple français de Paris, Lyon, Lille, Annecy, Dijon, Marseille, Bordeaux, Nîmes, Nantes, Grenoble, et partout en province, y compris les villages les plus reculés, mû par la douleur partagée, interpellé par l’assassinat des leurs, manifeste. Ailleurs, dans les autres pays occidentaux, la conscience d’appartenir à un même peuple, osons le mot, à une même RACE, devant affirmer son identité face à un ennemi de presque toujours depuis les Croisades religieuses du Moyen Âge, tout le monde s’est indigné. Des manifestations gigantesques ont été organisées là aussi contre la tuerie à Paris.

Le peuple français a reçu les condoléances de tous ses « peuples frères » et alliés qui lui ont promis agir « à ses côtés face au même ennemi ». N’allez pas croire qu’il s’agit là de vains mots de circonstance. (Lire un texte consacré à cette gigantesque mobilisation ici https://www.facebook.com/moltraFrance/photos/a.443144745791527.1073741828.441937345912267/628177897288210/?type=1&theater).
Presque tous les dirigeants euraméricains viendront manifester aux côtés des français et de leurs dirigeants demain dimanche 11 janvier 2015. C’est tout à fait à leur honneur. Car, face à un ennemi, un adversaire commun, les peuples intelligents rassemblent leurs énergies.

En Afrique où Boko Haram, Aqmi, les Shebabs, Mujao…etc, massacrent quotidiennement les populations dans une indifférence totale, la tristesse est à son comble. Beaucoup d’africains n’en peuvent plus de savoir que des « innocents » sont tués à Paris. Partout, des cris s’élèvent. Aussi bien sur le continent que dans sa fameuse diaspora, des africains sont inconsolables. Oui, des « Blancs » sont morts! Jamais de sa vie, « l’homme noir » n’a autant pleuré. A commencer par les marionnettes faisant office de dirigeants des territoires africains.

Le mardi 8 janvier, nous écrivions ceci : « On aurait aimé, ne serait-ce que de la part de ces « noirs » absolument mobilisés ici, avoir le même déploiement d’énergie face aux agissements criminels incessants de Boko Haram, piloté en sous-main par ceux à qui profite le crime. Au Mali, au Kenya, en Somali face à Ansar Dine, Mujao, Aqmi, Shebabs et autres, on n’a ni vu colère, ni solidarité des indignés noirs sur Charlie Hebdo. Au Sud Soudan, les massacres continuent au quotidien dans l’indifférence absolue des noirs. Au Kongo de Joseph Kabila, on ne compte plus les morts, car les compteurs sont bloqués à force de tourner. Mais, là aussi, les noirs sont totalement sourds et muets : ils n’entendent rien, ils ne voient rien non plus. Au Gabon, le fils Bongo fait tuer des gens dans les rues, on a vu la mobilisation dont les noirs ont été capables face à cela. Au Togo du fils Gnassingbé, les noirs n’ont jamais vu de morts, encore moins de blessés. En Côte d’Ivoire, on a jamais tué des africains là-bas, capturé les plus hauts dirigeants et placé des assassins au pouvoir. Sur la Centrafrique, on a vu la gigantesque mobilisation sur le continent et dans la fameuse Diaspora, ainsi que les tonneaux se remplir de larmes des noirs voyant le nombre de compatriotes massacrés, hier et aujourd’hui, là-bas dans une guerre inter-religieuse et inter-ethnique fabriquée de toutes pièces pour camoufler les vrais enjeux. » (Lire le texte complet ici https://www.facebook.com/moltraFrance/posts/627236237382376).

C’est peine perdue.

Dans les lignes qui suivent, nous vous offrons une anthologie du deuil que portent les « dirigeants » africains et autres depuis 3 jours maintenant. Chacun de ces morceaux est publié sur la page Facebook du MOLTRA ce samedi 10 janvier.

Charlie Hebdo: le Bénin déclare le 9 janvier 2014 jour de deuil national

On arrête pas en Afrique. Les larmes coulent toujours et encore!

Le Conseil préfectoral qui fait office de gouvernement du territoire du Bénin a déclaré le « 9 janvier jour de deuil national et mis en berne tous les drapeaux sur toute l’étendue du territoire béninois », a annoncé jeudi soir le ministre béninois des Affaires étrangères et de l’Intégration africaine, Arifari Nassirou Bako.

« Nous devons condamner avec la dernière rigueur cet acte que nous réprouvons avec toute la vigueur qu’il faut », a-t-il indiqué lors d’une marche avec des centaines de citoyens et membres du gouvernement béninois, allant de l’Institut français de Cotonou à l’ambassade de France au Bénin.
Les manifestants en file indienne, tous silencieux, bougies allumées et gerbes de fleurs en main, ont exprimé leurs compassions au gouvernement et au peuple français.

« Nous sommes venus non seulement pour exprimer notre compassion au peuple français endeuillé par l’attentat perpétré contre le journal satirique Charlie Hebdo, mais aussi pour crier haut et fort notre adhésion aux valeurs de liberté d’expression, aux valeurs de liberté d’exercice d’une profession noble, comme le journalisme », a déclaré Arifari Nassirou Bako.

Charlie Hebdo: Ali Bongo ira manifester à Paris, rendez-lui ses Charlie!

Ali Bongo, fils de son père, préfet du territoire du Gabon est toujours en pleurs. « Ceux qui ont commis cet attentat odieux que rien ne peut justifier ont trahi l’Islam, déshonoré le prophète Mohamed et tourné le dos à Dieu. Tout le contraire de ce qu’ils prétendent défendre. Je présente aux familles durement frappées nos sincères condoléances », déclare-t-il, désespéré.

Ne s’expliquant toujours pas le geste des tueurs qui ont « trahi l’Islam », le préfet Bongo n’ayant jamais la couleur du sang, va manifester aux côtés de François Hollande et de ses compatriotes européens, demain dimanche 11 janvier 2015 dans les rues de Paris.

Pour un homme qui n’a jamais su de quelle couleur est le sang, c’est tout à fait normal de pleurer jusque dans les rues de Paris la mort des premiers hommes sur terre.

Charlie Hebdo: Denis Sassou Nguesso, pas loin d’une crise cardiaque, dénonce un « acte terroriste horrible, lâche et ignoble ».

La concurrence victimaire continue parmi les préfets de la République française faisant office de dirigeants dans les enclos coloniaux appelés Etats africains. C’est celui, parmi eux, qui prononcera le summum de la furie qui est recherché depuis 72 heures maintenant.

Le préfet du territoire du Congo-Brazzaville a, dans une lettre adressée à François Hollande, datée de ce jeudi 08 janvier 2015. Dans cette missive, Monsieur 13% dit « condamné avec la plus grande fermeté cet acte terroriste horrible, lâche et ignoble. » Cet acte », précise celui qui n’a jamais vu de cadavre, encore moins jamais tué dans sa vie au Congo de Savorgnan de Brazza, « n’est pas seulement une vile agression contre la France, mais aussi une atteinte à la liberté d’expression, pilier majeur de la démocratie. Je m’incline devant la mémoire des victimes de cette barbare et vous prie d’accepter mes condoléances les plus émues ainsi que l’expression de la solidarité du peuple congolais avec le peuple français et de sa compassion avec les familles durement éprouvées. »

Charlie Hebdo: Faure Gnassingbé II n’a jamais autant pleuré après la mort de son père, Gnassingbé 1er.

Gnassingbé 2 fut le tout premier préfet de la République française dans un territoire, celui du Togo, à se prononcer sur la tuerie à Charlie Hebdo.

Quelques minutes seulement après la tuerie le 7 janvier 2015, Gnassingbé 2, qui n’en pouvait plus, a envoyé un message à François Hollande et au peuple français. Le papier et l’enveloppe contenant le message ont mis du temps à sécher, tellement mouillés par les larmes du préfet qui, à l’instar de ses collègues anéantis par le deuil, n’a jamais tué des africains du Togo.

Voici son contenu :

« C’est avec une vive indignation et une profonde consternation que j’ai appris la tragique nouvelle de l’attentat meurtrier, perpétré ce matin au siège du journal Charlie Hebdo à Paris.
Une telle violence, au seuil d’une nouvelle année, ne peut susciter qu’une réprobation totale. Je vous prie de trouver à travers ces lignes, l’expression de la profonde compassion ressentie par l’ensemble du peuple togolais face à la douleur du peuple français et au chagrin des familles des victimes et des blessés.

En ces circonstances particulièrement douloureuses, je tiens également à vous témoigner toute ma solidarité et mon soutien.
Le tragique attentat de ce jour touche à un symbole de la liberté d’expression dont la défense a toujours été au cœur de l’humanisme et des valeurs universelles si chères à la France. Il rappelle combien notre commune adhésion à une lutte sans merci contre l’hydre du terrorisme doit être sans cesse renouvelée et renforcée pour le triomphe d’un monde de paix, de liberté et de tolérance. »

Charlie Hebdo: Des journalistes au Togo sont en deuil.

Et c’est par un sit-in qu’ils l’ont fait savoir hier vendredi 9 janvier 2015 à Lomé, à 6496,8 kilomètres de la Métropole.

Beaucoup d’africains n’ont jamais autant porté le deuil. 12 personnes sont tués à Paris. Qui pourra les consoler?

Aqmi, Boko Haram, Mujao, Shebabs…n’ont jamais tué en Afrique. Disons que c’est la première fois dans leur vie que ces Charlie « noirs » voient de cadavres ou en entendent parler.
Leurs déclarations en témoigne: « Nous avons organisé ce sit-in d’abord pour dénoncer l’acte ignoble qui a été commis le 7 janvier dernier à Paris au siège de nos confrères Charlie hebdo, un acte qui a coûté la vie à douze (12) personnes dont plusieurs confrères. Nous sommes là aussi pour manifester notre soutien, note compassion aux familles des confrères et à tout le peuple français dont les valeurs ont été attaquées. Enfin, nous sommes là pour dénoncer cet acte et rappeler l’importance de la liberté de presse dans une démocratie », a confié à l’Agence de presse Afreepress, Jean-Paul Agbo Ahouelété, président du Conseil national des patrons de presse (CONAPP).

« Je suis Charlie, c’est pour dire qu’aujourd’hui ce sont les journalistes de Charlie qui ont été atteints par cette attaque. Demain, ça peut être nous ou quelqu‘un d’autre, donc nous sommes tous des Charlie », a fait savoir de son côté Patricia ADJISSEKOU, Secrétaire général de l’UJIT (Union des journalistes indépendants du Togo).

Présentes également à cette indignation des membres de l’Association togolaise de la presse privée en ligne (ATOPPEL), du Conseil national des patrons de presse (CONAPP), du Syndicat des journalistes du Togo(Synjit), de l’Observatoire togolais des médias (OTM).

Charlie Hebdo: Un « opposant » au Togo, inconsolable devant « cette calamité mondiale ».

Mouhamed Tchassona Traoré, président du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (un parti politique se disant de l’opposition dans le territoire du Togo) a signé un communiqué dénonçant les tueries à Paris.

« Aucune raison, soit-elle religieuse ne peut expliquer cette barbarie. Le MCD tout en manifestant sa solidarité indéfectible vis-à-vis de la France en ce moment douloureux de sa vie, exige que les assassins soient vivement recherchés et punis selon les lois en vigueur », dit Monsieur Tchassona.
Evidemment, on a jamais tué selon « aucune raison, soit-elle religieuse » dans les parages immédiats de Tchassona. C’est pourquoi il n’a jamais publié un communiqué du genre.

Charlie Hebdo: Mvondo Paul Biya en colère et demande une mobilisation concrète.

Le gouverneur du territoire du Cameroun, Mvondo Paul Biya, a condamné « avec force l’attentat perpétré mercredi contre le journal français Charlie Hebdo et qui a coûté la vie à 12 personnes dont de nombreux journalistes. »

Jeudi devant les membres du corps diplomatique et des corps constitués nationaux, à qui il adressait ses vœux de nouvel an, Mvondo Biya, qui n’a jamais versé une seule goutte de sang de sa vie, qualifie la tuerie: « C’est un attentat ignoble, un acte odieux des adeptes de la violence et de la terreur». Et de conclure: «Il est clair que dans de telles circonstances, la seule réponse ne peut être que la mobilisation concrète et la détermination de tous contre la barbarie….La société humaine finira par l’emporter sur la tyrannie et l’intolérance».

Charlie Hebdo: Macky Sall et le Bureau national du Conseil supérieur islamique du Sénégal (Csi) inconsolables.

Le préfet du territoire du Sénégal, Macky Sall s’est rendu, vendredi 8 janvier 2014, à l’ambassade de France où il a signé le registre de condoléances et « réaffirmé à la France toute la commisération et le soutien du peuple sénégalais au peuple français ».

« Au nom du peuple et du gouvernement sénégalais et en mon nom propre, je présente mes condoléances émues au peuple ami et au gouvernement français, suite aux attentats barbares contre Charlie Hebdo et les populations civiles innocentes à Paris. Le Sénégal, par ma voix, réaffirme sa détermination sans failles dans la lutte contre le terrorisme international. Il doit être vaincu par tous les moyens », a écrit Macky Sall, dans le livre de condoléances.

Par ailleurs le Bureau national du Conseil supérieur islamique du Sénégal (Csi) condamne la tuerie à Charlie Hebdo. Par la voix de son président Mourchid Ahmeth Iyane Thiam, le Conseil supérieur islamique dit:

«Le conseil ne peut que dénoncer et regretter ce qui s’est passé en France. Cela ne colle pas avec la doctrine de l’islam…Ceux qui tuent et disent le faire au nom de l’islam, ont tort. Ce sont des Satan. L’islam est une religion de paix. C’est dommage que des êtres humains soient tellement insuffisants et incomplets à tel point qu’ils commettent des actes irréparables et disent le faire au nom de la religion. Jamais Dieu n’a donné mandat à un individu de régler ses problèmes. Le jugement a des règles. Il y a des procédures. Même si quelqu’un insulte Allah devant nous, dans son inconscience, aucun d’entre nous, n’a le droit de le corriger. Donc ceux qui ont commis hier cet acte ignoble, ce sont toujours les mêmes hommes qui commettent des erreurs contre l’humanité. Des erreurs qui détruisent la personne humaine. Pour vous dire que je ne cautionne pas cette attaque. En tant qu’individu, entant que responsable, nous le condamnons énergiquement».

Mamadou Sakho est Charlie.

Capitaine du jour de l’Equipe de Liverpool face à Sunderland, Mamadou Sakho, français dans tous ses états, affiche un brassard noir en guise de soutien à Charlie Hebdo.

On a déjà vu Monsieur Sakho, reconnaissable de loin par sa coiffure, se rouler régulièrement dans la boue en guise de solidarité pour les gens tués en Afrique par Boko Haram, Aqmi, Shebab, Mujao…

Ils ont un vrai coeur humain tous ces Charlie « nègre »! Tous les tués ont la même valeur à leurs yeux.

Le jour où l’on aura, sur les drames que subissent quotidiennement l’Afrique et ses peuples depuis 3000 ans maintenant, le centième de cet élan en faveur des tués de Paris, l’Afrique ira mieux.

KPOGLI Komla
10 janvier 2015
Web: lajuda.blogspot.com
 

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