Agbéyomé Kodjo : Je n’ai jamais vu une gouvernance laxiste, cynique…

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TOGONEWS : L’actualité togolaise évolue et les donnes changent autant. Pour vous quel est le défi politique actuel ?

Agbéyomé Mensah Kodjo : La dynamique de la vie est marquée du sceau de l’évolution et notre pays, le Togo, ne peut s’y soustraire. C’est vrai qu’il y a un télescopage des événements qui font l’actualité politico médiatique dans notre pays, où la misère devient de plus en plus prégnante comme en témoignent les manifestations du malaise dans nos universités, dans le corps médical et dans l’ensemble de la population sans que cela n’émeuve aucunement la Nomenklatura emmurée dans le déni systématique des valeurs qui fondent la prospérité partagée. Le dernier scrutin présidentiel s’étant englué dans les travers de la contrevérité des urnes, il urge à mon sens que l’ensemble des forces de l’alternance et du changement démocratique retrouvent sans délai le chemin de l’union. Elle seule peut permettre une véritable solidarité partagée, la mutualisation des ressources et l’indispensable dynamique porteuse nécessaire pour exiger ici et maintenant des reformes garantissant le respect de la sacralisation des droits humains et constitutionnels, une redistribution appropriée des richesses du pays notamment l’augmentation du pouvoir d’achat de la population, l’accessibilité aux soins de santé primaires et à l’éducation, l’équité dans l’accès à la fonction publique ainsi que dans la répartition des responsabilités administratives, la vérité des urnes et des comptes publics, le financement des partis politiques, la limitation du nombre des mandats présidentiels, le scrutin uninominal à deux tours pour les élections législatives et présidentielles, l’indépendance réelle de la justice. La preuve est faite depuis dans l’histoire de notre pays, que le RPT encore moins la coalition actuelle au pouvoir n’a aucune volonté politique d’entreprendre les ruptures indispensables pour remettre le Togo dans la dynamique des nations qui avancent, et libèrent le génie inventif de leur peuple pour leur épanouissement matériel, intellectuel, moral et spirituel.

Beaucoup pensent que l’opposition togolaise devrait être nécessairement unie pour espérer vaincre le régime démi-séculaire Gnassingbé. A OBUTS de quel avis êtes-vous ?

Cela relève de l’évidence et c’est ce discours que tient OBUTS depuis des lustres, car ceux qui nous gouvernent n’ont ni la légitimité, (parce qu’en réalité minoritairement représentés dans les urnes) ni la capacité à faire face aux défis qu’imposent la marche du siècle, à l’ensemble de la communauté internationale. L’union est le seul levier par lequel nous bougerons nos pierres à bâtir une société de confiance, démocratique et de prospérité partagée au Togo. Sans l’union, le peuple continuera son chemin de croix nonobstant le rejet massif du régime qui poursuivra hélas son œuvre de prédation des libertés publiques et des richesses nationales.

Dans le même sillage, l’opposition togolaise est plus que jamais divisée. A quelque mois des municipales, à quoi peut-on s’attendre ? La victoire ou l’échec ?

AMK C’est toujours complexe de répondre à cette question dans le contexte du Togo ; du fait de la falsification quasi systématique des résultats de tous les scrutins, la victoire et l’échec sont dénués de sens. Doit-on parler d’échec ou de victoire, si le mandat acquis à travers les urnes est confisqué ? Doit-on parler d’échec ou de victoire quand on se maintient et exerce le mandat conféré à un autre ?Je ne suis pas un devin, mais je reste persuadé que l’heure de la délivrance nationale arrive et le peuple enfin uni et  réconcilié avec Dieu et lui même, retrouvera le chemin de la paix, de la confiance, de la dignité, de la fierté et de la prospérité partagée. 

Vaincre le RPT, n’est pas du tout une tâche aisée. Aujourd’hui OBUTS est-elle essentiellement armée pour lui faire face que ce soit, seule ou avec les amis de l’opposition ?

OBUTS reconnait que la véritable force réside dans l’union sur des bases contractuelles et consensuelles transparentes des forces de l’alternance et du changement démocratique. C’est pourquoi elle réitère son cri de cœur du 12 novembre 2010 pour un rassemblement sans délai de toutes les forces politiques de l’opposition, de la société civile et de la diaspora pour affronter ceux qui confisquent l’avenir de notre pays et mettre définitivement un terme à l’incurie et à l’inacceptable sur la Terre de nos Aïeux.
L’union est un impératif que nous dicte l’obligation de résultats face aux souffrances du peuple. Elle ne doit pas être juste une démarche de consolidation comme une sorte d’agglomération rigide mais un levier de fluidification de la lutte et d’accélération du progrès démocratique. L’union indispensable de l’opposition togolaise, à mon sens, doit être non une addition des ambitions plus ou moins voilées, mais une multiplication des énergies pour abréger les souffrances de nos compatriotes. C’est pour moi l’occasion d’en appeler aux Etats généraux de l’opposition togolaise pour la restructuration de notre lutte.

Faure Gnassingbé vient de faire un don estimé à des millions de Cfa au Japon. N’avez-vous rien à dire là-dessus ?

 Il a exprimé sa compassion au drame qui a frappé le peuple nippon, et c’est normal. Il aurait pu avoir le même degré de compassion face aux drames récurrents que le peuple togolais ne cesse de connaître depuis son arrivée au pouvoir.
Sur ces tragédies nationales, son indifférence n’a eu son égal dans l’histoire de notre pays. Et c’est cela qui ouvre le débat sur les desseins de sa compassion sélective, et la controverse dont fait l’objet l’expression de la solidarité qu’il exprime au nom du peuple togolais au peuple ami nippon, dans la déchirante  double épreuve simultanée du tsunami et du séisme

 En cet acte, pouvez-vous nous faire une comparaison entre Faure Gnassingbé et son défunt père ?

 Faure lui-même a dit à vos confrères lorsqu’ ils lui ont posé une question similaire, « lui c’est lui, moi c’est moi », reprenant à son compte la célèbre phrase de Laurent FABUIS à propos de MITTERRAND». En dépit  de tout ce qui avait été reproché au père il n’y a pas lieu de confondre les deux âmes, entre un cœur de  plomb et celui qui est tout sauf le plomb, le choix est clair. Loin de moi toute envie de bavasser !

Vous avez souvent avec pleine conviction dit que « Faure partira avant… ». Et pourtant il est toujours là ! Quel est le problème ?

 

 Il n’y a pas de problème autre que celui relevant de notre impatience, certes justifiée. Le jour  succède toujours à la nuit. Il n’y a rien dans la posture de Faure qui indique que nos projections sont erronées. Je n’ai jamais vu au cours de mon expérience politique une gouvernance aussi laxiste, et cynique, tournant radicalement le dos à l’éthique, à l’œuvre de bâtisseur, et au respect des lois de la nature et de la République. Cette prophétie sera réalisée et ceci même en dehors de toute action humaine !

Le Togo végète et vous êtes sans doute du même avis. A qui peut-on imputer cette situation chaotique ?

La responsabilité incombe à l’ensemble de la classe politique et de la société civile. D’abord la coalition au pouvoir depuis le fameux accord du 27 mai 2010, pour masquer son incapacité à mettre en œuvre  une gouvernance qui assure la prospérité partagée, n’a de cesse de se gargariser d’incantations et de vœux pieux comme seule réponse à une quête collective de bien être social de plus en plus pressante. Pour se maintenir et donner une illusion de paix civile, elle a recours à la duplicité, à la manipulation, au mensonge et au déni du droit et des principes républicains, avec la violence sous toutes ses formes, comme soubassement.

Ensuite une opposition désarticulée minée par l’atrophie des égos, qui n’arrive pas encore à prendre la juste mesure des enjeux nationaux et géostratégiques, et s’empêtre dans des querelles intestines qui plombent  l’alternance  et l’avènement d’une société de confiance, démocratique et de prospérité partagée au Togo. La résolution de la triple crise éthique, identitaire et managériale à laquelle est confronté le Togo passe nécessairement par une révolution culturelle et politique qui devra permettre de reconfigurer notre approche à la politique, notre détermination individuelle par rapport au cadre commun de coopération ou de complétion sur les enjeux de construction de notre vivre ensemble et les valeurs qui doivent gouverner la formation et l’expression de l’opinion médiate et immédiate. Ce n’est qu’à ce prix me semble t il que l’inespéré tant attendu se fraiera un chemin au cœur de la désespérance actuelle !

Les arrestations de Sow Bertin Agba, de Kpatcha Gnassingbé etc. sans libération en vue et de certains déjà libérés mais sans procès jusqu’à ce jour. Souvent avec des “accusations-bisbilles“ ! Vous en avez été victime avec votre chevalier Gérard Adja. Que dites-vous de tout ceci ?

Avant tout permettez moi d’adresser toutes mes compassions et précieuses pensées aux victimes et familles affectées par cet arbitraire d’Etat. Pour en avoir été victime, je mesure le désarroi, la frustration et la révolte contenue des embastillés et de leurs familles. C’est la preuve que nous sommes dans une dictature juridique où prévaut la politique d’intimidation pour réduire au silence ceux qui n’acceptent pas l’incurie et la patrimonialisation de la gouvernance du pays, où le repère imposable à tous soit les humeurs du prince en lieu et place de la loi. Toutes ces arrestations arbitraires et leurs lots de tortures morales et physiques, feront  l’objet d’une poursuite judiciaire et leurs auteurs répondront de leurs actes. Depuis le début de cette année, la succession des événements dans les différents points du globe concourt à confirmer que l’impunité n’est plus éternelle. Incessamment  toutes ces victimes demanderont réparation, et exigeront des sanctions exemplaires aux auteurs de ces crimes. Pour mettre fin à toutes ces situations de déni de droit, il faut que les enquêtes de la police judiciaire soient contradictoirement menées avec la participation de la défense, que l’administration judiciaire soit complètement indépendante, et que des juges qui se seront rendus coupables des décisions complaisantes soient sanctionnés, ce qui malheureusement n’est pas le cas aujourd’hui.

Un mot à l’endroit de la famille de Gaston Vidada.

Tout d’abord je m’incline devant la mémoire de mon ancien compagnon de lutte Gaston Vidada et souhaite la paix à son âme. A sa famille, j’adresse mes vives et sincères condoléances. Je souhaite que le Ministère public fasse ses investigations et sanctionne le ou les auteurs de ce crime afin de permettre à la famille éplorée de faire son deuil. Dans une République ou des drames de cette nature se succèdent et ne sont pas élucidés comme c’est toujours le cas dans notre pays, c’est la porte ouverte à la violence et à toutes sortes de criminalité. Combien de temps faudra t il à la Justice  pour débusquer les auteurs de l’assassinat de Tavio AMORIN, Marc ATIDEPE et consorts, Fréau Jardin,  Atsutsé AGBOBLI, tous les martyrs anonymes et récemment Gaston VIDADA ? La non séparation des pouvoirs est la cause principale du déni de droit dans notre pays. Il est temps que cela cesse afin que puisse s’ouvrir véritablement devant nous le chemin d’une véritable réconciliation nationale !

Et tout l’ensemble des populations togolaises ?

Demeurons dans l’Espérance tout en assumant avec courage et détermination notre part de responsabilité pour l’alternance et le changement démocratique sur la Terre de nos Aïeux. Le changement est possible ici et maintenant si tous nous nous y engageons sincèrement !

Source Togonews

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