Ado : le retour des adieux

0

L’interminable psychodrame auquel nous venons d’assister ces dernières semaines autour de l’état de santé de Dramane, avec son cortège surpeuplé de spéculations, de rumeurs et contre-rumeurs, de photos d’archives présentées comme actuelles, de tâtonnements médiatiques autour de la simple localisation géographique du grand malade, de coups de théâtre, de bruits de bottes, de déménagements nocturnes, de fébrilité manifeste dans tous les cercles du pouvoir ivoirien et de ses coulisses hexagonales, tout cela mérite que l’on s’y arrête pour prendre du recul : il est plus que temps de passer à l’analyse du phénomène; une analyse affranchie de la tutelle des ombres chinoises projetées sur le mur de notre caverne enfumée par les canons de la désinformation globale ambiante.

Car de deux choses l’une :

-ou bien Soro Guillaume avait une raison contraignante d’accompagner l’émouvant compte-rendu de sa visite au “chef” d’une photo dont l’ancienneté trahit sa mauvaise foi; auquel cas Ouattara serait aujourd’hui trop mal en point pour qu’on le photographie, et toutes les soi-disant preuves de sa remise sur pieds relèverait d’un très habile et très minutieux montage;

-ou bien la propagation de tous les bruits qui ont couru sur la gravité de son état, et sur les solutions envisagées pour assurer la continuité de son “règne”, n’a jamais échappé au contrôle des autorités d’Abidjan-sur-Seine. Ce qui reviendrait à dire que le gang des usurpateurs, mettant le comble à sa malice, aurait orchestré lui-même son apparente déstabilisation, à seule fin de tendre un piège aux millions d’Ivoiriens qui guettent avec anxiété l’aube d’une ère nouvelle. Le bénéfice escompté de cette gigantesque manipulation serait évidemment la décrédibilisation de tous ceux qui, dans les sphères politiques ou la société civile, œuvrent au péril de leur vie pour que leur pays sorte enfin du cauchemar Sarkozy-Nouvian-Ouattara.

Aux dernières nouvelles, le psychodrame toucherait à sa fin. Après des semaines d’invisibilité et d’inaudibilité intégrales, nous voici enfin rassérénés, abreuvés à l’envi d’images toutes plus rassurantes et convaincantes les unes que les autres. Reste la question du délai étonnamment long que se sont accordé les autorités ivoiriennes pour dissiper les doutes qui semblaient planer sur l’aptitude de Dramane à reprendre les rênes de sa dictature : ce délai ne peut s’expliquer − et l’on peut légitimement douter que les apprentis-sorciers de la lagune aient pris en compte cet aspect du problème −, que si l’on adhère à la thèse de la manipulation.

Dans le cas contraire, il faut se rendre à l’évidence : ce même délai ne devrait sa longueur qu’à la complexité de la préparation d’une mise en scène que nos marionnettistes voulaient impeccable, apte à convaincre jusqu’aux plus réticents; une mise en scène intégralement cousue de mensonges. Comment se fait-il par exemple qu’Ibrahima alias “Photocopie”, que l’on a vu arriver à Paris au moment même où débarquait la fine équipe du tournage de la victoire, Venance Konan en tête, ne figure nulle part sur les images censées prouver le rétablissement de son frère ? On sait aujourd’hui que rien n’est plus facile que de créer la parfaite illusion de ce que l’on veut faire croire, surtout lorsque l’on dispose de toutes les ressources en artifices du gouvernement d’un grand pays comme la France.

En tout état de cause, Il est parfaitement possible d’imaginer que le Ouattara exhibé devant les caméras ne soit qu’un sous-fifre soigneusement, savamment et longuement briefé, tout le reste relevant de l’art subtil de la prise de son, du mixage et du montage en studio des séquences filmées. Quant aux journalistes des grandes agences de presse, enrôlés conjointement aujourd’hui par la France de Dominique – l’inénarrable épouse − et celle de Fabius – l’ami de toujours − dans le cadre de leur nouvelle campagne de propagande sur le thème de l’exemplaire normalité ivoirienne; ces journalistes ne nous scandalisent-ils pas à longueur d’année par leur constance à cultiver, quand ce n’est pas la mauvaise foi, tout au moins une incapacité rédhibitoire à démêler le vrai du faux ?

Mais l’essentiel est ailleurs…

Que Ouattara soit effectivement hors service, ou que l’on parvienne à nous persuader de l’authenticité de son retour spectaculaire, le résultat est le même : les autorités ivoiriennes viennent de nous offrir une démonstration supplémentaire de leur caractère ouvertement dictatorial, et de l’illégitimité de l’autorité dont elles se réclament. En effet, seuls les couloirs d’une dictature peuvent s’animer du galop désordonné de sbires mis en émoi par l’éventualité d’une maladie risquant d’aboutir à l’indisponibilité, voire au décès du chef de l’État. A supposer que tout n’ait été qu’une vaste supercherie destinée à affaiblir l’opposition ivoirienne, les petits maîtres d’Abidjan, par leur façon même de feindre et de mimer le désarroi, nous ont fourni une nouvelle et brillante illustration de la nature de leur régime : un régime fondé davantage sur la loi des brutes, que sur le socle des lois; un régime ouvert à toutes les intrigues, et que ne rebute en outre aucun stratagème de manipulation des masses. Dans l’hypothèse inverse, les mêmes affabulateurs se retrouveront à court terme pris au piège de leur propre rôle, un rôle devenu dans l’intervalle éminemment risible, celui de “feignants”-feindre enfin rattrapés par la réalité de leur panique.

Quoi qu’il en soit, que les dignes fils d’Éburnie n’en doutent plus : l’heure de l’après Ouattara a bel et bien sonné. La maladie de d’imposteur, qu’il s’en relève ou non, aura permis de parachever la mise en lumière de son imposture, adossée aux impostures en cascade d’une France pathétiquement arc-boutée à la préservation de ses privilèges et au sauvetage de son droit de cuissage économique. Alors, debout ! La porte de la caverne est désormais grand ouverte, et dehors brille le soleil indomptable de la liberté retrouvée; une liberté sans la France, cette France aux abois qui n’en finit pas de jouer avec le feu sur la scène internationale, jusqu’au jour où ce feu la dévorera pour lui rendre sa vraie dimension; cette France arrogante qu’une force invincible se chargera bientôt de mettre définitivement hors jeu dans les frontières de son ancien empire, d’ineffaçable et sanglante mémoire. L’histoire – et pas seulement celle d’Israël −, est jalonnée de d’épisodes glorieux où, contre toute attente, le petit David terrasse le monstre Goliath : songez à la Chine de Mao; songez à Cuba, le Cuba de Fidel Castro, victoire éclatante et posthume du Che; songez au Viêt-Nam de Ho Chi Min, au Venezuela de Chavez, à la Bolivie d’Evo Morales !

Alors, à deux semaines de Pourim, commémoration de l’anéantissement de Haman/Amaleq; à un mois et demi de Pessah, la Pâque de la délivrance du joug pharaonique, sortez au grand jour ! “Sortez !… Purifiez-vous !… L’Eternel marchera devant vous… Le D.ieu d’Israël fermera votre marche !” (Esaïe 52:11-12) Oui, sortez ! Révélez-vous ! Forts une force double : et la Sienne et la vôtre; la vôtre, pas sans la Sienne, mais la Sienne, pas sans la vôtre.

Eliahou Abel, le 27 février 2014

Laisser une réponse