Ouattara est lui même le législateur… il n’a pas besoin d’une Assemblée nationale

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Lynx.info : De Gaulle victorieux de la 2nde guerre mondiale n’avait pas humilié le maréchal Pétain. Comment expliquez-vous l’obsession d’Alassane Ouattara à humilier ses adversaires ?

 Arsène  Dogba: Le général De Gaulle avait un repère ; la révolution française de 1789 et une vision pour la France de l’après 2eme Guerre Mondiale. Ce qui n’est pas le cas pour Ouattara. Depuis toujours M. Ouattara nie l’indépendance de la Côte d’Ivoire et toutes les mutations qui s’en ont suivies. Il agit donc sans repère national. Contrairement à De Gaulle qui rêvait d’une France plus forte, M. Ouattara veut une Côte d’Ivoire soumise à la France et un peuple complexé. En plus Ouattara n’est guidé que par la passion de vengeance qu’il nourri contre les ivoiriens depuis son arrivée en Côte d’Ivoire en 1989. Ainsi, il travaille depuis pour une Côte d’Ivoire dont la souveraineté n’existe que de nom. Ouattara veut un pays plus que jamais faible. C’est pourquoi il humilie le pays, son peuple et ses leaders politiques.

Lors de la séance parlementaire du 11.10.2011, le ministre des affaires étrangères français, Alain Juppé voit des progrès en Côte d’Ivoire.  C’est ça aussi votre avis ?

C’est tout à fait normal si pour M. Jupé il y a des progrès en Côte d’Ivoire. Mais dans quelle direction sommes-nous tentés de demander? Si c’est dans la direction de la normalité, du retour à la paix, ma tentation est grande de le traiter de menteur. Mais si c’est pour dire aux français que la France a effectivement repris le contrôle de son ancienne colonie, il a en partie raison. Puisque les rues d’Abidjan sont patrouillées par la gendarmerie française et c’est elle qui décide de l’annulation des meetings du FPI, parti du président Gbagbo. Sans oublier le fait que les salaires des fonctionnaires ivoiriens sont désormais payés par le trésor français et que par conséquent toutes les ressources économiques du pays sont dans les mains des entreprises françaises. C’est ça le fond du discours de Jupé à mon avis. Les ivoiriens qui réfléchissent ont compris que pour les autorités françaises, les droits de l’homme ne sont évoqués que pour justifier une opération impérialiste.

Aussi longtemps que les intérêts impérialistes seront protégés, les occidentaux fermeront les yeux sur les atteintes aux droits de l’Homme et autres crimes contre l’humanité. Et c’est ce qui se passe en Côte d’Ivoire sous Alassane Dramane Ouattara. Il ne se passe pas de jour sans que M. Ouattara ne montre aux yeux du monde que la Côte d’Ivoire est en plein dans la dictature. Mais, les défenseurs des valeurs démocratiques sont portés disparus. Ce qui fait que la réalité selon laquelle les intérêts de la France primes sur la promotion de la démocratie en Afrique est désormais connu par les ivoiriens et les africains. Un dirigeants africain peut tuer autant d’africains qu’il veut, cela ne dira rien aux européens si celui-ci ne piétinez pas leurs intérêts. Mais touchez à leurs intérêts et vous les verrez enfiler le manteau de promoteurs de la démocratie et des droits de l’Homme. L’objectif du gouvernement de Sarkozy était de reprendre le contrôle de la Côte d’Ivoire, c’est le cas aujourd’hui. Alors, il ne pouvait qu’y avoir des progrès.

 Finalement Alassane dirige la Côte d’Ivoire sans parlement. Cela  expliquerait les dérives auxquelles il se prête ?

M. Ouattara est lui-même à la fois la loi et le législateur. Il n’a donc pas besoin d’une Assemblée Nationale. Surtout pas une avec une opposition réelle. Vous verrez que même avec son Assemblée Nationale de parti unique qu’il s’apprête à former, il n’y aura aucun projet de loi qui va y être contesté. Rappelez vous qu’en Côte d’Ivoire nous ne sommes plus dans une république, ni dans un état civil, mais plutôt dans une monarchie en plein état de nature.

On croyait le FPI mort. Les derniers meetings semblent dire le contraire. Quelle est la force de ce parti ?

La force du FPI réside dans sa meilleure structuration et dans sa grande capacité de mobilisation. Ce parti est de loin la seule formation politique en Côte d’Ivoire la mieux structurée et la seule à même de mettre en place une mobilisation capable d’inquiéter un pouvoir. C’est d’ailleurs à partir de son organisation que les autres partis politiques ont pu se faire une ossature, y compris le PDCI-RDA. Le RDR de Ouattara doit son organisation et son implantation aux militants du FPI qui ont agit ainsi dans le cadre du Front Républicain formé en 1994 contre Bédié qui refusait de mettre en place une Commission Electorale indépendante pour les élections de 1995. Toutes les structures du FPI existent toujours même si pour des raisons de sécurité elles ne fonctionnent pas au grand jour. Les organes de bases tels que les comités de bases, les sections et les fédérations commencent à reprendre la lutte bien que la moitié des cadres de ce parti soient arrêtés, tués, ou en exil pour les plus chanceux. Alors, bien que les nouvelles autorités ivoiriennes empêchent ce parti de fonctionner aujourd’hui, le FPI sera le dernier parti politique à mourir si une épidémie s’abattait sur les partis politiques en Côte d’Ivoire.

Et vous le verrez sur le terrain dans les jours et mois à venir. Le FPI est une machine terrible à laquelle Ouattara est appelé à faire face. Il le sait bien. M. Ouattara n’aura aucun repos si les exactions et autres manœuvres d’intimidations à son égard cessent. Vous comprenez donc pourquoi le régime Ouattara réprime dans le sang les manifestations de ce parti. Mais c’est une vaine intimidation qui ne fera pas reculer les militants du parti du président Gbagbo. Ils connaissent Ouattara et sa façon d’opérer, ils trouveront les moyens pour résister contre cette mort que M. Ouattara tente en vain de donner à leur parti, le FPI, et à laquelle vous faites allusion.

Lynx.info : On se bouscule en France comme au niveau de Ouattara pour le départ de Gbagbo au CPI. Gbagbo serait-il un obstacle à la réconciliation des ivoiriens ?

Nous avions été de ceux qui ont prévenus la communauté internationale sur les conséquences d’une guerre contre le régime de Gbagbo. On ne nous a pas écouté et voici les résultats ; le pays est dans un état inqualifiable. Et les ivoiriens sont irréconciliables dans l’état actuel des choses. Même dans le camp Ouattara, l’on ne se cache plus pour affirmer que la Côte d’Ivoire d’avant le 11 Avril 2011 était largement mieux que celle que nous voyons aujourd’hui. L’état n’existe presque plus. Les ivoiriens qui sont restés dans ce pays affirment vivre  dans un véritable état de nature où la loi du plus fort est toujours la meilleure. M. Ouattara dirige la Côte d’Ivoire comme un dictateur des temps anciens. Il est le prince qui fait et défait les lois de la république sans que personne n’ose broncher. Il exerce à la fois les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Malgré cela il chante à chaque occasion que « son pays » est un état de droit. Alors, on se demande si ce monsieur sait ce qu’on appelle un « état de droit ».

Malheureusement pour les ivoiriens, c’est le prototype de chef d’état que le gouvernement français veut. Il n’y a pas pour le moment mieux pour la bande de Sarkozy que ce chef d’état à leur solde.
Pour revenir à votre question, non Gbagbo n’être pas un obstacle à la réconciliation des ivoiriens. Son départ à la Haye que Paris et Yamoussoukro appellent de tous vœux ne pourra que pousser la situation déjà précaire sur place à l’extrême. Gbagbo est tout de même le leader le plus célèbre en Côte d’Ivoire. Et la communauté internationale le sait, la France aussi. N’oublions pas qu’il représente 51 % de l’électorat ivoirien et est largement populaire dans la frange des ivoiriens qui n’ont pas encore atteint la majorité électorale (18 ans). Je n’exagérerais pas en disant que la seule rumeur de sa libération ferait grimper la bourse ivoirienne. Par contre, son transfèrement au CPI, ferait l’effet contraire. Il est donc clair que le succès de la réconciliation passe forcement par la libération de Gbagbo et par sa réhabilitation. L’erreur que la communauté internationale a faite en soutenant l’imposture de Ouattara et Sarkozy est grave et les ivoiriens paient les lourdes  conséquences aujourd’hui. Après six mois de régime Ouattara la réalité est là. Têtue. M. Ouattara n’a pas gagner les élections et ne peut donc pas diriger sereinement la Côte d’Ivoire. Alors pendant qu’il est encore temps pour la communauté internationale de se refaire une meilleure image dans l’opinion africaine en demandant à la France de libérer son prisonnier de Korhogo, qu’elle le fasse. Il n’y a pas de honte à cela. Une autre option que celle-là ne fera que conduire la Côte d’Ivoire et la sous-région ouest africaine dans un désastre total.

 …. mais Soro dans un meeting dit aux partisans de Laurent Gbagbo d’assumer et de demander pardon aux ivoiriens.

Quand on se dit premier ministre d’un pays comme la Côte d’Ivoire qui regorge tant d’intellectuels on fait attention à ce qu’on dit. Malheureusement, dans le dioulabougou que la Côte d’Ivoire a fini par devenir après avoir occupé pendant des décennies les villages et campements du sud, il n’y a pas de bon sens. Quand Soro parle, il croit être en face de ses dozos et autres illettrés ramassés à travers la sous-région et baptisés militants du RDR et/ou FRCI. Que ce chef rebelle nous dise, des militants du FPI/ CNRD et du RDR, qui doit demander pardon aux ivoiriens ? Et de quels ivoiriens parle Soro ? Est-ce des rescapés dont il a éventrés les épouses, mères ou sœurs, ou de ceux dont il a simplement braisé les époux, les enfants ou les frères ? Ou encore, le chef rebelle devenu premier ministre veut-il parler des parents des gendarmes étouffés dans les conteneurs à Bouaké ou bien des parents des 1000 victimes de Duekoue. Que Soro Guillaume nous dise s’il parle des familles du Général Guei Robert, du ministre Boga Doudou, du ministre Desiré Tagro, de Dagrou, qu’il a assassiné froidement. Soro a totalement perdu la tête.  C’est plutôt à lui et non aux ivoiriens que ces dizaines de milliers de militants et sympathisants FPI/CNRD exilés doivent demander pardon pour retourner tranquillement leur pays pour y vivre librement.

Alassane peut-il réussir au regard  du soutien international qui ne lui fait pas défaut ?

La communauté internationale a laquelle vous faite allusion se cherche elle-même ; l’économie mondiale est très malade. Les priorités des occidentaux restent donc la résurrection de leurs propres économies et la recherche d’un équilibre devant leur permettre d’amorcer la relance économique.

Les principaux alliés de Ouattara que sont la France et les Etats-Unis sont en pleine précampagne pour leurs présidentielles de 2012. Le souci de Sarkozy et Obama n’est donc pas le maintient de Ouattara au pouvoir, mais plutôt leurs propres survies politiques. Ils l’ont mis au pouvoir par la force de leurs armes, c’est à lui de prouver qu’il est capable de conduire un pays en lambeau.
En France et aux Etats-Unis, les africains de la diaspora sont en pleine campagne pour que ces deux bourreaux de l’Afrique perdent les élections afin de voir émerger de nouveaux dirigeants capables de donner un visage humain à la politique internationale et aux relations entre états. C’est un souci majeur pour Sarkozy et Obama qui connaissent le poids d’un bulletin dans leurs pays respectifs. Aussi faut-il noter que le problème des ivoiriens n’est pas celui d’une quelconque survie. Il y a tout en Côte d’Ivoire. Et ce pays est bien l’un des rares dans la sous-région qui ne connait pas de famine. Les conteneurs d’argent qui d’ailleurs tardent à arriver en Côte d’Ivoire ne dénoueront donc pas la crise ivoirienne qui du reste est une crise politique.

Les accords de Ouaga disent que les chefs de guerre  des zones CNO devraient aller à la retraite. Konan Bédié avec le confrère Jeune Afrique trouve qu’ils doivent retourner dans l’armée. Comment expliquez-vous ce volte-face ?

Le vieux Bédié est assez fatigué. Il est complètement dépassé par les événements et n’est même pas libre de ses propos. Personnellement je n’attends rien de constructif de sa part. Avec sa position actuelle, il a raté sa sortie politique. Ce sera difficile pour lui de sortir des griffes du couple Sarko-Ouattara et développer sa propre opinion. Ne soyez pas surpris s’il applaudi demain Ouattara quand il aura définitivement abrogé la loi sur le financement des partis politiques, une loi instituée par le président Gbagbo et grâce à laquelle les partis de Bédié et Ouattara avaient chacun 800 millions de FCFA par an pour fonctionner. Cette loi est en train d’être abrogée par décret. C’est ça la Côte d’Ivoire de Ouattara. Là-bas la volonté de Ouattara à force de loi.

Lynx.info : Je vous remercie

C’est moi qui vous remercie.

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info

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