27 avril 2013: Non, nous ne ferons pas la fête!

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Le 27 avril, jour de l’indépendance du Togo est en principe un jour de grande joie, d’allégresse et de fête pour les Togolais. On fête la liberté retrouvée, la joie d’être souverain, le bonheur de pouvoir décider du sort de son pays et la fierté de pouvoir bâtir la patrie à la sueur de son front.

Au CRI-TD, nous avons, pendant de longues années, organisé avec beaucoup d’émotion et grand enthousiasme, cette fête symbolique. Nous avons pendant toutes ces années, d’autant plus tenu à organiser cette fête qu’elle a toujours eu un double sens pour nous.

D’abord, elle symbolise la libération du peuple Togolais du joug colonial. Quoi qu’on dise, le dur combat mené par les pères de l’indépendance, Sylvanus Olympio en tête, n’a pas été vain. Même si nous sommes bien conscients que la souveraineté du Togo (et de l’Afrique) est encore très limitée, ce combat a débouché sur des choses aussi importantes que la suppression des travaux forcés, la fin des humiliations à caractère raciste, l’échec des tentatives du colon à réduire nos parents à l’état de sous-hommes. Nous avons donc toujours célébré l’indépendance du Togo en hommage à nos ainés qui ont versé leur sang pour la conquérir.

Ensuite, le 27 avril constitue pour le CRI-TD, l’un des acquis majeurs  de la lutte pour la démocratie, enclenchée depuis le 05 octobre 1990 par le peuple Togolais, et qui se poursuit jusqu’aujourd’hui. En effet, depuis 1967, le régime RPT s’était appliqué à remplacer progressivement la date de l’indépendance par la date l’assassinat du père de l’indépendance ! Cette imposture sacrilège sera dénoncée par le peuple togolais qui rétablira le 27 avril (tout comme l’hymne national) dans toute sa splendeur au prix d’un long et douloureux combat. Pour rendre hommage à tous ceux qui ont lutté pour que l’on puisse de nouveau célébrer le 27 avril en chantant la « Terre de nos aïeux », le CRI-TD a toujours organisé la fête de l’indépendance.

Mais cette année, nous avons exceptionnellement décidé de ne pas célébrer l’indépendance du Togo ! Cette décision, loin d’être un reniement des raisons évoquées ci-dessus, s’inscrit au contraire dans la droite ligne du combat pour plus de liberté.

En effet, comme tout anniversaire, le jour de l’indépendance constitue l’occasion de faire le bilan des activités et évènements des 12 derniers mois. Hélas, une fois de plus, le bilan de la situation au Togo est lourdement négatif, et chargé d’évènements graves et douloureux.

Ainsi, depuis le mois d’octobre 2012, le pays n’a plus de Parlement digne de ce nom. Le mandat des députés est arrivé à son terme et le Parlement ne fonctionne plus que grâce à une disposition constitutionnelle prévue à l’article 52 pour éviter un vide constitutionnel dans des situations de crises graves. Le Togo serait-il en guerre pour que l’on soit obligé d’avoir recourir à cette disposition? Bien sûr que non ! C’est l’incompétence notoire du gouvernement avec à sa tête le Président Faure Gnassingbé qui a conduit au report des élections législatives aux calendes grecques, plongeant du même coup le pays dans cette situation ridicule et révoltante.

Ensuite, depuis le mois de janvier 2013, Lomé et Kara, les deux villes principales du pays ont perdu leur marché. Ces marchés ont été incendiés, plongeant les commerçantes dans une situation de profond désespoir. L’image de nos sœurs et de nos mères ruinées, pleurant à chaudes larmes devant les caméras, reste gravée dans nos mémoires. Et jusqu’à présent, aucune solution digne de ce nom n’a été trouvée à ces braves dames.

Tertio, prenant prétexte sur ces incendies, le pourvoir de Faure Gnassingbé n’a rien trouvé de mieux que d’essayer de décapiter l’opposition en inculpant la quasi-totalité de ses leaders et en incarcérant un bon nombre d’entre eux. Le pays se retrouve donc privé d’une partie de sa classe politique qui croupit dans les geôles d’un régime totalitaire  pour des motifs aussi saugrenus que fallacieux !

Enfin, parce qu’il soutenait avec ses camarades de classe les revendications salariales des  enseignants en grêve, notre jeune frère, notre enfant Ansèlme Sinandare s’est fait tirer comme un lapin par la soldatesque du régime Faure/Gilchrist. Ansèlme a été lâchement assassiné par ce régime alors qu’il n’avait que 12 ans. Le jour même du meurtre d’Anselme, Douti Sinanlengue, un autre élève de la région des savanes est brutalisé par les sbires du pouvoir togolais jusqu’à ce que mort s’en suive !

Ce bilan nous a ôté, au CRI-TD, toute envie de faire la fête.

Nous espérons que de là où ils se trouvent, les pères de l’indépendance nous le pardonneront, mais ce 27 avril, tout comme les familles d’Ansèlme Sinandaré et de Douti Sinanlengue, nous ne fêterons pas l’indépendance; nous serons en deuil !

Ce 27 avril, tout comme nos frères injustement incarcérés pour pyromanie, nous ne fêterons pas l’indépendance; nous résisterons !

Ce 27 avril, tout comme nos mamans et nos sœurs ruinées, nous ne fêterons pas l’indépendance; nous serons en larmes.

Ce 27 avril, tout comme nos candidats aux prochaines élections législatives, nous ne fêterons pas l’indépendance ; nous resterons vigilants !

Peuple togolais, par ta foi, ton courage et tes sacrifices, la nation renaîtra !

 

Gaëtan Gbati ZOUMARO

Coordinateur CRI-TD

[email protected]

tel : 0031 634400367

 

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