25 ans après les massacres de la Lagune de Bè : Nous continuons à exiger la fin de l’impunité et la justice pour nos martyrs !

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Il y a 25 ans, au soir du 10 avril 1991, alors que la contestation socio-politique initiée le 5 octobre 1990 ne cessait de s’approfondir, les dignitaires de la dictature militaire du régime RPT d’alors eurent la folle idée de briser l’élan de ce puissant soulèvement populaire en le réprimant avec la plus grande barbarie et sauvagerie.

Ce furent les massacres de la Lagune de Bè où ils prirent les citoyens au piège d’un couvre feu annoncé plus d’une heure après son entrée en vigueur, l’après-midi du mercredi 10 avril 1991 dont nombre d’entre eux ont été sauvagement passés à tabac, tués et noyés dans la Lagune de Bè.
Le lendemain, jeudi 11 avril 1991, ce fut cet affreux spectacle qui entra dans l’histoire du Togo comme celui de l’« horreur absolue », après qu’on ait repêché de la Lagune 28 cadavres dont celui, insupportable à la vue, d’une femme enceinte portant un bébé au dos.

14 ans après, le 27 février 2005, rééditant la même barbarie, le régime RPT au sommet duquel avait été porté en toute illégalité Faure Essozimna GNASSINGBE au décès de son père EYADEMA par le coup d’Etat du 5 février 2005, réprima sauvagement la marche des femmes du 12 février 2005 pour exiger la démission de Faure Essozimna GNASSINGBE. Alors qu’elle s’achevait au terrain de Bèniglato, des manifestants furent traqués, pourchassés jusque très tard dans la nuit, par les soldats jusqu’aux abords de la Lagune de Bè où certains jeunes n’eurent d’autre recours que de se jeter à l’eau alors qu’ils ne savaient pas nager. Le lendemain, quatre cadavres furent à nouveau repêchés de la lagune.

Hommage à la mémoire des martyrs de la Lagune de Bè !

A l’occasion de la commémoration des 25e et 14e anniversaires de ces horribles tragédies, le Parti des travailleurs tient à rendre un hommage déférent à la mémoire des 32 martyrs, au total, noyés dans la Lagune de Bè par la férocité de la soldatesque aux ordres du clan familial des EYADEMA-GNASSINGBE, père et fils, dont le pouvoir dictatorial s’impose au peuple togolais depuis maintenant 49 ans !
C’est encore le lieu de rappeler qu’il y a 25 ans, le peuple togolais avait espérer trouver un soutien auprès des chancelleries occidentales siégeant à Lomé, la capitale togolaise, où la population s’est mobilisée pour transporter les corps des martyrs repêchés de la Lagune tout en exigent la démission inconditionnelle et immédiate d’EYADEMA. Mais, que d’espoirs déçus, que d’illusions perdues depuis lors face à ces grandes puissances impérialistes qui ont tout entrepris pour maintenir pouvoir EYADEMA qui n’a cessé de défendre leurs intérêts après qu’ils l’aient porté au pouvoir en 1967 suite à l’assassinat de Sylvanus OLYMPIO en 1963.
Mais d’autres également n’ont alors cessé de s’opposer depuis ce 11 avril 1991 à cette exigence populaire de la démission inconditionnelle et immédiate du tyran assassin EYADEMA : ce sont les « chefs de file » de l’« opposition » d’alors regroupés au sein du Front des associations pour le renouveau (FAR), qui sauvèrent son pouvoir en décrétant lors de l’interview qu’ils avient conjointement accordée au mensuel Jeune Afrique Economie (N° 143 de mai 1991) :
Pour Joseph Kokou Koffigoh :« II faut être clair et net. Si nous demandons la démission du président, par qui va-t-il être remplacé ? Il nous paraît plus sage de respecter le cadre du processus en cours et de poser ultérieurement cette question, si elle est véritablement indispensable. Dans 1’immédiat, nous avons besoin d’un interlocuteur pour discuter. Cet interlocuteur, c’est le président de la République. Si nous lui demandons de quitter son siège, avec qui allons-nous discuter ? (…)
Nous ne voulons pas créer un vide institutionnel. Nous voulons que des institutions et des hommes de transition soient mis en place. Et cela ne peut se faire que si nous prenons en compte les institutions existantes. Or celles-ci sont incarnées par le président de la République. (…)
Nous n’avons pas engagé le processus de négociations sur un scénario putschiste. Si ce scénario doit entrer en ligne de compte, cela nécessite une révision de notre stratégie alors que nous sommes, pour la plupart, des organisations des droits de l’Homme.
Nous ne pouvons donc pas élaborer un putsch au moment même où nous sommes impliqués dans un processus de négociations. (…)
Notre objectif n’est pas de prendre le pouvoir, niais plutôt de déblayer le terrain, d’ouvrir le jeu politique pour que tous les acteurs puissent s’y exprimer. »

Pour Yawovi AGBOYIBO :

« Les manifestants formulent une revendication absolue : le départ de Eyadéma. La partagez-vous ?
Me Yao Agboyibo : Aucune organisation membre du Far ne l’a pour l’instant reprise à son compte… (…) On peut avoir l’impression que le Far fait le jeu du pouvoir en demandant aux manifestants de se calmer et en passant sous silence leur désir de voir le président Eyadéma démissionner…?

Me Yao Agboyibo : Pas du tout. Nos positions sont suffisamment claires. Il y a un processus qui est déclenché. Dans notre logique, il faut attendre le 12 juin pour que le forum national de dialogue ait lieu et que soient discutées l’ensemble des questions. C’est au cours de ce forum que les problèmes de ce genre peuvent éventuellement être évoqués. Nous ne les posons pas en terme de rue. Cela peut correspondre à un type de sensibilité. Mais pour l’instant, au niveau du Far, aucune organisation membre n’a formulé une telle revendication.
Considérez-vous le général Eyadéma comme la meilleure garantie pour conduire jusqu’au bout le processus démocratique ?

Me Yao Agboyibo : II faut absolument quelqu’un qui puisse assumer la transition vers la démocratie. Actuellement, il y a un chef d’Etat qui est en place. Il vaut mieux qu’au cours des mois à venir la transition s’opère dans le respect des institutions. (…) »
Déjà entre KOFFIGOH, AGBOYIBO et EYADEMA, se concoctaient à l’époque des accords de trahison du peuple mettant en place les formules contre-nature de « partage du pouvoir » qui allaient permettre quelques mois et quelques années plus tard :
-A Joseph Kokou KOFFIGOH, de satisfaire ses intérêts personnels en se faisant désigner comme premier ministre de la transition avec le soutien des délégués du RPT à la Conférence nationale ;
-A Yawovi AGBOYIBO, de satisfaire ses intérêts personnels en envoyant les membres de son parti leCAR, siéger dans les différentes formules du gouvernement d’union nationale qui se sont succédé au lendemain de la Conférence nationale, avant de devenir lui-même, à son tour, premier ministre du gouvernement d’union nationale associant l’opposition institutionnelle au parti dictatorial RPT au pouvoir sous la direction de Faure GNASSINGBE, gouvernement concocté au lendemain de la signature de l’Accord politique global du (APG) du 20 août 2006 à Lomé.
Aujourd’hui, il est de notoriété publique que Yawovi AGBOYIBO avec Edem KODJO, Léopold Messan GNININVI, Gilchrist OLYMPIO, « leaders » de l’« opposition » comptent parmi les principaux conseillers de Faure GNASSINGBE avec qui ils gèrent ensemble tant la politique que les richesses de notre pays (Cf. le journal The Guardian, n°004 du vendredi 22 janvier 2016).
Quant à Joseph Kokou KOFFIGOH, devenu un saltimbanque qui amuse la galerie lors des grandes messes du régime RPT/UNIR, il continue dans la voie de la trahison des intérêts du peuple togolais en se faisant le garçon de course de Faure GNASSINGBE et de ses « grands frères » leaders de l’opposition institutionnelle.

Quant à Jean-Pierre FABRE qui s’était distingué en avril 1991 par le brillant article intitulé « L’horreur absolue » qu’il publia dans le journal La Tribune des démocrates dont il était le rédacteur en chef devenu aujourd’hui une personnalité « institutionnelle » par la grâce du décret le nommant chef de file de l’opposition en vertu d’un « statut » taillé sur mesure pour le rendre docile, «L’horreur absolue » de 1991 n’est-elle pas devenue un bien lointain souvenir dans sa mémoire ?
C’est ainsi que, les uns après les autres, « ces leaders », qui n’ont cessé de prétendre représenter le peuple togolais en se portant au devant de la lutte libératrice qu’il a engagée depuis 25 ans, n’ont cessé de sacrifier cyniquement le sang versé par nos martyrs pour assouvir la défense de leurs égoïstes intérêts personnels.

Le peuple togolais a commencé à reprendre ses droits !

Face à ce vampirisme politique d’une nouvelle espèce, le peuple togolais doit et a déjà commencé à reprendre ses droits en s’organisant mieux par lui-même pour prendre dans ses propres mains l’impulsion, le contrôle et la gestion de sa propre lutte émancipatrice pour en finir avec les 49 ans de domination du clan des EYADEMA-GNASSINGBE sur le Togo.
— N’est-ce pas ce que nous montrent les populations insurgées de Mango qui ont su s’organiser pour imposer le rejet du meurtrier projet de faune de sinistre mémoire qu’on a voulu leur imposer à nouveau ?
-N’est-ce pas ce que nous montrent les revendeuses du marché de Kpalimé qui ont occupé les locaux de la Préfecture de Kloto pour exiger la fin de leur spoliation à travers les taxes de marché et leur relocalisation sur un nouveau site ?
-N’est-ce pas ce que nous ont montré les populations insurgées de Dapaong qui, au côté de leurs enseignants et élèves en grève, ont combattu la politique de liquidation de l’enseignement du gouvernement de Faure Gnassingbé tout au long de ces années qui courent depuis 2012 ?
– N’est-ce pas ce que nous ont montré les grèves des travailleurs de la fonction publique, de WACEM-FORTIA-PAPERBAG de Tabligbo, mobilisés à travers des grèves pour exiger la satisfaction de leurs justes revendications ?
Aujourd’hui, cette mobilisation doit se poursuivre et s’étendre en exigeant la fin de l’impunité au Togo pour que justice soit rendue aux martyrs tombés lors de ces odieux crimes de génocide, imprescriptibles au regard du droit international comme ceux de la lagune de Bè, et que soient arrêtés, jugés et châtiés leurs commanditaires et exécutants dont les noms et la liste sont connus depuis au moins la Conférence nationale qui avait adopté de pertinentes recommandations dans ce sens.
Ne pas avoir arrêté, jugé ni châtié tous ces criminels, n’a-t-il pas permis aux Officiers TITIKPINA, BITENEWE Kolima, BERENA, SOGOYOU et autres BAKALY, de rééditer à nouveau après ceux de 1991 d’autres crimes plus atroces encore comme les massacres de 2005 auxquels ils ont tous participé alors que les GNASSINGBE Essonam Ernest et DJOUA Yoma sont mors sans avoir été jugés, bien qu’ils ont touts été mis en cause dans les recommandations de la Conférence nationale de 1991.

C’est pourquoi, pour le Parti des Travailleurs, il n’y a pas d’autre tâche plus urgente que d’appeler tout le peuple togolais à se mobiliser pour exiger :
• Non à l’impunité : les génocidaires, auteurs et commanditaires des horribles massacres de la Lagune de Bè des 10-11 avril 1991 et 27 février 2005 doivent rendre compte !
• Justice pour les martyrs de la lagune de Bè !
• 49 ans d’impunité pour le régime sanglant du clan des EYADEMA-GNASSINGBE : Ça suffit !
• Dehors, A bas le régime de Faure Essozimna GNASSINGBE !

Lomé, le 10 avril 2016

Pour le Parti des Travailleurs,
Le Secrétaire chargé de la coordination

Claude AMEGANVI
 

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