Yoweri Museveni dénonce la partialité de la CPI, utilisée pour installer des dirigeants africains dociles

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L’investiture du Président élu Uhuru Kenyatta hier à Naïrobi au Kenya dans un stade où avaient pris part plus de 60.000 kenyans et de nombreux chefs d’Etat africians, a viré au procès de la Cour pénale internationale (CPI).

Le Président Uhuru Kenyatta, inculpé par la CPI, a dans son allocution d’investiture denoncé en des termes à peine voilés, la partialité de la CPI et le parti pris de la Communauté internationale. Pour lui, le Kenya tiendra tous ses engagements internationaux, y compris envers la CPI, à condition que son pays et sa souveraineté soient respectés. Autrement dit, en tant que Président du Kenya, il ne cooperera pas avec une CPI frappée du sceau de la partialité, telle que denoncée par l’ONG américaine Human rights watch.

Mais la charge la plus violente contre la CPI est venue de son homologue ougandais Yoweri Museveni. Ce dernier a ouvertement accusé la CPI de partialité, utilisée par les occidentaux pour installer des dirigeants africains de leur choix.

« Ils utilisent maintenant la CPI pour mettre en place les dirigeants de leur choix en Afrique et éliminer ceux qu’ils n’aiment pas », a estimé le Président Museveni.

Le vice-Président William Ruto, lui aussi inculpé la CPI, a également prêté serment.

Parmi les 15 chefs d’Etat et de gouvernement présents figuraient notamment les présidents sud-africain Jacob Zuma, zimbabwéen Robert Mugabe, rwandais Paul Kagame, congolais Joseph Kabila, sud-soudanais Salva Kiir, tanzanien Jakaya Kikwete, nigérian Jonathan Goodluck et gabonais Ali Bongo Ondimba.

Alger, Rabat et Le Caire ont eux envoyé leur Premier ministre. Les pays de l’Union européenne et les Etats-Unis étaient représentés au niveau de leurs ambassadeurs et ont déjà prévenu qu’ils limiteraient aux « contacts essentiels » leurs relations avec les deux nouvelles têtes de l’exécutif kényan, en raison de leur inculpation.

La cérémonie d’investiture s’est déroulée en grande pompe en présence de plusieurs chefs d’Etat africains, mais en l’absence de dirigeants de pays occidentaux, embarrassés par l’inculpation de M. Kenyatta pour crimes contre l’humanité, pour sa participation présumée aux violences ayant suivi le précédent scrutin présidentiel de fin 2007 au Kenya.

« Moi, Uhuru Kenyatta, conscient du poids des responsabilités qui m’incombent en tant que président de la République du Kenya, je jure fidélité et allégeance à la République du Kenya », a déclaré M. Kenyatta à la mi-journée sous les acclamations de quelque 60.000 de ses partisans ayant pris place dans le stade de Kasarani, à une quinzaine de kilomètres de Nairobi.

Portée par son épouse Margaret, la bible sur laquelle il a posé la main était la même que celle sur laquelle son père, Jomo Kenyatta, avait prêté serment en 1964 en tant que premier président du Kenya. Jomo Kenyatta avait conduit son pays à l’indépendance l’année précédente, s’affranchissant de la domination britannique .

Le nouveau président a également promis « de protéger et de faire respecter la souveraineté, l’intégrité et la dignité du peuple kényan », lors d’une cérémonie sous haute sécurité.

A 51 ans, Uhuru Kenyatta devient le plus jeune chef de l’Etat kényan et le premier inculpé par la CPI à être élu chef d’Etat.

Lui aussi inculpé par la CPI, son colistier William Ruto, chef de file de la communauté kalenjin essentiellement présente dans la Vallée du Rift, a ensuite prêté serment.

Uhuru Kenyatta a reçu des mains du président sortant Mwai Kibaki, les attributs du pouvoir, la Constitution et le sabre de commandant en chef des forces kényanes. Kibaki, 81 ans, quitte la vie politique kényane dont il était une figure centrale depuis l’indépendance du pays en 1963, année où il fut élu pour la première fois député.

Catherine Balineau avec AFP

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