Y’a d’la joie, Prado, y’a d’la joie !

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Amadou Soumahoro nous propose ce matin la version RDR ivoirienne du « retour du fils prodigue », qui a tout gaspillé, tout dilapidé et qui revient au pays. Parti 3 semaines seulement, ce dernier revient en fanfare pour « reprendre l’œuvre gigantesque de construction nationale qu’il a entamée depuis deux ans et demi ». Joie ! Y’a d’la joie dans les chaumières, pour marquer le retour de l’absent. « Toutes les consignes sont données aux militants, sympathisants du RDR, mouvements et associations de soutien, et à l’ensemble des ivoiriens du District d’Abidjan », qui sont priés de « sortir massivement », hommes, femmes, enfants, afin de « se mobiliser dès ce dimanche matin aux abords de la voie que va emprunter le cortège présidentiel pour acclamer le Président et lui dire bon retour Président !» « Le RDR appelle tous les ivoiriens à la grande mobilisation pour dire Akwaba Président. Bon retour, Président ! Nous t’aimons, Président ! Longue vie, Président !»

Dans la parabole, il n’est pas dit qu’un comité organisateur a expliqué au Père qu’il devait courir à la rencontre de son fils qui a dilapidé avant même son décès tout son héritage. Non c’est le cœur qui a parlé, les liens de sang, l’amour, ce lien indestructible, indéfectible qui lie un père ou une mère à un fils ingrat, jusqu’à la mort. Ici les rôles sont inversés : le fils revient avec sa cour et sa basse cour; le père est prié avec toute sa maisonnée de se mettre au garde à vous, de se priver encore d’une journée de salaire pour les adultes, de classe et d’université pour les enfants et les étudiants. Le Dictateur en sursis revient, il faut lui dire « Akwaba, Président ! Bon retour, Président ! Nous t’aimons, Président ! Longue vie, Président !», Préparez les banderoles ! Amour sur commande, joie, pardon, réconciliation : car celui qui vous a plumés et opprimés est de retour pour « reprendre l’œuvre gigantesque de construction nationale entamée depuis deux ans et demi. » Ces chantiers qui n’ont rempli les assiettes que de poussière et de larmes. Face émergée d’un iceberg de détresse aux neuf dixièmes invisibles. Ce qui va continuer, ce sont les saignées du Herr Professor Doktor Doktor Doktor Ado, (trois doctorats) destinées, comme au bon vieux temps, à ranimer un malade déjà totalement exsangue.

A défaut de publier une « année de grâce »(Es 61:2), le RDR appelle, invite, oblige à une « journée de grâce », précédé évidemment de trois veilles de grâce. Les militants « ne doivent plus dormir. Ils doivent rentrer partout, réveiller tous les ivoiriens épris de paix pour que nous lui réservions un accueil haut en couleurs ». Oui la tâche est lourde, 3 jours et 3 nuits pour veiller, réveiller, mettre au travail gratuitement ceux et celles qui n’ont pas vu grand chose du mirage économique, hormis les tours de passe-passe de son grand illusionniste « Ce dimanche, Abidjan doit être bloquée parce que Dieu nous a fait grâce !» Tout ça pour quatre minutes de prestation d’un Ado déjanté, un comique au chapeau de mafioso et à la canne de gentil grand-père : on n’a pas osé la moustache dans le « rajeunissement » du miraculé, car elle aurait rappelé celle d’un autre Führer, Ado-lf de sinistre mémoire. Si la situation n’était pas dramatique, avec un chômage endémique, des populations sans ressources, des exilés que l’on rappelle sans leur donner la moindre garantie qu’il récupéreront leur maison, leurs biens et leurs terres, nous pourrions rire de cette prestation d’un dandy devant son public d’abonnés subventionnés, qui rient avec lui des malheurs du peuple qui compte ses morts, alors qu’eux se contentent de bétonner leur conscience.

Pourquoi exiger maintenant une affection, un amour du peuple, quand on ne l’a pas obtenu par le passé? Pourquoi exiger une liesse, une joie débordante pour fêter celui qui a ruiné et frappé tant de familles des deux bords, car la mort ne s’est pas privée de rôder aussi autour de celles qui, sincèrement, ont pris le parti d’Alassane Ouattara et voté pour lui. L’absence de médicaments, de soins, l’insupportable cherté de la vie ont gagné toute la Côte d’Ivoire, rejoignant ceux qui, quelques mois seulement après l’installation de leur idole et marionnette françafricaine de pacotille, criaient déjà « Gbagbo Kafissa! »

Cette attitude du RDR est pathétique, irresponsable… Trois semaines de silence, d’erreurs de stratégie, de mensonges, et brusquement la vérité surgirait de l’ambassade de Côte d’Ivoire en France ? Le monde entier a la révélation de la vraie nature de ce régime : une dictature, avec des populations prises en otage, sommées de se confondre en salamalecs. Et ce sont les petits kapos de cette république bananière, eux-mêmes prisonniers de leur mentalité d’esclaves de luxe, que l’ont charge d’obliger leurs frères esclaves de seconde zone, corvéables à merci, à saluer avec enthousiasme un Missié Prado ou Pseud’Ado provisoirement, très provisoirement revenu. Car personne ne se fait d’illusions : malgré la dérisoire protection de leurs amulettes, les Dozos meurent aussi, comme nous le révèlent beaucoup de « faits divers » relayés par la presse.

« Abidjan doit être bloquée parce que Dieu nous a fait grâce ». En hébreu biblique, « D.ieu nous fait grâce », cela veut dire qu’« Il nous fait bon visage ». La prestation devant caméra d’un chef d’état sous l’emprise manifeste d’euphorisants et d’anti-douleurs, équipé d’une canne pour garder son équilibre, peut-elle vraiment nous conduire à cette conclusion ? D.ieu Créateur et Juge peut-il être heureux du spectacle d’un chef d’état hilare, capable de rire avec sa cour d’une affaire d’arriérés de bourses impayées, alors qu’elle vient, à Abidjan, de coûter la vie à un pacifique étudiant en médecine, tabassé à mort par ses sbires de la Police universitaire, des brutes qui sous prétexte de faire régner l’ordre sur le campus, ont aussi blessé grièvement plusieurs de ses camarades ? Quelle indécence d’en parler comme s’il s’agissait d’une bagatelle ! Quelle indécence de se faire applaudir par quelques étudiants rattrapés séjournant en France, et bénéficiant comme tels des soudaines largesses de ce prestidigitateur au chapeau neuf ! Face à la démagogie de ce coup de pub hexagonal, combien de personnes, au pays, auront perdu la vie pour cause de négligence et d’incurie, pour cause de bourses non versées, de salaires en retard ou arbitrairement supprimés ? Et le « fils de la nation » voudrait être accueilli en héros pour son grand retour ?

Dans aucune démocratie au monde il ne viendrait à l’esprit d’un homme politique de se pavaner devant les caméras et de se faire acclamer par les foules. Cela ne peut germer que dans des esprits tordus au service d’une dictature, dans la tête de personnes désespérément cramponnées à un pourvoir moribond qui leur échappe, et dont dépend leur survie…

Oui il va peut-être rentrer. Ses médecins français lui ont permis de faire le plein de médicaments et de conseils. Mais la révision de son mécanisme de Super-Prado ne le met pas à l’abri de la prochaine panne. A n’en pas douter, ils sauront tous bientôt ce qu’il en coûte de blasphémer, en prétendant se mettre D.ieu dans la poche. Pour le reste, faisons confiance à l’Eternel, et prenons-le à témoin, lui qui a promis de rétribuer chacun de ses enfants, et de rendre précisément à chacun ce qui lui revient.

Mamadou Soumahoro, alias Cimetière et les siens, en appelant les Ivoiriens à s’activer sans dormir jusqu’au retour du Chef, ne font qu’exiger de leurs compatriotes qu’ils partagent la même réalité qu’eux : depuis bien longtemps ils ne dorment plus, se demandant quand et comment cette farce macabre se terminera. Mardi prochain c’est mardi gras. Alors Bon carnaval aux clowns de la république, enivrez-vous avec l’Immortel, votre Magellan qui n’a pas fini de voyager vers la France et ses hôpitaux.

Shlomit Abel, 28 février 2014

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