Voir Bujumbura, Ouaga, Lomé…et mourir ! [Par Dr David IHOU]

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Je n’accepterais jamais de mourir, parce que je suis libre de ne pas aller voter

Si j’étais burundais, je n’accepterais jamais de mourir pour le troisième et dernier mandat d’aucun leader politique burundais ! D’abord parce que personne ne se rappellera de moi après ma mort (même pas les journalistes de RFI, qui ont couvert bruyamment les manifestations préélectorales dans ce pays !), surtout que sur les 18 principaux leaders politiques burundais dont j’ai la liste sous les yeux, aucun ne mérite qu’on meurt pour lui, ou pour elle!…

Je n’accepterais jamais de mourir, parce que je suis libre de ne pas aller voter, le jour du scrutin, libre de voter pour qui je veux, ou de voter bulletin blanc ! Plus de cent morts (par balles ou par grenades) dans le pays, et plus deux cent autres morts (par le choléra et autres maladies) parmi les réfugiés burundais dans les pays voisins (Rwanda, Tanzanie, RDC )!

Si j’étais burundais, je m’adresserais à mes compatriotes en ces termes, trois mois avant les élections :

« Burundais et burundaises, votez tous et toutes pour moi, Dr David Ekoudé IHOU NDUNYATUKYABA (ce dernier nom est une invention), et laissez Mr Pierre NKURUNZIZA briguer son troisième et dernier mandat, car je vais le battre, et voici un bon programme politico-économico-socio- politique que j’ai concocté pour nous! »…

Je n’aurais fait qu’imiter Mr Macky Sall du Sénégal, quand le vieux ABDOULAYE WADE a fait des pieds et des mains pour briguer son troisième mandat…Et il n’y aurait eu aucun mort, aucun blessé , aucun réfugié burundais dans les pays voisins, comme le Sénégal n’avait eu aucun mort, aucun blessé, aucun réfugié dans aucun pays voisin ou lointain !
Et Dr David Ekoudé IHOU NDUNYATUKYABA serait peut–être élu à la place de Mr Nkurunziza, si mon programme, bien sûr, est meilleur que le sien !
Au Burundi d’aujourd’hui, c’est Pierre Nkurunziza qui est élu, avec plus de 69 % des suffrages exprimés, selon le Conseil Constitutionnel, et son parti a obtenu une majorité très confortable au Parlement ! Le suivant sur la liste est Mr Agathon RWASA, crédité de 19 % environ !
Il fau signaler que le Conseil Constitutionnel du BURUNDI, composé de 7 membres a validé la candidature de Mr Pierre Nkurunziza à ce scrutin, à six voix pour et une abstention (le septième membre a fui le pays). ..

Fallait-il tous ces morts inutiles, ces blessés de trop, et ces réfugiés, pour le pays de mes amis burundais, pour un dernier et troisième mandat ?

Et comme si cela ne suffisait pas, c’est Mr Agathon RWASA qui se fait élire vice-président de l’Assemblée nationale burundaise, avec les voix de la majorité ! Pourquoi avoir alors diabolisé le troisième et dernier mandat de Mr Nkurunziza ? C’est une question que je pose à tous les « opposants africains », parce que moi je n’ai pas de réponse logique !
C’est ici que le président américain, BARAK OBAMA, m’a déçu à Adis Abéba ! Il n’a abordé que la moitié du problème des élections en Afrique !

Le problème n’est pas le troisième mandat, mais la transparence des scrutins africains !

Pourquoi se focaliser sur un éventuel troisième mandat, si le Président sortant a volé la victoire de ses deux premiers mandats ? Où étaient les burundais, quand Mr Nkurunziza finissait son premier mandat ? Pourquoi ne pas le battre à ce moment-là, pour qu’il ne brigue pas un deuxième mandat ? Il n’y a aucun leader politique burundais pour le battre à la fin de son premier ou second mandat ?
La clé du problème est que les opposants, en Afrique, ne veulent pas faire le sacrifice de s’aligner sur un seul et très bon candidat pour dégager le président sortant, quitte à se redistribuer les cartes après le départ du sortant !

Excellence, Monsieur le Président OBAMA, que vaut une démocratie, si les cinq présidents qui se succèdent, ont tous respecté la limitation des mandats à deux, mais ont tous volé leurs deux mandats, ce qui nous fait dix mandats volés ? Chaque peuple choisit le mode de scrutin, la limitation ou non des mandats de l’Exécutif et du pouvoir Législatif et la forme de la gouvernance ! Aux USA, la limitation des mandats n’est formellement inscrite dans la Constitution américaine qu’en 1951, puisque Franklin Delano ROOSEVELT fut élu pour un 4è mandat, qu’il n’a pas achevé pour cause de décès (1933-1945)… en Europe, le mandat de l’Exécutif n’est limité ni en Allemagne, ni au Royaume-Uni…

L’Afrique doit miser d’abord et surtout sur la transparence des scrutins, et un dirigeant qui n’est pas bon, n’a aucune chance d’être élu deux fois de suite, sans parler de trois fois !…
Si j’étais burkinabé, je n’accepterais pas la fausse insurrection populaire qui a secoué le Burkina, le 29 et 30 octobre 2014, qui a entraîné la chute de Blaise Compaoré, mais aussi, la mort de 50 burkinabé, l’incendie du Parlement du pays, la mise au chômage de 6000 burkinabé (à cause de la destruction de maisons privées, de commerces, de banques etc.) des blessures chez un demi millier des Hommes Intègres. A l’origine, la volonté de Blaise Compaoré de briguer un troisième mandat, tordant le coup à la Constitution burkinabè, qui limitait les mandats présidentiels à deux…Le Président Compaoré a le droit quand même, de convoquer un référendum sur tous les sujets de son pays, y compris son désir de briguer un troisième mandat, si la Cour Constitutionnelle de son pays approuve. Le Peuple burkinabé dira alors NON ou OUI à Mr Compaoré, et c’est cela la Démocratie !

Moi, je parie que les burkinabè auraient dit NON, à 70 % au moins, à Blaise Compaoré, et il irait se laver le visage !

Il se pose ici encore, la crédibilité des scrutins en Afrique. Si les burkinabé estiment que Compaoré allait tricher, c’est qu’ils savent que Blaise Compaoré avait triché ses mandats antérieurs et ils sont aussi coupables que Blaise Compaoré lui-même, puisqu’ils lui ont laissé 27 longues années pour qu’il les couillonne! Et c’est pourquoi je pense qu’ils ont versé des larmes de crocodile sur les cercueils des malheureux morts au cours des jours sombres du 29 et 30 octobre 2014 , surtout que le départ de Compaoré n’a rien réglé dans le pays !

Si j’étais burkinabé, j’allais tenir ce discours à mes compatriotes, lorsque Mr Blaise Compaoré gesticulait pout organiser son référendum, ou passer par ses députés pour lui donner l’onction de se présenter pour un troisième mandat :

« Mes chers compatriotes intègres du Pays des Hommes et des Femmes Intègres ! C’est le Dr David Ekoudé IHOU IGOUFANDO (le deuxième nom est imaginaire) qui vous parle ! Laissez Blaise Compaoré organiser son référendum, ou se présenter à la prochaine élection présidentielle ! Si nous sommes tous intègres, votez tous NON au référendum et si le Oui recueille votre adhésion à ce référendum, votez tous et toutes pour moi, pour le battre à 80 % au moins des suffrages exprimés , en ma faveur, et il ne trouvera pas assez de savon pour laver son visage couvert de honte ! »…

Le Pays des Hommes Intègres aurait épargné la vie de 50 de ses jeunes citoyens, ne chercherait pas 7 milliards de FCFA pour reconstruire son Parlement brûlé, 6000 burkinabè n’iraient pas grossir les rangs des chômeurs existants, et plusieurs commerces, banques, magasins seraient en train de tourner à plein régime, sans parler des cas des blessés paralysés à vie, etc.…

Et puis, moi je laisserais le nouveau régime élu régler tous les problèmes judicaires en suspens… Exemple de blague à Ouagadougou, la Haute Cour de justice qui veut juger Blaise Compaoré, ne peut pas être formée par des députés du CST, car ils ne sont pas élus, mais désignés ! Ce sont des députés élus qui peuvent constituer une Haute Cour de Justice de la République ! Et l’exclusion des partisans de l’ancien régime, aux nouvelles consultations électorale est illégale, comme l’a stipulé clairement la Cour de Justice de la CEDEAO !

Qui peut nous dire exactement qui a soutenu et qui n’a pas soutenu l’idée de révision constitutionnelle de Blaise Compaoré, idée qui n’est d’ailleurs pas un crime, politiquement parlant?…

Je suis togolais et si je n’étais pas en exil en 2005, j’aurais tout fait pour que les jeunes togolais ne se fassent pas gratuitement tuer par les forces de l’ordre, suite à la proclamation des résultats très contestés de la présidentielle de cette année-là !

Cinq cent, mille, deux mille morts ? Personne ne le sait exactement…

La seule certitude, c’est qu’aucun enfant des dirigeants du pouvoir ou de l’opposition ne figure parmi les victimes !

Ce sont « les enfants des autres », qui sont morts et enterrés, point barre ! Les suppliciés sur l’autel de la démocratie, et, fait criminel, aucun leader politique ne fait cas des morts, pour qu’au moins, une stèle soit érigée en leur mémoire ! Personne ne se rappelle leurs identités, personne ne leur a rendu hommage ! Ils sont les oubliés de la démocratie à l’africaine…

Si j’étais au Togo, j’aurais tout fait pour dissuader les populations de descendre dans la rue… mais aurais-je pu être entendu ? Les cancres de la République m’auraient traité de tous les noms, en se gavant du sang de nos pauvres compatriotes…

Voir Bujumbura, Ouagadougou, Lomé … et mourir, par l’irresponsabilité et la méchanceté des uns, le cynisme des autres, et le crime des uns et des autres…

Dr David IHOU

Consultant en Géopolitique et stratégie sécuritaire
 

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