VERTIGE 5 : Demandez à ce Monsieur…

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Demandez-lui comment il s’est débarrassé d’Atsutsé Agbobli et d’autres encore, connus et anonymes, militaires ou civils, hommes, femmes, enfants, vieillards, jeunes

 

Demandez à ce Monsieur qui veut aller se pavaner à la Conférence sur le virus meurtrier Ebola, le mardi 3 mars, s’il connaît bien le sens du mot meurtrier, combien de citoyens togolais, comme pire que ce virus, il a lui-même fait massacrer. Demandez-lui où il a oublié les cadavres, avant d’aller s’occuper des victimes de l’épidémie. Demandez-lui la liste de ceux qui ont été massacrés en 2005, tailladés par les machettes, éclatés sous les bombes de son âme damnée, son général défunt Tidjani, aujourd’hui enterré lui-même, quelque part en terre nigériane, la liste de ceux qui ont été criblés de balles…, de ceux qui avaient été torturés, battus à mort, de ceux qui avaient été précipités dans la mer, les fleuves, morts noyés, ceux qui avaient simplement disparu, emmenés par la soldatesque vers une destination inconnue. Sans parler de ceux sacrifiés en 2010, toujours sur l’autel de son pouvoir. Demandez-lui comment il s’est débarrassé d’Atsutsé Agbobli et d’autres encore, connus et anonymes, militaires ou civils, hommes, femmes, enfants, vieillards, jeunes. Les jeunes élèves de Dapaon et de Mango? Il les a peut-être oubliés. Mais, demandez-lui combien sont tombés dans la guerre qu’il a livrée contre son demi-frère Kpatcha, appartenant aux deux camps, d’ailleurs. Mais aussi les dommages collatéraux, les innocents fauchés par des balles perdues.
Il ne sait peut-être pas combien de Togolais il va encore tuer cette année même, à l’occasion de l’ « élection présidentielle », si on ne le laisse pas gagner tranquillement. Donc, ne le lui demandez pas. Cependant, demandez-lui où sont les charniers récents, ses propres charniers, et non pas ceux de son père. Combien il y en a, de Lomé à Dapaon Mesurez-en les dimensions : largeur, profondeur… Ajoutez-y ceux qui ont eu droit à des tombes individuelles. Ces victimes ont pourri, dites-vous.

Mais exhumez les ossements, exhumez des lambeaux de cadavres, exhumez des restes de peau et de vêtements, de linceul, le bois des cercueils en décomposition, avec si nécessaire, les vers qui les rongent, la boue qui les empèse, s’y colle. Que des mouches s’y agglutinent, bourdonnantes, des mouches pareilles à celles dont il est question dans la pièce éponyme de Sartre , intraitables, dévoreuses, enragées, aussi enragées et aussi têtues que l’homme dont nous parlons quand il s’agit de défendre et de préserver son pouvoir. Mais, pourquoi donc lui envoyer les mouches, les Erinyes, ces divinités voraces, plus terribles que le virus d’Ebola? Vous le croyez susceptible d’être piqué, capable de remords? De repentir, peut-être? Vous vous trompez!Vous voyez bien ce qu’il a fait du rapport de la fameuse Commission Vérité, Justice, Réconciliation! Il l’a dévoré. Ou plutôt, il les a bouffées, avalées, Vérité, Justice et Réconciliation, tout comme son père en son temps les avait dévorées. C’est que dans le clan, ils ont une conscience de pachydermes, de baobabs. C’est le père lui-même qui nous l’avait dit. Et vous voyez bien que, en dépit des dénégations du fils, pour paraphraser Jésus, „ le père et le fils sont un“. Ils vous bouffent donc rapports, accords, discours, déclarations de principes, beaux principes! Vous savez aussi quelle valeur ont leurs paroles. C’est qu’ils ont, dans la famille, leur propre principe qui est au-dessus de tout: le pouvoir! Le pouvoir par tous les moyens, y compris la fourberie et les massacres. Et c’est de bon cœur, allègrement, que le fils comme le père l’avait fait, vous bouffera encore cinq ans, dix ans, vingt ans, 30 ans… de mouches, et de rapports, discours, déclarations sur la réconciliation, la vérité, la justice, la paix, l’amour…jusqu’à la mort! De le penser, cela ne vous décourage-t-il pas? Cela ne provoque-t-il en vous le vertige ?

Cependant, ne renoncez pas à votre entreprise. Que charognards et vautours vous accompagnent! C’est normal qu’ils fassent partie du lugubre convoi. En fait, celui qui donne un festin aux charognards, n’est-il pas lui-même l’un d’entre eux, le Maître des Charognards ? Allez partout avec lui, avec eux, les charognards, bien entendu. Chargez votre prise dans des camions, des trains, des avions…Combien ? Mettez-lui sa proie sous le nez ! S’il fuit, poursuivez-le avec votre « récolte ». Portez-la à son hôtel particulier, dans sa chambre à coucher, sa baignoire, au restaurant, qu’il se régale…Accompagnez-le à la conférence. Qu’il en parle avant de parler d’Ebola. Et que le monde entier l’applaudisse, comme…le champion qu’il aime bien être, à l’exemple de son père. Puisque c’est cela qu’il veut. Vous dites : quelle horreur ! Cela provoque la nausée ! Cela donne le vertige ! L’odeur des crimes infeste tous les lieux où il passe avec ses charognards et ses vautours ! Et je suis d’accord avec vous.
Ne lui demandez pas quelle valeur il accorde à la vie d’un homme. À l’agonie d’un supplicié, d’un être humain que déchirent d’atroces douleurs. Il ne comprendrait pas ce langage. Ne lui demandez pas quelles fautes ces victimes-là avaient commises, qui soient plus graves que celle simplement d’exister, d’être nées dans un pays qui s’appelle le Togo, et d’avoir voulu que ce pays connaisse la démocratie et la liberté comme les autres. De s’être lancées « dans la terrible et mortelle aventure de la liberté », comme l’écrit un théologien. Cette aventure-là concerne l’humanité entière, donc les Togolais aussi, en bien comme en mal, depuis qu’Adam et Eve ont mangé le fruit défendu. Le fruit dont la consommation ouvre les yeux sur le bien et le mal et exige de chaque être humain de faire son choix en conséquence. Mais notre homme n’entend pas ce genre de réflexion. Il n’entend que celle-ci : comment arrive-t-on au pouvoir et comment s’y maintient-on quand on s’appelle Gnassingbé ? Là, il vous répondra : en massacrant, en versant le sang, si les citoyens ne vous laissent pas d’autre choix. Que voulez-vous? C’est ce que son papa lui a appris. Alors, inutile de lui demander combien de personnes il envisage de massacrer à l’horizon 2030, son horizon à lui. Car il n’envisage rien en dehors de la conservation du pouvoir. C’est cela qui l’obsède. Vertige !

Cela devrait révolter le monde. Comment? Voulez-vous dire que ce monde qui le reçoit pour parler d’Ebola est hypocrite et faux ? Quoi? L’horreur des horreurs, la nausée des nausées, l’être propre à vous faire tourner la tête, de vertige, c’est cet homme qui vient vous parler d’Ebola, comme s’il n’était pas lui-même l’Ebola de ses concitoyens. Là, j’entends quelqu’un qui n’est pas d’accord : c’est de la calomnie, ce ne sont qu’insultes, propos de fou du village, de schizophrène……car si cet homme était vraiment tel que vous en parlez, il y a longtemps que personne ne le souffrirait comme président, même d’une République bananière.

On l’a même vu le 11 janvier dernier en bonne compagnie, en bonne place, dans les rangs du beau monde. On l’a entendu chanter, en chœur avec tout le beau monde : « Je suis Cha…cha… ». Quoi ? Charognard ? Mais non, ça ne se dit pas en bonne société ? Alors il a dansé cha-cha-cha pour bien se faire remarquer? Non, il a fait son petit cinéma, comme il a appris à le faire à l’école de son cher papa: « Je suis Cha…cha…cha…Charlot! »

Mauvais Charlot, comédie macabre, dites-vous, mais, heureusement qu’il y a de temps en temps ce spectacle de Charlot de mauvais goût, sinon, en plus de mourir de ce mal pire qu’Ebola qui s’appelle Système Gnassingbé, et aussi de mourir de faim ou de maladie faute de soins à l’hôpital, on mourrait également de vertige.

Sénouvo Agbota ZINSOU
 

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