Union africaine : Quand une femme renvoie un homme !

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C’est une véritable bouffée d’oxygène pour l’Afrique. Car voilà un peu plus de six mois qu’elle attendait l’élection du président de la Commission de l’Union africaine. Rien, pas même l’absence d’une solution concertée, les invectives et autres coups de griffes qui ont chevillé les débats tout en tenue et en retenue, n’a pu empêcher les dirigeants africains de parler enfin polisson. La preuve, la Sud-africaine, N’kosazana Clarisse Dlamini-Zuma, a été brillamment élue, avec 37 voix, au quatrième tour du scrutin, à la gloire des savoureuses particularités de ses partisans qui jubilaient déjà dans les couloirs du siège de l’institution panafricaine. Signe que le camp sud-africain, en venant au 19e sommet de l’UA, ne s’attendait pas à ravir l’exécutif de la commission de l’appareil à Jean Ping, candidat à sa propre succession, qui faisait la course en tête en janvier dernier.

L’extraordinaire retournement de situation témoigne que le combat des gladiators entre le gabonais Jean Ping et Mme Zuma, pardon la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale(CEMAC) et la Communauté des Etats de l’Afrique australe (SADC) a tenu son rang. Les trois premiers tours du scrutin l’attestent éloquemment. La Sud-africaine est arrivée en tête avec 27 contre 24 au premier tour, 29 contre 22 au deuxième et 33 contre 18 au troisième avant que son flamboyant et pimpant adversaire Jean Ping ne se désiste.

A y voir de près, tout se serait joué dès le premier tour où le Gabonais a perdu des voix en chemin avec la mise sur le carreau du Mali et de la Guinée-Bissau. Avec la participation des deux pays ouest-africains soutenant le Gabon, on aurait obtenu 27 contre 26. On se serait alors englué dans un bras de fer infranchissable si bien que les autorités panafricaines se seraient résolues, une nouvelle fois, à reporter les élections.

Probablement avec de nouvelles figures. Il convient de souligner que l’écart du premier tour, non moins négligeable, a donné un coup de pouce à l’offensive diplomatique sud-africaine qui a fini par tirer des pays de leur sommeil dogmatique et briser le vote communautaire. On ne le dira jamais assez, c’est la victoire de la raison sur les détestables et vaines querelles de clocher. C’est également celle de l’Afrique entière qui, privilégiant l’essentiel, a décidé de remobiliser ses désirs d’avenir. Reste à savoir si cela va perdurer aussi longtemps que la durée des féeries du coucher du soleil. De fait, il y a eu quelques choses entre chaque ligne, un abîme de fraîcheur énigmatique qui risque de faire des vagues les jours à venir.

Au prétexte que l’institution supranationale est en train de basculer entre les mains des Anglophones, pour ne pas dire qu’elle échapperait au contrôle d’une certaine puissance occidentale, des Etats de l’Afrique centrale et alliés pourraient se braquer et tenter de faire goûter à la première femme et anglophone, présidente de la commission, la pilule amère qu’elle leur a fait ingurgiter. Il faut craindre qu’ils ne transgressent des résolutions de l’UA.

Si ce n’est ça, l’Afrique du Sud, qui mène une politique nationaliste depuis un bon moment, pourrait tenter d’utiliser l’Union pour renfoncer sa politique hégémoniste. Ce qui aura immanquablement des effets sur le fonctionnement de l’institution qui pourrait perdre le peu de crédibilité qui lui reste et verser dans la paralysie. D’autant plus des susceptibilités réveillées, d’autres grandes puissances comme l’Egypte, l’Algérie, le Nigeria ne manqueraient pas de sortir de ?leur silence, soit pour abattre leur propre carte soit pour remettre de l’ordre dans la maison.

Pour éviter que de petites histoires de ce genre ne viennent polluer l’atmosphère et remettre en mal la marche, ô combien laborieuse, de l’institution panafricaine, il convient de tirer des leçons de ce scrutin qui a maintenu le continent dans l’expectative plusieurs mois durant. ?De toute évidence, les règles conventionnelles, non écrites, ne valent que pour ceux qui y croient. Le président de la Commission qui n’aurait pas su tirer ses marrons du feu ne pourra plus avoir la garantie d’être réélu. Fort de ce constat, il convient donc que les décideurs du continent imaginent des mécanismes pour ne pas que l’élan de la construction d’une Afrique unie, solidaire et forte ne vienne à être brisé. Pourquoi Dieu n’exploreraient-ils pas la possibilité de l’application du système de gouvernance rotatif fondé sur les cinq régions naturelles ?

Adama BAYALA ([email protected])

Sidwaya

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