Un seul mot d’ordre : soulèvement populaire !

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Ne tournons plus autour du pot. N’ayons pas peur des mots. Nous avons un pouvoir illégitime, corrompu, inefficace, prêt à user de répressions parfois sanglantes quand il se sent menacé. Sa caractéristique principale est dans sa capacité de nuisance, à court ou à long terme. Un pouvoir qui n’a qu’une préoccupation au mépris de toute considération pour les aspirations du peuple. Un pouvoir qui ne doit son existence qu’au mensonge, à la fraude électorale, à la force militaire, brutale, à l’argent du contribuable togolais utilisé à des fins de financement d’un réseau de soutiens, à la propagation de fausses nouvelles dans les médias nationaux et internationaux, à des interventions extérieures. Un pouvoir qui se situe tout droit dans la suite des coups d’État et des coups de forces perpétrés au Togo depuis le 13 janvier 1963. Un pouvoir assis sur des crimes de sang et prêt à en commettre d’autres pour se maintenir : d’Étienne Eyadema à Faure Gnassingbé, c’est presque le même scénario que celui de la Syrie des Assad, dont nous voyons aujourd’hui le résultat impitoyablement sanglant, horriblement meurtrier.

La leçon ne nous inspirerait-elle pas une juste indignation, une légitime révolte et des actions appropriées pour éviter la même situation à nos enfants et à nos petits-enfants ? Un pouvoir qui ne s’en ira jamais par le verdict des urnes qu’il ne respecte pas. Il ne respecte pas plus les partis politiques et les accords politiques. Il ne fait semblant de les respecter que lorsqu’ils ne le menacent pas dans son essence même. Il ne parle de réformes, n’en concède, que lorsque celles-ci lui permettent d’atteindre, à court ou à moyen terme, ses objectifs. Il méprise valeurs républicaines et sens de la nation lorsqu’ils se dressent sur son chemin pour lui barrer la route. Chacun sait qu’héritier direct de la dictature d’Eyadema, il n’accorde aucune valeur aux élections, qu’elles soient législatives ou présidentielles. Il peut destituer à tout moment des parlementaires qui le gênent, comme il proclame un faux élu à la tête de l’État. Les Togolais s’indignent-ils suffisamment contre ce rituel du mensonge auquel le pouvoir les oblige à assister, impuissants, depuis des décennies ?

Connaissant ce pouvoir, tel qu’il est, est-il rationnel de l’appeler à négocier, à faire des réformes ? La solution n’est ni dans la négociation, ni dans l’attente de réformes qui ne viendront pas. La solution n’est pas dans le recours à de prétendus „facilitateurs“, prêts à œuvrer insidieusement en faveur de son maintien. Nous connaissons les intérêts divers que certains de ces facilitateurs servent ! Pourquoi plus personne aujourd’hui, au Togo, ne parle d’aller à Ouaga alors que la crise perdure ? Quel gâchis ! Quel manque de lucidité ! Reconnaissons-le ! Quelle bêtise ! Disons-le.

La vérité est que ces „ facilitateurs“ sont en fait des digues pour contenir l’élan révolutionnaire du peuple togolais dans sa soif de liberté et de démocratie. Ils ne nous ont rien facilité. Au contraire, ils nous ont toujours emprisonnés dans une orthodoxie établie pour maintenir un certain ordre international, favorable avant tout aux grandes puissances. C’est cet ordre qui a été ébranlé par la révolution du jasmin en Tunisie. (Prises de court, paniquées, ces puissances ont alors parlé d’accompagner les mouvements contestataires du monde arabe. ) C’est à ce même ordre que ces mêmes puissances tentent de donner une nouvelle forme en Libye, prétendant accompagner la révolution démocratique libyenne.

Une forme, toujours la leur, non pas celle que veulent réellement les démocrates libyens. Une forme et surtout un contenu qui ne bousculent en rien leur ordre, leurs intérêts. Le dernier discours de l’ambassadrice des États-Unis au Togo, que je ne qualifie pas ici, distribuant des points, bons ou mauvais à qui elle veut, célébrant le mariage entre le RPT et l’UFC-AGO, n’a pas un autre sens. Le salut du Togo se trouve au Togo, entre les mains du peuple togolais et non à Ouaga, à Libreville, à Lagos, à Paris. Il n’est à chercher ni à Washington, ni à New York. Obama, pas plus que Sarkozy, n’a été élu pour sauver le Togo ou pour sauver l’Afrique.

Et si la tactique du pouvoir, après l’ère des facilitateurs, était d’utiliser maintenant des „ institutions“ bidons, comme la „Commission Vérité-Justice-Réconciliation“, le „Comité de suivi“ machin…, aux mêmes fins que les facilitateurs d’hier ?

Doit-on dire que ce pouvoir illégitime ne craint aucun parti, même pas le premier d’entre eux par le nombre de ses militants, qu’il ne craint même pas une coalition de partis quand il sait que cette réunion se réduit en fait à un syndicat de politiciens, chacun ayant pour visée immédiate tout juste quelques privilèges, qu’il peut les acheter, ou au moins les affaiblir, pour les enrôler dans ses rangs en leur accordant ces privilèges ? Pour qu’ils entonnent l’hymne du changement, qu’ils prêchent aux autres l’évangile des „bons sentiments de Faure“, des bonnes réformes engagées par Faure pour corriger le régime hérité de son père, l’hosanna du RPT plus ou moins édulcoré, plus ou moins enrobé dans des couleurs de démocratie.

Une apparence qui ne peut nous tromper ! Nous sommes dans une vraie religion, opium du peuple ! Nous répondra-t-on sincèrement à ces questions : „ Qui a élu Faure pour corriger le régime de son père, pour devenir le redresseurs des torts causés aux Togolais par son père ? A-t-il d’abord publiquement reconnu ces torts ? Et ses propres crimes à lui, Faure Gnassingbé, qui les expiera ? Ses fils… ses arrière-petits-fils peut-être quand ils seront au pouvoir, pourvu qu’ils soient au pouvoir. Sur la base de quels actes de Faure Gnassingbé pouvons-nous jurer qu’il n’a pas l’intention de perpétuer la dynastie usurpatrice des Gnassingbé, fondée sur le coup d’État sanglant du 13 janvier 1963… ?“ Les Gnassingbé, méritent-ils d’être traduits devant les tribunaux au Togo, moins que les Moubarak en Égypte ou les Ben Ali en Tunisie ?

Ayons les yeux ouverts. Des Togolais ont longtemps attendu Gilchrist comme le nouveau „guide éclairé“. Nous savons aujourd’hui qu’il est loin de l’être. S’il y a une filiation de Sylvanus Olympio, leader de la libération du Togo, Père de l’indépendance, Père de la nation togolaise et porteur d’une vision du Togo, seule filiation qui intéresse les Togolais, elle est politique et spirituelle. Et cette filiation-là, nous pouvons tous la revendiquer. Nous pouvons tous nous sentir investis de la mission qui était celle de Sylvanus Olympio, nous qui désirons une nouvelle nation togolaise pour nous-mêmes, pour nos enfants et les enfants de nos enfants ! Il n’y a qu’un seul vrai changement :celui qui commence par la fin de la dynastie Gnassingbé.

Il n’y a qu’une manière d’y parvenir : le soulèvement populaire. Les partis d’opposition qui veulent vraiment ce changement doivent, immédiatement, incessamment, inlassablement répercuter ce mot d’ordre  : soulèvement populaire ! Je n’ai rien contre les congrès des partis, les réunions, les forums de discussion, les colloques d’intellectuels, les clubs de réflexions etc…les déclarations, motions, marches…mais à quoi servirait tout cela si le but n’était pas de renverser ce régime impopulaire, illégitime, nuisible, inhumain dont l’existence même se traduit pour le peuple togolais par une situation de misère, de difficultés de la vie quotidienne, d’incertitudes du lendemain ? Priorité au soulèvement populaire ! Les élections viendront après, car il en faudra pour restaurer la République.

Si nous savons tirer des leçons de nos erreurs passées, si nous savons avant tout fixer nos regards sur l’avenir de la nation et non sur nos nombrils, sur des intérêts matériels sordides et égoïstes…nous réussirons ! Dois-je vous dire encore que ce pouvoir n’a pas peur des partis qu’il connaît, qu’il a mis tout un arsenal en place pour manipuler, des partis qu’il a déjà floués à plusieurs reprises, usant, comme je l’ai dit dans un article du 19 juillet[1], de tactiques semblables à celle du matador et des picadors dans l’arène pour affaiblir le taureau avant sa mise à mort ? J’emploie cette métaphore filée, en m’inspirant encore du roman de Ernest Hemingway[2], que j’interprète assez librement : nos anciens politiciens sont presque tous plus ou moins affaiblis. Beaucoup sont blessés, blasés.

C’est dans le cou qu’ils ont reçu les coups. Il leur est difficile, pénible de redresser la tête pour reprendre le combat. Il leur est même douloureux de tourner la tête, le regard pour voir des réalités pas très reluisantes, dont ils doivent se sentir un peu responsables. Certains sont réellement morts sur le plan politique. Les picadors du pouvoir continuent leur tâche, bien sûr, usant de toutes leurs armes matérielles, médiatiques, idéologiques ( ces dernières se réduisant parfois à de virulentes invectives )… contre les résistants de toutes sortes : ceux qui cherchent à mobiliser nos populations, à leur ouvrir les yeux, à les réveiller alors que le régime les a assoupies de différentes manières ; ceux qui ont le courage de dénoncer les perfidies du pouvoir et de ses appuis extérieurs.

Nous n’avons pas besoin d’un guide charismatique, d’un personnage providentiel. Nous sommes nous-mêmes notre guide et notre lumière, si nous savons ce que nous voulons et quelle direction suivre ! Tous, nous formons le peuple et sommes plus forts que quiconque. Tous, soyons la force, l’autorité, la puissance pour renverser le pouvoir illégitime et créer un nouveau pouvoir républicain, selon les aspirations du peuple. Tous, nous pouvons réaliser le soulèvement populaire !

Sénouvo Agbota ZINSOU

[1] SAZ, Autorités, pouvoirs, forces et puissances [2] Ernest Hemingway, Mort dans l’après-midi, éd. Gallimard, 1938

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