Travail, Développement et Progrès

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Un journaliste en mal de sensations fortes a écrit récemment, que la « crise » devient plus accentuée au Togo et que le prix de la farine de blé a augmenté de plus de 3000 F CFA ! Cet adepte de la « crise socio politique à perpétuité » n’a, pas contre, pas dit comment il faut faire pour que le prix de la farine de blé n’augmente pas. Moi, je vais lui dire comment faire pour que les prix du riz ou de la farine de blé n’augmentent pas. C’est tout simple : il faut produire nous-mêmes ce que nous mangeons ! Les nègres attendent, le ventre séché en plein air, que des paysans thaïlandais cultivent le riz que nous allons manger. Le riziculteur thaïlandais ou asiatique, lui, travaille 6 à 7 jours par semaine, et trime, l’eau des rizières jusqu’aux genoux, pour produire son riz, et nous le vendre. Nous, on ne veut pas produire notre riz. Oh ! C’est trop difficile de produire le riz, c’est plus facile de le manger !

Alors,  on attend ! Pourquoi alors, vouloir manger à tout prix du pain de blé si nous ne produisons pas de blé ? Ah, c’est trop difficile de produire le blé, qui, pourtant, peut pousser dans plusieurs de nos régions. Il vaut mieux que ce soit le français, l’allemand, le belge ou l’américain qui produisent du blé… c’est trop difficile à faire pour nous les nègres ! Et qu’ils nous l’envoient à moindre coût, si possible, avec un transport gratuit ! Est-ce qu’un français, un allemand, un belge ou un américain veut absolument manger du « ablo » ou du « akpan » ou du « kom », aliments de choix des togolais ? S’ils veulent eux, ils vont produire en quantité le maïs (ce qu’ils font d’ailleurs), le mil ou le sorgho. 80% des terres togolaises sont encore inexploitées. Il suffit d’en cultiver pour ne plus « gueuler » : « la farine de blé a augmenté de 3000 F, c’est la crise ! »

C’est bien de crier à la vie chère, mais c’est encore mieux de proposer des solutions crédibles pour résoudre le problème de cette vie chère !

Travailler ! Le mot magique et libérateur que les togolais veulent bannir de leur vocabulaire. Ma mère a 87 ans bien sonnés. Elle a commencé à travailler la terre à l’âge de douze ans, et elle est encore solide aujourd’hui ! Le week-end dernier, j’étais dans sa ferme. Quand je voulais repartir, elle a fait charger ma voiture de tomates, de piment, d’aubergine, de fonio, d’haricot blanc et de 2 gros coqs. Tout autour de sa maison, (dont elle a loué une partie à l’instituteur du village), elle a un verger de fruits et légumes qu’elle entretient elle-même. Quand je lui ai dit, connaissant déjà sa réponse :

 « Mais, maman, tu ne penses pas que tu peux venir te reposer maintenant chez tes enfants à Lomé, ou à Atakpamé ? »

Elle m’a regardé, en souriant, parce que je lui avais déjà posé cette question plusieurs fois) et la réponse a été toujours la même :

« Et qui va s’occuper de mes poules et de mon jardin ? Et puis, tu sais bien que je vais m’ennuyer à mort à Lomé ! » …

Et c’est cela, une femme qui travaille la terre depuis 75 ans et qui est encore en forme !

Travailler, ce n’est pas seulement cultiver la terre, ou être salarié du public ou du privé. C’est être menuisier, maçon, ferrailleur, mécanicien, transporteur, électricien, boulanger, pâtissier, barman, blanchisseur, conducteur de taxi et de taxi moto etc.… Mais est-ce que nos jeunes veulent vraiment « travailler » ? Les intéressés vont vous répondre d’emblée : « il n’y a pas de travail !». C’est vrai que le marché de l’emploi est très restreint au Togo, comme dans beaucoup d’autres pays, mais il faut se battre.

Tout récemment, un jeune bachelier a sollicité de moi, une aide financière de 26.500 F pour l’inscription à l’Université de Lomé (c’est la 11e demande d’aide que je reçois cette année, de la part de nouveaux bacheliers). J’ai voulu savoir ce qu’il a «  foutu » depuis la proclamation des résultats du BAC, début juillet dernier. Imaginez que mon jeune ami, n’a « rien foutu » depuis qu’il est bachelier !

Et je lui dis qu’il faut qu’il apprenne dès maintenant, à «  se prendre en charge ». Je lui explique que, de la 6e jusqu’en Terminale, chaque vacance, nous nous mettions à 4 ou cinq pour labourer des champs des paysans, contre une bonne rétribution, ce qui fait que nous avions beaucoup de sous à chaque rentrée, quand bien même, nous savions que nous aurons une bourse d’étude, dès que nous aurons notre BAC, avec MENTION. Je lui raconte aussi l’histoire de ce jeune bachelier (BACI), qui vendait de jolis verres, au bord d’une artère animée de Lomé, pendant les vacances. Je lui en avais achetés, et il m’a expliqué que, pour préparer la rentrée en Terminale, il a sollicité d’une grande revendeuse, de vendre ces verres pour elle, et à être rétribué sur pourcentage de verres vendus. J’ai reçu ce jeune nouvel élève de Terminale, cette rentrée, et je lui ai demandé, combien il avait pu gagner pendant ces vacances : «  47.250 F », m’a-t-il dit !

Travailler ! C’est ce que n’ont pas compris nos amis du GRAVDESC (Groupe de Réflexion et d’Action contre la Vie Chère, les Droits Economiques, Sociaux et Culturels) (Sic !), qui lancent un mot d’ordre de « Togo mort », le 15 Octobre dernier, et un vendredi ! Comme cela, le Togo va rester vendredi, samedi et dimanche, soit trois jours, sans tourner ! Il n’y a que des gens irresponsables qui peuvent lancer un tel mot d’ordre ! Si les riziculteurs thaïlandais faisaient cela, le riz sera 2 à 3fois plus cher sur le marché togolais ! Et le GRAVDESC veut protester contre la vie chère ! Et puis, ces Messieurs doivent savoir qu’un pays ne peut pas rester « mort », même 24 heures ! C’est pourquoi la grève est autorisée dans tous les  pays démocratiques, mais aussi, le non grève. En clair, vous avez le droit de faire grève, mais d’autres ont aussi le droit de ne pas faire grève !

Un Groupe de Réflexion ne peut pas lancer un mot d’ordre de grève, et Mr Amekoudji , le porte-parole du GRAVDESC, devait le savoir, s’il est juriste…

 Ce sont les syndicats et les partis politiques qui doivent lancer des mots d’ordre de grève. Ce que des Togolais ne savent pas, c’est que, quand la CGT par exemple, lance en France, un mot d’ordre de grève de deux jours par  exemple, ce syndicat doit payer les deux jours de salaires à ses adhérents qui ont fait la grève, parce que l’employeur ne paye pas ! L’employeur ne paye pas, parce que les travailleurs peuvent s’arranger pour rester 15 jours à la maison, en disant qu’ils font grève, et aller toucher 30 jours de salaire à la fin du mois ! Et Mr AMEKOUDJI doit savoir que la  plus grande mobilisation contre la Retraite à 62ans, en France, n’a drainé que trois millions de Français, sur 57 millions d’habitants que compte l’Hexagone. Un pays ne peut cesser de travailler pendant 24 heures ! Le lendemain, la vie y devient plus chère ! Il faut donc réfléchir, parce que, je ne vois pas le GRAVDESC capable de payer une journée de salaire pour tous les salariés (public et privé) et tous les travailleurs du Togo, s’ils respectent son mot d’ordre de grève ! Au Togo, n’importe qui fait n’importe quoi, en se couvrant de n’importe quel titre ronflant !

Un Groupe de Réflexion et d’Action doit, d’abord et avant tout, réfléchir, et beaucoup réfléchir, puis agir dans le bon sens, et en proposant  des solutions aux problèmes du pays !

C’est ce qu’a fait un autre Groupe de Réflexion, en proposant au gouvernement, un modèle d’Assurance Maladie Généralisée, pour tous les citoyens de ce pays et les étrangers, vivant dans notre pays. Par contre, j’ai lu un «  mémorandum sur la situation togolaise » où, un autre groupe de Réflexion a fait une « dissertation d’étudiant », sans aucune proposition concrète, à moins que celle-ci, par exemple en soit une, pour les rédacteurs de ce mémorandum :

« A l’endroit du pouvoir en place : prendre ses responsabilités face à la situation actuelle pour une sortie effective du Togo de l’enlisement.».

Détaillez-nous Messieurs, Dames, le genre de responsabilités que le pouvoir doit prendre ! Pire, ce qui n’est  pas sain et intellectuellement honnête, c’est que les membres de ce Groupe fustigent la «  tentative d’aller à la soupe gouvernementale », alors que le responsable de ce Groupe, a, lui, goulûment bu la « soupe gouvernementale pimentée », sous la dictature d’Eyadema, et ce, pendant des années !

Travailler, le mot libérateur pour un homme. Dans le domaine agricole, le gouvernement fait beaucoup d’efforts pour remettre sur pied notre Agriculture, mais il peut, doit mieux faire, et faire plus. Je pense qu’il faut accentuer la mise en place des coopératives agricoles et surtout, créer, comme je l’avais proposé, une banque agro pastorale, pour aider la paysannerie à s’investir à fond dans l’Agro-pastoral. Une agriculture a besoin aujourd’hui de la semi mécanisation ou même de la mécanisation. Il faut donc former des «  agriculteurs modernes » sachant manier les nouveaux outils agricoles (tracteurs, batteuses, moissonneuses etc.) sans oublier les méthodes semi traditionnelles comme la charrue. C’est ici que la formation des agro-pastoraux prend toute sa dimension.

 J’avais proposé, il y a des années de cela, qu’on installe 2000 nouveaux agro-pastoraux, avec l’appui de la nouvelle banque, et après une formation rapide, dans nos centres de formation agro-pastorale, comme Tove ou ailleurs…

Pour l’emploi, j’avais également expliqué, dans ce document, la nécessité, pour le gouvernement, d’instituer une « allocation d’apprentissage » pour tous les jeunes gens et jeunes filles, titulaires du BEPC, et qui ne veulent ou ne peuvent pas continuer leurs études. Le problème des pays africains en général, et du Togo, en particulier, est qu’il y a un « hiatus » entre les diplômés supérieurs et les non ou peu scolarisés, ce qui fait qu’une «  classe moyenne de métiers » n’existe pas chez nous. Plombiers, mécaniciens, menuisiers, électriciens, maçons, charpentiers etc. sont formés sur le tas. Ils font un travail remarquable, mais c’est insuffisant. Il faut absolument que le gouvernement crée une ou deux écoles des arts et métiers (écoles professionnelles) performantes, pour que le pays dispose de cadres moyens performants. Une grande entreprise européenne ou américaine ne peut pas délocaliser ses activités au Togo, faute de cadres moyens compétents et en nombre, et même de cadres supérieurs performants. Quand l’entreprise RENAULT délocalise au Maghreb ou en Turquie, c’est qu’elle y trouve des cadres de tous niveaux, et cela fait deux mille (2000) emplois créés pour une ou deux entreprises, et cela fait régresser le chômage dans ces pays. Aucune entreprise ne peut délocaliser au Togo, si le problème de délestage n’est pas résolu et je suis heureux que le gouvernement ait réglé ce problème énergétique, avec la mise en service du projet de centrale électrique Contour Global, qui, depuis le 15 Octobre dernier, rend le Togo énergiquement autosuffisant. Ici, encore, il faut rendre hommage à ceux et celles qui ont proposé cette solution au gouvernement. Il faut rendre hommage au gouvernement qui a écouté, a beaucoup réfléchi, et a finalisé cette entreprise.

Dans un autre registre, les récentes inondations ont montré la précarité du logement et de l’habitat à Lomé et dans les environs. Une politique volontariste de l’habitat doit être entreprise sans délai, dans nos villes. Si, dans le passé, beaucoup de togolais peuvent se construire leur petite maison, aujourd’hui, avec le prix de la tonne de ciment, qui s’approche à grands pas de 100.000 F, je ne vois pas comment la classe moyenne et subalterne peut se construire un logement. Le gouvernement doit construire des tranches de logements sociaux, dans les zones viabilisées et sécurisées sur le plan de l’inondation ou autre. Le gouvernement malien, par exemple, fait un travail remarquable dans ce domaine.

Le développement d’un pays commence toujours par le travail, et le Burkina Faso et la Chine, nous déroulent, sous nos yeux, le tableau performant de deux peuples qui travaillent dur. Notre voisin sahélien nous inonde de fruits et légumes (ce qui devait nous faire honte) et la Chine va bientôt devenir la première puissance industrielle du monde ! Il ne faut pas croire que tout est rose dans l’empire du soleil levant. Certaines contrées campagnardes de Chine sont moins reluisantes que certains villages togolais, mais bientôt, l’immense majorité du pays sera développé. Il n’y a pas de « crise politique » en Chine, il n’y a pas de contestation de résultats de la Présidentielle. Il n’y a même pas de vraies élections présidentielles, ou de véritable démocratie pluraliste. Là-bas, il ne viendra à l’esprit d’aucun syndicaliste ou membre d’un Groupe de Réflexion de lancer « une journée Chine morte » ! Il sera enfermé dans un asile de fous ! Pourtant, c’est ce grand pays qui nous finance nos projets, qui répare nos ponts, quand l’eau les emporte !

Et pourquoi font-ils tout cela ? Et bien, c’est parce qu’ils travaillent les Chinois. Le Président CHIRAC a l’habitude de dire que les Droits de l’Homme, c’est d’abord les droits élémentaires d’un homme à se nourrir convenablement, 3 fois par jour, à se soigner, à s’instruire et à avoir des loisirs. Cette année, les Chinois ont acheté plus de voitures que les Américains ! Qui l’eût cru il y a seulement vingt ans ?

Si nous fustigeons la classe politique togolaise, que nous traitons de piètre, c’est à raison. Aucun parti politique n’a proposé de solutions concrètes, ni des recettes claires de développement de notre nation. Ils sont tous dans la logique de crise politique, de politique politicienne, de conquête de la Présidence de la République. Ils veulent être tous des OBAMA  (mais ils n’ont proposé aucun projet phare comme OBAMA), des MANDELA (mais MANDELA est un génie hors pair) ou des LULA (celui qui, en 8ans, a fait plus  pour les brésiliens que certains chefs d’Etat africains qui ont fait 40 ans de pouvoir !).Ils ne veulent pas être eux-mêmes d’abord, pour qu’on les prenne en exemple ! Ils veulent être des sosies , sans originaux !

Le développement d’un pays se fait avec un peuple qui s’instruit, qui peut se faire soigner aisément et qualitativement, et qui se nourrit, bien sûr, quantitativement et qualitativement.

C’est, en plus, l’industrialisation qui scelle le développement d’une Nation, en partant du plus simple au plus compliqué : boîte de tomate concentré, jus de tomate, de mangue, d’ananas ou de goyave, gingembre et poivre conditionnés, boîtes d’allumette, viande d’agouti conditionné, de papaye, ananas, avocat conditionné, de sorgho, de maïs industriellement conditionné, fabrique de tricots, de pagnes, de jeans, de chemise etc. Puis, on fabriquera des vélos, des charrues, des mobylettes, des cadenas, des clés etc. Tout ceci made in Togo. C’est cela l’industrialisation, et tout cela conduit au progrès d’une nation.

Dr David Ihou,

Ancien ministre de la Santé et de la Population

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