Togo, tu survivras ! (Profession de foi d’un citoyen ordinaire)

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« On ne construit pas l’union de l’humanité en chassant les boucs-émissaires. On ne contribue pas à la cohésion de la société et à la vitalité du lien social en développant un univers virtuel de polémiques et de violences verbales. Insensiblement, mais réellement cette violence virtuelle finit toujours par devenir une haine réelle et par promouvoir la destruction comme moyen de progrès. Le combat des mots finit trop souvent par la banalisation de l’agression comme mode de relation. Une société de confiance ne peut progresser que par le dialogue dans lequel les divergences s’écoutent et se respectent. » Cardinal André Vingt-Trois

Cette forte adresse du Cardinal de Paris interpelle fortement nos consciences en ces temps troublés. Elle ramène immanquablement à notre histoire ; elle apostrophe le vivre ensemble dans un espace géographique assumé qui suscite le sentiment d’appartenance, condition sine qua non de l’idée même de Nation. J’ose l’affirmer pour la terre de nos aïeux : nous souffrons d’un déficit du sentiment national. Les aléas de l’histoire nous ont fait usufruitiers d’une terre qui a résisté aux assauts conquérants et à la volonté hégémoniste faussement nationaliste d’un cénacle. Le togolais a désormais besoin pour entrer de plain pied dans la modernité apaisée, d’assumer son histoire. Il convient à présent d’envisager en toute lucidité ce qu’il fait ou a fait de cette histoire particulière et non ce que l’histoire a fait de lui. La réécriture biaisée et instrumentale de l’histoire n’y changera rien. Le biffage sacrilège des noms de ceux qui ont présidé à la destinée du Pays, la réintroduction d’autres personnages auréolés d’une héroïcité usurpée n’apporteront rien non plus. On est en droit de s’interroger sur la visée réelle des apprentis sorciers qui nous conduisent. Ils ne visent rien moins que de frustrer le togolais de son histoire, de son espace vital et donc de toute capacité de croitre. Car, disons le tout net, toute marche s’appuie au moins sur deux pieds. Il en va des nations comme des individus. Le Togo a besoin autant de son histoire que de son déploiement au sein d’un espace géographique précis

En nous vendant une histoire hors-sol, on nous prive aussi de l’indispensable encrage spatial qui fait des hommes libres et industrieux. On nous prive de la géographie, ciment de notre solidarité nouvelle. Dans quel environnement vit le Losso, l’Akébou, le Moba, le Bassari, le Kabyè, le Watchi, le Tem, le Mina, le Gourmantché etc. dont je suis le frère ? Quelles distances géographique et culturelle me rapprochent de mon frère ou sœur ? Le producteur de cacao qui traverse la « frontière » pour aller vendre ses produits ne fraternise t-il pas davantage avec ses semblables béninois, burkinabè, ghanéens, togolais rencontrés sur les marchés ? Ne se sent-il pas plus proche d’eux que de l’État togolais ? tant il est vrai et nous le savons, que les échanges commerciaux portent à la paix.

Il est important donc que nous le sachions : c’est la géographie qui nous lie ! Entendons nous d’abord sur le Togo. Tâchons de l’avoir en partage. C’est une voie royale de renforcement de notre appartenance à une communauté de destin. C’est donc une fable pour enfants que de s’égosiller : La révolution ou la mort ! La patrie ou la mort ! La démocratie ou la mort ! sans se donner les moyens d’avoir et la révolution et la démocratie et la patrie réconciliée dans son espace géographique et forte de son histoire. commune. Devons-nous définitivement admettre que le Togo est un vaste cimetière peuplé de martyrs ? Un mirage d’opportunistes ? Certes non! L’espérance qui doit habiter chaque togolais et chaque togolaise, c’est la vie. Un enfant de Badougbé apprendra plus sur le Togo en allant à Pya rencontrer et partager dans l’allégresse avec ceux de son âge (et vice versa) que tous les manuels scolaires révisés par la satrapie gouvernante qui lui racontent « des histoires » sur ses aïeux. Voilà pourquoi je trouve -n’en déplaise aux intellectuels et aux politiques qui s’en sont offusqués, les propos de Monseigneur Fanoko Kpodzro pertinents. C’est juste.et convenable que l’on affirme qu’au lieu de vaincre ou mourir, « vainquons ou vivons mais dans la dignité ». On peut multiplier les martyrs, museler le peuple et circonvenir les cupides mais sachez-le et l’histoire en témoigne, on ne tue pas l’espoir et plus encore l’espérance d’une Nation. On peut faucher des vies mais LA VIE du Togo, don gratuit de la divine providence, nul ne saura nous la ravir. En attendant l’inéluctable victoire du Togo, un Togo réconcilié sur une véritable terre de nos aïeux, vivons mais dans la dignité !

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Porte parole, conseiller en communication du Groupe de réflexion 3G
Paris, 1er Aout 2016

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