Togo: Trop de palabre pour peu de travail !

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« Ce sont des palabreurs». Ce jugement peu flatteur s’adresse aux Togolais. Ce sont les ghanéens et les burkinabé qui nous traitent ainsi ! Pour eux, les togolais ne savent que « palabrer » et ne veulent vraiment pas travailler ! Pour preuves, ils évoquent plus de quinze dialogues inter togolais, depuis 1990, et nous continuons de parler de dialogue, de dialogue, de dialogue… Pour preuves, ils évoquent le fait que nous importons des oranges, des légumes, des pamplemousses, des tomates, des courgettes, des oignons, des papayes, des poivrons, des choux, du pigment etc. du Ghana et, humiliation suprême, du Burkina Faso, pays sahélien !

La palabre (ou le dialogue, comme vous voulez), est effectivement devenu une sorte de label pour nous les togolais. Que de tentatives de dialogues,  de médiations, de missions, de conciliations, de médiateurs, de parrains, de facilitateurs avons-nous eus ?

Quand nos vaillants politiciens allaient à Ouagadougou pour débattre de je ne sais quoi, nous étions les rares analystes à fustiger ces démarches, donnant comme arguments, que les burkinabé et Blaise COMPARE ont autres choses à faire que régler éternellement les problèmes togolais. Il a fallu que les militaires burkinabé tirent dans plusieurs villes du Burkina, pour que certains de nos compatriotes réalisent que Blaise COMPARE avait autre chose à faire qu’à apprendre aux togolais comment gérer leur pays.

Nous sommes à peine six millions d’âmes dans notre pays et nous n’arrivons pas à nous gérer. Si les chinois, qui sont au moins un milliard et demi dans leur pays, devaient adorer autant le dialogue, ils auraient mis deux siècles pour choisir rien que la société qui avait construit le pont d’Amakpape. Mais les Chinois, eux travaillent, et très dur, pour se hisser l’année dernière, à la deuxième marche du développement, juste derrière les Etats-Unis d’Amérique. Et il n’y a même pas de démocratie en Chine !

Pourquoi aimons nous tant la palabre au Togo ?

La première explication est sociologique : les quarante deux ethnies du Togo ne sont pas, dans leur grande majorité, des ethnies indigènes dans 90% des cas. Le Togo est peuplé d’habitants venus du Ghana, du Bénin, du Nigeria, du Cameroun, du Tchad, du Burkina, du Niger, de Côte d’Ivoire etc. Si vous prenez par contre un pays comme le Bénin, le taux d’allogenicité des ethnies composant la société béninoise tombe à 30%, contre donc 90% pour le Togo. Les Togolais sont donc venus d’ailleurs pour s’installer sur ce rectangle de la terre de nos aïeux. La cohabitation n’a pas été sans heurts et l’entente parfaite entre les ethnies n’était pas acquise.
 

La deuxième explication est liée au long règne (38ans) du général GNASSINGBE Eyadema. A sa mort, tous les leaders politiques se voyaient déjà dans son fauteuil présidentiel vacant. Quelles ne furent pas la désolation et la colère de toute la classe politique de voir que c’est encore un GNASSINGBE qui arrive au pouvoir ! Le vote sanction contre Faure GNASSINGBE ne donna aucun résultat qui va dans le sens de ce vote : le fils reprit le flambeau du père, à la suite d’un scrutin contesté et sanglant où plus d’un demi-millier de nos compatriotes perdirent la vie et plus d’un demi million partirent en exil. Dès  lors, la palabre reprit de plus belle, jusqu’à la signature de l’Accord Politique Global (APG) qui eut le mérite de poser véritablement les jalons d’une sortie de crise et de déposer le pays sur les rails d’une démocratisation vraie. Mais, patatras, l’UFC (avec à sa tête, Gilchrist OLYMPIO et Jean Pierre FABRE) refusa de participer au gouvernement d’union nationale mis en place par l’APG.

Ce refus sera lourd de conséquences terribles pour le pays, car, c’est ce gouvernement d’union nationale qui devait baliser la route d’une démocratisation vraie du Togo. Gilchrist OLYMPIO et Jean Pierre FABRE sacrifièrent l’avenir du pays sur l’hôtel de leurs ambitions personnelles et leur dessein inavoué. Car la question qui se pose en réalité est de savoir si ces deux leaders ont été « achetés ou non » par le système, pour torpiller la transition  post APG démocratique togolaise. Seule la conscience de ces deux leaders et Dieu sauront la vérité.

Dès lors, la palabre reprit de plus belle, doublée d’une surenchère jamais vue dans aucun pays africain. Chaque leader se donna à fond pour attraper une miette de pouvoir, jusqu’aux élections législatives d’Octobre 2007, qui clarifia le paysage togolais. On avait cru alors que les cinquante députés de la majorité et les trente et un députés de l’opposition allaient se mettre rapidement au travail pour sortir des réformes constitutionnelles et institutionnelles prévues par l’APG. Mais non, on  entendit plutôt dans le parlement, le slogan attitré des togolais :

« Palabre oyé, Palabre oya ! »

C’est dans cet état de « palabrisme » que l’élection présidentielle du 4 Mars 2010 survient. Faure GNASSINGBE rafla la mise avec près de 66% des voix, et son challenger, Jean Pierre FABRE, s’en sortit avec un score honorable de près de 34%,bien qu’il ne se soit lancé dans la course pour le fauteuil présidentiel qu’à peine un mois avant le scrutin, et  bien que n’ayant présenté aucun programme cohérent de gestion du  pays au cours de sa campagne électorale.

Les togolais avaient alors cru que le pays allait se mettre enfin au travail pour ne plus importer des tomates et des choux du Burkina Faso. Mais non, ce malheureux peuple togolais n’avait encore rien vu. Et c’est  ici qu’intervient la 3e explication de l’amour immodéré de la classe politique togolais pour la palabre.

L’amateurisme et le manque de pragmatisme et de vision politique des politiciens togolais. Les trente huit ans de règne sans partage du Gal Eyadema devaient avoir instruit les leaders politiques et leaders d’opinions du pays, du moins pour tous ceux qui  ont vécu cette période. Pour ceux qui n’étaient pas encore dans le ventre de leur mère ou qui étaient au biberon quand Eyadema prit le pouvoir en 1967, la lecture de l’histoire devrait les aider, tout comme ce qu’ils vivent depuis qu’ils peuvent raisonner. Mais le constat est amer. On dirait que personne n’a retenu la leçon de l’histoire togolaise.

Tenez : les législatives auront lieu dans treize mois, et aucune stratégie unitaire de conquête du pouvoir par l’opposition n’est entreprise jusqu’à ce jour ! On va attendre la veille des élections pour confectionner une omelette politique indigeste et quand le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) va rafler la mise en 2012, on va crier à la fraude ! Les leaders politiques traditionnels sont en panne d’idées, les leaders des partis minus (ce sont ces partis qui ne totalisent pas cent militants sur toute l’étendue du territoire) entrent en transe dès que Faure GNASSINGBE parle de « dialogue », et les leaders d’opinion se contentent des vociférer sur les radios périphériques ou les chaînes de télévision qui leur accordent la faveur de les interviewer. Quand à la nouvelle génération, elle est incarnée par Jean Pierre Fabre et quelques excités de l’ANC (Alliance Nationale pour le Changement). Figurez-vous que depuis l’élection de Faure GNASSINGBE, il met sur le trottoir, tous les samedi des centaines de jeunes surtout, pour réclamer une prétendue victoire à la présidentielle du 4 Mars 2010. Ses rangs s’éclaircissent de semaine en semaine, mais rien n’y fit. Il est convaincu qu’il peut arracher le fauteuil présidentiel à Faure GNASSINGBE. Il n’est pas fichu de récupérer son fauteuil parlementaire, mais fait de la distraction en disant récupérer le fauteuil présidentiel…

 « Jean Pierre qui ? Combien de divisions possède-t-il ? », a rigolé récemment un officier proche du pouvoir, pour paraphraser STALINE, parlant du Pape.

Pendant ce temps, le terrain politique est abandonné sur toute l’étendue de territoire. Jean Pierre FABRE aurait pu réussir un coup fumant en lançant ses centaines de jeunes qu’il mobilise les samedis, pour faire la culture maraîchère sur le littoral togolais. Depuis 17 mois que ces marches durent, le Togo aurait pu se passer de l’importation des tomates et des choux du Burkina Faso, et ces jeunes seraient aujourd’hui un peu nantis financièrement parlant.
Le manque de pragmatisme et l’immaturité notoire de certaines de nos jeunes expliquent aussi notre situation actuelle.
 Il n’y a pas si longtemps, un journaliste encensait un ancien baron du régime Eyadema, pour sa logorrhée proverbiale et ses diatribes incandescentes contre Faure GNASSINGBE et son régime. Il se trouve que ce beau parleur, était un agent secret (l’un des meilleurs) du Général Eyadema. Il était le seul homme à pouvoir entrer dans la chambre à coucher d’Eyadema et à s’asseoir même sur son lit, sans aucune fouille corporelle par le service de sécurité pourtant intraitable du Général. Aujourd’hui, ce baron, introduit innocemment dans toutes les rédactions des médias de l’opposition, joue parfaitement son rôle de taupe de luxe. Un As du renseignement n’est jamais laissé en vadrouille par le système qui l’a utilisé pendant des décennies. Le système le liquide, s’il « disjoncte » ou se livre à l’ennemi, ou mieux, l’utilise comme un cheval de Troie.

Notre journaliste encenseur est trop idiot pour comprendre cela. Ce « wouya, wouya » de la plume pourrait, dans l’exercice de ses fonctions, interviewer l’ex-baron, pour savoir qui a tué David BRUCE (Directeur de Cabinent de Mgr KPODZRO), qui a tué le journaliste ATTIVI, qui a donné l’ordre de flinguer TAVIO AMORIN, qui a planifié la tuerie de Fréau Jardin etc. Car ce garçon doit être au courant de tout ça et de tout un tas d’autres choses ! Mais notre journaliste «  wouya wouya » pense faire du journalisme, en s’attaquant au Dr IHOU, tous les jours que Dieu fait ; sans Dr IHOU David il ne peut pas exister ! A croire que le Médecin lui a arraché sa dulcinée !

A cet immature prématuré de la politique togolaise, je voudrais rappeler le travail horrifiant de cette autre taupe introduite par le régime Eyadema au sein de l’opposition civile et armée togolaise au Ghana, dans les années 1990-2000. Cette taupe, officier de son état, a donné la liste de tous ceux qu’il considère comme « emmerdeurs » d’Eyadema. Tous ont été liquidés par le régime d’alors, par le poison ou les armes, terminant la série par feu lieutenant TOKOFAÏ, abattu dans un bar, de façon spectaculaire, pour l’exemple. La taupe a rejoint après, tranquillement, Lomé et ses amours.

L’amateurisme ne fait pas bon ménage avec la politique. Pour conquérir le pouvoir (et le garder) en Afrique, il faut de l’intelligence et /ou la force. Quand on n’a ni l’une ni l’autre, on risque fort d’être des éternels opposants.

Pour le Togo, il fut absolument que le peuple se remette sérieusement au travail. L’année prochaine, des législatives auront lieu. Si elles sont transparentes comme celles de 2007, les vainqueurs devront se mettre sérieusement au travail et mettre le peuple au travail. Fini les palabres. La démocratie, c’est la règle des jeux de la Majorité (50% plus un) et de la Minorité (50% moins un). Ceux qui gagnent gouvernent pendant cinq ans, et ceux qui perdent, restent dans l’opposition pendant cinq ans, en espérant prendre leur revanche aux législatives de 2017, ou à la présidentielle de 2015. Le Togo se portera mieux et nous n’aurons plus besoin d’importer des tomates d’un pays sahélien

Dr David IHOU.

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