Togo : Opposants ou sous-citoyens ?

0

 

C’est dur, dur.., vraiment dur d’être un opposant au Togo. Chez, nous pour qui choisi d’être opposant, il est réduit au rang de sous-citoyens, citoyens de seconde, citoyens entièrement à part… Sinon comment comprendre le sens de l’article publié sur le site porte-parole du gouvernement togolais, www.republicoftogo.com , sous le titre « l’ENAP forme les hauts cadres de l’administration » ? Dans  cet article, l’auteur qui se reconnaitra lui-même nous apprend que « des professeurs de l’Ecole nationale d’administration publique du Québec (ENAP) sont actuellement au Togo pour former des directeurs de Cabinet et secrétaires généraux de ministères aux défis d’une administration compétitive, efficace et génératrice de résultats.  (…) Cette formation s’adresse également aux hauts fonctionnaires en charge des ressources humaines. (…). Le Togo entend doter chaque ministère et institution d’un plan sectoriel pluriannuel de formation qui sera exécuté par l’École nationale d’administration (ENA) de Lomé, en partenariat avec certaines écoles et centres de formations techniques et professionnels. » Jusqu’ici, rien de grave, car, le souci d’informer et d’éclairer le citoyens togolais, sur les initiatives gouvernementales, allant dans le sens d’améliorer les performances d’une administration réputée, lente, inefficace, voire corrompue ne peut qu’être salué.

Puis, commencent la désinformation, le mensonge, les contre vérités, les manipulations et les amalgames. L’auteur poursuit sans vergogne que « C’est dans cette perspective que la contribution de l’ENAP, appuyée par un de ses diplômés d’origine togolaise, a été jugée pertinente pour soutenir et accompagner le gouvernement dans la conduite et la mise en œuvre de cette réforme. » et de conclure « L’actuel ministre français des Affaires étrangères, Alain, Juppé, a été professeur dans cette prestigieuse école en 2005 ».

L’auteur fait semblant d’ignorer qu’un Togolais a également été professeur dans cette prestigieuse école. Si l’auteur le fait consciemment ou inconsciemment, de bonne foi ou mauvaise foi, il me sied de lui rappeler qu’à l’instar de l’actuel ministre français des Affaires Etrangères, Alain JUPPE, le professeur Aimé Tchabouré  GOGUE a été professeur dans cette prestigieuse école entre 2008 et 2009. Est-ce parce qu’il se revendique de l’opposition, que l’auteur n’ose pas écrire son nom ? Pour ceux qui ne le savent pas, le Professeur Aimé Tchabouré GOGUE est président du parti de l’Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI), un parti membre du Front pour l’Alternance et le Changement (FRAC).

Pour la propre gouverne de l’auteur,  voici un court article que Pierre ADJETE, un compatriote  résidant depuis de longues années au Canada, écrit sur son blog www.adjete.com . Intitulé, « Sur les traces d’Alain JUPPE », on peut lire : « Professeur invité à l’École nationale d’administration publique (ÉNAP), Aimé Tchabouré GOGUE sera titulaire de la Chaire de recherche appliquée en affaires internationales pour l’année 2008-2009 et administrateur en résidence du Groupe d’études de recherche et de formation internationales (GERFI). C’est l’heureuse fortune que constitue le choix de notre ami –un autre encore me diront certains, dans ce qui semble être désormais une belle tradition ouverte par Alain Juppé. Comme le Bordeaux nouveau, le Juppé sorti de l’expérience québécoise à l’ÉNAP et autour de la gente politique canadienne, le Juppé nouveau, est un tout autre homme politique depuis, moins cassant et plus humain, ayant intégré une façon de faire de la politique beaucoup plus relax que ce qui a toujours semblé être la règle, le modèle même de la francité politique soûlante. C’est ce qu’il me plait particulièrement de dire et de souhaiter à Aimé GOGUE : être un tout autre politicien au terme de cette année d’immersion différente dans le Québec universitaire et politique. Ainsi, après l’illustre français Alain JUPPE, maire de Bordeaux et ancien ministre et Premier ministre, ce fut le temps de la Brésilienne Cláudia Maria COSTIN, brillante fonctionnaire internationale ayant également occupé des responsabilités de gestionnaire et de ministre –polyglotte de surcroit, et maintenant c’est au tour du l’ancien vice-recteur de l’université de Lomé qui a déjà eu la charge de ministre du Plan du Togo, de prendre la barre du fameux cours i[État et mondialisation ]dont certains comme moi gardons de bons souvenirs. Il demeure que tout le crédit de cette nomination revient à la personnalité et au parcours de notre ami Aimé GOGUE : admirable et de référence internationale majeure en matière d’éducation. Mais je reste à penser qu’il n’a rien donné de suffisant encore à son pays ; un positionnement politique qui m’est souvent questionnable dans sa radicalité apparente et associative –ce que je n’ai pas souvent manqué de lui dire. Mais tout le plaisir est là de disposer d’un Aimé GOGUE, à portée de discussions, pour l’essentiel d’une année. Avant tout, retour dans un coin de pays que tu connais bien… Bienvenue chez toi à Québec ».

Tout est dit. Au demeurant je saisi la présent opportunité, pour dénoncer avec véhémence la façon tendancieuse, dont les nombreux cadres, experts et intellectuels togolais qui ne partagent pas l’option politique qui a court depuis 1967,  sont ni plus ni moins considérés comme des pestiférés,  jetées en pâtures, dénigrés, stigmatisés pour les plus chanceux, sinon purement et  simplement pourchassés ou tués, alors même que l’on assiste une promotion tous azimuts des cancres faisant prospérer le règne de la médiocrité et le nivellement par le bas du pays. Alors que des professeurs agrégés  sont courtisés par toutes les universités de la sous-région soucieuses d’un enseignement de qualité et par des institutions internationales qui veulent profiter des expertises prouvées, au Togo, où le gouvernement fait semblant de faire appel à la diaspora  pour assurer les cours dans les universités de Lomé et de Kara, ceux d’entre eux qui sont identifiés d’opposition sont confinés à leurs enseignements et n’ont aucune chance de faire partager leur expertise à leurs compatriotes. Pendant ce temps, de lugubres personnages connus pour leur zèle politique, après avoir tenté en vain le concours d’agrégation, sont considérés comme des voies autorisées à qui ont fait appel pour se prononcer sur des questions exigeant une expertise certaine. ..

Michel DOUTI,

Doctorant en Science Politique, Université Cheikh Anta  Diop de Dakar
Email : [email protected]

Laisser une réponse