Togo : Les réformes occultées, Faure Gnassingbé obsédé par un 3e mandat

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Malgré le démenti de son service de communication, l’homme n’a pas convaincu de l’attitude contraire par ses actes.

Personne n’est dupe, la seule condition qui puisse donner les vertus chantées par Faure Gnassingbé au scrutin de l’année prochaine, c’est la mise en œuvre des réformes justement réclamée par tout le monde, y compris les églises et les diplomates, et particulièrement l’opposition et la société civile conscientes depuis quelque temps, avec des manifestations de rues. Après une première marche à Lomé le 21 novembre organisée par le Combat pour l’alternance politique en 2015 (Cap 2015), les Organisations de défense des droits de l’Homme (Oddh) ont pris le relais le 28 novembre, puis les deux entités ensemble ont manifesté à Lomé et dans les villes d’Aného, Atakpamé et Sokodé le 12 décembre. Samedi dernier, c’est un meeting qui a été tenu par les premiers responsables du Cap 2015 dont son candidat Jean-Pierre Fabre et ceux de la Synergie des Oddh à Sokodé. Il est même annoncé une intensification des manifestations dès janvier prochain pour réclamer ces réformes. Malgré toutes ces pressions et les appels à la raison, le gouvernement est resté impassible. Une proposition de loi a été même introduite à l’Assemblée nationale par les députés de l’opposition depuis le 19 novembre. Mais le pouvoir ne se presse aucunement pour l’adopter. Et Faure Gnassingbé n’a même pas cru devoir aborder un sujet aussi sensible dans son intervention devant les diplomates.

Un autre paramètre majeur qui pourrait bien rendre le scrutin équitable et vraiment apaisé, comme l’a proclamé le locataire du Palais de la Marina, c’est son choix fort de ne pas briguer un 3e mandat au pouvoir et son départ au terme de ce second et dernier mandat légitime qui finit en 2015. Il donnerait ainsi des chances à l’alternance au pouvoir espérée par le peuple depuis un demi-siècle et confisquée par sa famille. Même à défaut de mettre en œuvre les réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (Apg) du 20 août 2006, ce choix éventuel aura le mérite de faire baisser les tensions. Car au-delà de la réclamation des réformes, c’est la problématique de sa candidature pour un 3e mandat au pouvoir qui fait monter la température. Mais l’homme a suffisamment exprimé ses véritables intentions le 25 novembre dernier depuis Accra où il a déclaré que les dispositions de la Constitution togolaise seront « rigoureusement respectées », faisant allusion à celles de la Loi fondamentale tripatouillée en décembre 2002 par son défunt père et qui a sauté le verrou de la limitation du mandat présidentiel, et fermant aussi de façon tacite la page des réformes. Et de répondre vouloir réserver l’annonce de candidature ou pas aux militants de son parti, s’ils le choisissent. Malgré le démenti de son service de communication, l’homme n’a pas convaincu de l’attitude contraire par ses actes. Dans ces conditions, le scrutin ne saurait être ni transparent, ni équitable, et encore moins apaisé lorsqu’on considère toute la détermination de Faure Gnassingbé à passer malgré l’hostilité du contexte géopolitique africain avec les derniers événements au Burkina Faso, les appels au bon sens et les pressions de François Hollande.

Tino Kossi
|Liberte hebdo

 

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