Togo : comment rebondir après 25 années de fraudes électorales ?

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Après une défaite électorale aussi lourde de conséquence politique au regard de notre objectif non-atteint de l’alternance politique au soir du 25 Avril 2015, les Togolais attendent de savoir si une autre organisation complètement différente de l’ancienne désuète et vétuste est-elle envisagée dans un futur immédiat avant d’aborder l’horizon 2020 en passant par les législatives de 2017. Autrement dit, comment fait-on pour réaliser l’alternance politique en 2020 ? En d’autres termes comment fait-on pour ne pas rééditer les échecs de 1998, 2003, 2005, 2010 et 2015 ? Très concrètement, peut-on obtenir l’alternance politique en reconduisant les mêmes leaders qui symbolisent ses échecs répétitifs ? Notre lutte politique togolaise interminable ne souffre-t-elle pas de la non-culture de démission des mandats politiques qui doit sanctionner d’une part les dirigeants corrompus et carriéristes qui ont littéralement échoué et d’autre part du non-renouvellement la classe politique ainsi que nos stratégies mal structurées bien connues d’avance et apprises par cœur par l’adversaire du système RPT-UNIR ?

Nous rendons publiques ces quelques hypothèses de réflexions à l’endroit de notre opinion nationale sur le bien-fondé et de l’évidence plus que nécessaire de la démission des mandats politiques parfois incontournable dans une lutte démocratique pour qu’elle produise des résultats attendus. Un parti politique est-il une SARL familiale, ou c’est une organisation publique d’utilité nationale dont l’activité est exposée au jugement des militants, des médias et des citoyens qui font l’opinion dans sa diversité ?

Notre première hypothèse est un constat d’arithmétique électorale réelle ou supposé prenant acte de la proclamation par la cour constitutionnelle des résultats définitifs de la présidentielle du 25 avril 2015 en donnant à Faure Gnassingbé 58,77% et à Jean-Pierre Fabre 35,19%. Aussi doit-on constater que le système fera progresser Fabre de 0,75 point en 5 ans. Rappelons qu’il avait fait un score de 34,94 % à la présidentielle de 2010. Selon les logiciels de programmation informatique s’agissant des suites arithmétiques de fraudes électorales proportionnelles à l’évolution du corps électoral et autres tripatouillages du fichier électoral, Fabre gagnera 7,5 points dans 50 ans et son score de 34,94 % en 2010 passera à 42,69 % en 2065. Ce qui signifie qu’il n’y aura pas d’alternance politique les 10 prochaines présidentielles qui sont fraudées d’avance si Fabre se maintient bon gré mal gré comme principal challenger à vie du candidat du pouvoir. Il lui appartient de tirer les conséquences politiques de ses deux mésaventures électorales infructueuses de 2010 et de 2015.

Dans une deuxième hypothèse non moins négligeable qui appui notre première hypothèse, faisons-nous une comparaison quoique exagérée entre le leader de l’ANC et le leader du Parti travailliste britannique Edward Miliband qui venait de perdre les législatives du Royaume uni en obtenant 230 sièges contre 326 au premier ministre sortant David Cameron du parti conservateur. A l’issue du vote des Britanniques son parti fut proprement laminé y compris dans les bastions écossais qui lui étaient traditionnellement favorables. Rappelons qu’Ed Miliband, jeune leader de 45 ans à la tête du Labour party depuis 2010 fut personnellement réélu dans sa circonscription de Doncaster. Mais contraint de voir son adversaire historique conservateur conforté, voire renforcé, il démissionna de la tête du Parti travailliste en prenant « l’entière responsabilité de la défaite ». Et de poursuivre devant la presse britannique : « Il est temps qu’un nouveau leader prenne le relais ». Cela s’appelle du bon sens politique dirons-nous simplement. Quelle maturité politique !!!

En tout état de cause l’objectif de l’alternance politique que les Togolais attendent de l’ANC demeure non-atteint à ce jour et risque de durer encore longtemps si nous ne changeons pas de billes ainsi que les mêmes joueurs de billes usés et fatigués par une si longue lutte. Il nous parait utile d’insister sur l’intelligence du modèle politique anglo-saxon qui réussit dans bon nombre de pays africains comme le Ghana, le Kenya, la Tanzanie, l’Afrique du sud, la Namibie, la Zambie, le Nigeria etc….au lieu de s’appesantir sur le système francophone déclinant dans lequel Sarkozy revient par la petite porte malgré les mises en examen réelles et potentielles.
Dans les circonstances actuelles de notre opposition togolaise en piteux état, devrons-nous nous résoudre à subir les fraudes électorales répétées du RPT-UNIR tous les 5 ans en lieu et place d’une lutte intelligente, restructurée et non-instrumentalisée par les mêmes leaders à des fins carriéristes sans produire aucun résultat ? Comment cela est-il possible de reconduire les mêmes vétérans en situation d’échec scolaire dont le redoublement est garanti à chaque examen de fin d’année ?

La troisième hypothèse recommande l’impératif d’une opposition nouvelle, rajeunie, non-radicale mais ferme, qui parle d’une seule et même voix, à savoir une stratégie commune basée sur la rédaction d’un programme commun de gouvernement. Une opposition pragmatique dont le seul objectif reste et demeure l’alternance politique pour tous les Togolais. Une nouvelle opposition imprimée par les masses populaires togolaises et par notre diaspora qui reflète de nouveaux visages issus de différentes sensibilités ethniques qui rende possible cette Union Nationale de l’Opposition Togolaise y compris l’UFC pour le symbole qu’elle incarnait avant 2010. Pour qu’elle advienne en toute efficacité, elle doit naitre des assises d’une transformation politique entre tous les partenaires de l’opposition en tant que membres égaux de la nouvelle organisation dans les règles absolues d’un fonctionnement statutaire et démocratique.
La dernière hypothèse résulte du fait que le Togo appartient à tous les Togolais dont la grande majorité souhaite l’alternance politique, alors il faut marteler haut et fort que notre lutte politique relève d’une requête à caractère national. Braqué d’un côté par le pouvoir RPT-UNIR à cause de son inflexibilité et de l’autre côté par les autres partis politiques de l’opposition qui se sentent méprisés et humiliés, ainsi que l’opinion nationale qui ne comprend plus rien, le leader de l’ANC a fini par ruiner son capital politique en offrant une mine d’or largement exploitée par l’adversaire RPT-UNIR auprès de la communauté internationale pour évoquer « des risques d’incertitudes socio-politiques en cas d’alternance politique dans notre pays » ? Ce qui valide la suspicion d’un agenda revanchard caché dans les entrailles du parti et de son président national.

Tido BRASSIER

Paris, le 12 Mai 2015 –

Militantisme & Démocratie 

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