Syrie. Une intervention franco-britannique comme en Libye ?

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Le quotidien nationaliste arabe Al-Quds Al-Arabi hostile au régime syrien se méfie tout autant des conséquences de toute intervention occidentale dans le monde musulman.

La Grande-Bretagne et la France se montrent décidées à fournir des armes à l’opposition syrienne dite modérée. Il faut « permettre à la résistance syrienne de se défendre », selon les déclarations faites ce 14 mars par le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius dans un entretien avec Radio France. Il s’agit donc de donner à l’Armée syrienne libre (ASL) des roquettes sol-air permettant de résister à l’aviation de l’armée régulière, qui bombarde les villes contrôlées par l’opposition.

Or l’Union européenne avait décidé d’un embargo sur les armes à destination de la Syrie. Le prochain sommet européen, qui pourrait lever cet embargo, est prévu pour mai prochain. Paris et Londres veulent en avancer la date afin qu’il se tienne dès ce mois de mars, faute de quoi, ils pourraient outrepasser l’embargo [la question sera examinée par les ministres des Affaires étrangères au cours d’une réunion prévue de longue date les 22 et 23 mars à Dublin].

Or d’autres pays européens s’y opposent. Le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders par exemple déclare que « le but n’est pas de combattre les djihadistes au Mali pour ensuite fournir des armes à leurs homologues en Syrie ». De son côté, le ministre luxembourgeois Jean Asselborn explique que « ce ne sont pas les armes qui manquent en Syrie ».

Le président français François Hollande en revanche fait valoir que les armes affluent en Syrie en provenance de l’Iran et de la Russie au profit du seul régime d’Assad, et qu’il faut donc donner à l’opposition les moyens de se défendre. Ce que les Russes considèrent comme une violation du droit international.

La grande bataille pour le contrôle de Damas

Il est évident qu’on assiste à une répétition du scénario libyen. La Grande-Bretagne et la France étaient alors déjà les têtes de pont de l’intervention militaire qui avait entraîné la chute du colonel Muammar Kadhafi. Aujourd’hui, ces deux mêmes pays veulent probablement s’appuyer sur l’Armée syrienne libre [ASL] pour parvenir à la chute du régime de Damas, se contentant de fournir des armes pour observer les opérations par derrière.

D’ores et déjà, l’entraînement des forces spéciales de l’opposition syrienne est mené à pas de charge sur le sol jordanien par des militaires américains et européens. Leur tâche consisterait à combattre le Front Al-Nosra [mouvement islamiste de plus en plus actif au sein de l’opposition armée]et les autres groupes djihadistes qui opèrent en Syrie.

Les Français affirment que l’armement de l’opposition a pour but de faire pression sur le régime d’Assad, de le pousser à s’assoir à la table des négociations et de parvenir à une solution politique, avec un gouvernement de transition. Or des informations de sources proches des services secrets aussi bien à Londres qu’à Paris disent qu’il s’agit de renforcer l’opposition armée syrienne afin de préparer la grande bataille pour le contrôle de Damas.

L’efficacité de l’aviation soviétique en Afghanistan avait été brisée par les roquettes sol-air fournies par les Américains aux djihadistes afghans. Il semble que la France et la Grande-Bretagne veulent que l’histoire de l’Afghanistan se répète en Syrie. Les trois prochains mois seront décisifs.

Courrier International

 

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