Russie-USA. Vers une révision du rapport de force ?

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Vers un monde bipolaire… Vers un retour à la Guerre Froide … Ces titres hantent internet depuis à peu près 2010, année où éclatèrent les premières révolutions tunisiennes présageant un printemps arabe généralisé, année où Israël intensifia sa mainmise sur les territoires palestiniens. Le monde croyait encore passablement au bien-fondé des croisades otaniennes sans se demander quelles avaient été les conséquences du dénouement irakien constaté en 2006.

Six ans et des poussières après la pendaison de Saddam Hussein, trois ans après l’annonce d’un certain retour de manivelle vers le bipolarisme, on s’aperçoit que les USA opèrent un retrait géostratégique massif, prêts comme ils le sont à se détourner du dossier syrien ainsi que des intérêts d’Israël.

S’il y a encore une réalité qui semble préoccuper ce sinistre Empire, c’est probablement une présence chinoise de plus en plus marquée en Afrique venant contrer les appétits hégémoniques de l’alliance franco-britannique. Le monde saxon faisant partie intégrante du bloc étasunien qui en procède directement, on sent déjà poindre de sérieuses tensions sur l’axe sino-américain et une réorientation du conflit vers l’Extrême Orient visant à réprimer la mégalomanie concurrentielle d’un pays qui tend à recouvrer son statut d’Empire Céleste.

Ce qui est clair, néanmoins, c’est que les USA se retirent du Moyen-Orient pour deux raisons édifiantes et à une condition fondamentale. Examinons, au préalable, ces deux raisons.

– Le progrès technique a enfin eu raison de la panacée sanglante dont les USA usaient jusqu’à présent. Ayant appris à exploiter avec beaucoup d’efficacité les gaz de schistes et le pétrole des sables bitumineux jusqu’à se démarquer quasi-définitivement du contexte géostratégique de vigueur, ils n’ont plus besoin d’égrener des prétextes surréalistes pour forcer l’Irak, la Lybie ou la Syrie qui continue à tenir lieu de dernier bastion situé à la croisée des intérêts russes, d’un côté, des intérêts israéliens, de l’autre.

– Les campagnes américaines coûtent beaucoup trop cher. On a beau multiplier les pétrodollars comme on vend des petits pains, Israël coûte plus qu’il ne rapporte … même si l’élite américaine et notamment le parti néoconservateur américain se nourrissent d’une idéologie sioniste jusque là infaillible. Le fait que le scénario syrien tourne depuis début 2013 au ralenti n’a rien d’étonnant dans la mesure où, par effet domino élémentaire, c’est l’Iran qu’il engage contre l’Etat hébreu et, par conséquent, les USA qui se rendent bien compte que descendre en lice contre Téhéran ne revient pas à éliminer un Kadhafi trahi par son entourage et traqué ultérieurement par la Légion étrangère. Sachant que la population israélienne est pour sa bonne et heureuse moitié composée de juifs russes, les USA ont tout intérêt à ne plus s’opposer à la percée diplomatique du Kremlin en Syrie, susceptible de neutraliser le sentiment de rejet propre au mal-aimé dont Tel-Aviv se gargarise quand besoin est. Un accord entre Obama et Poutine est sur le point d’être ratifié qui supposerait une intensification de la présence russe au Moyen-Orient et une stabilisation de la donne israélo-iranienne.

Cet état des choses est notamment révélé par la réorganisation en mode accéléré de l’équipe présidentielle décrite par Thierry Meyssan dans l’un de ses derniers articles sur l’éventuelle renaissance du bipolarisme. On se permettrai de résumer ses propos. Ainsi :

John Kerry qui vient d’être élu au département d’Etat est, primo, un grand ami de Bachar, secundo, quelqu’un qui insiste lourdement sur l’importance d’impliquer le Kremlin dans la résolution définitive de la question syrienne.

Chuk Hagel, nouveau Secrétaire de la Défense des USA, républicain, se pose en opposant invétéré aux moultes vices du néoconservatisme. Théoricien du bipolarisme, il voit en ce dernier le seul et unique garant de l’équilibre mondial tel qu’il apparaissait durant les quatre décennies de l’après-guerre.

La personnalité de John Brennan n’est pas moins éloquente, le nouveau patron de la CIA ayant presque ouvertement accusé les USA d’avoir inventé à leur profit et mis en œuvre cette bombe à retardement qu’était naguère le djihadisme.

Cette accusation, loin d’être motivée par un criticisme gratuit, remet automatiquement en question le sort de l’Arabie Saoudite qui pourrait encore servir à la France comme la sert, en échange de l’intégration musulmane dans ses banlieues, le Qatar. Seulement voilà : les USA se moquent éperdument de la France comme ils se moquaient de l’Europe pendant la grande Guerre, celle-là même dont ils ont aligné les facteurs déclencheurs et financé les agents provocateurs.

Cette fois, les Américains ont besoin de retenir l’avancée chinoise ce qui signifie tacitement qu’ils doivent détourner l’attention de la Russie de cet allié providentiel auquel elle ne renoncera pas de sitôt. Telle est la condition sine qua non avancée par les USA encadrant leur décision de se détourner des passions moyen-orientales qu’ils avaient pourtant attisées.

Vilipendée par la presse, sournoisement diabolisée par Bruxelles, la Russie s’est obstinée à en faire à sa tête en livrant dès 2006 des missiles et des lance-roquettes antichars à la Syrie. On lui reprocha ultérieurement d’armer un régime dictatorial alors qu’elle armait un Président officiellement élu et majoritairement soutenu par ses électeurs. On lui reprocha de violer, en 2011, l’embargo mis en place par l’UE sur les livraisons d’armements en Syrie, alors que c’est l’UE qui viole sa propre résolution en armant l’opposition, donc, en armant entre autres une certaine catégorie de syriens contre d’autres syriens constituant, si je ne m’abuse, une nette majorité.

En définitive, que voit-on ? Le Kremlin a eu raison de ne pas céder, puisque, d’un côté, il a poussé les USA à se rendre compte de l’échec syrien – constat qui à terme entraînera la capitulation d’un Occident parfaitement soumis à Washington – de l’autre, il a évité à Israël un scénario pour le moins catastrophique si l’Iran s’était résolu à prendre sa revanche. En cela, elle a involontairement servi la cause américaine. Dans l’esprit occidental, la Russie s’apparente en l’occurrence au personnage faustien qui voulant éternellement le mal, éternellement, accomplit le bien.

Qu’en est-il des USA ? Métaphoriquement parlant, le roi tend à revenir à la case départ après avoir causé bien des misères dans le monde. Il s’agit d’une vieille pratique remontant à la II GM, guerre commanditée par les banques internationales sous l’égide des Rothschild et visant surtout à exorciser l’immense récession qui a frappé les USA vers les années 30. Si donc les USA sortent secs de l’eau, je ne donnerais en revanche pas cher de leur peau dans l’hypothèse où ils viendraient déranger les intérêts chinois.

Françoise Compoint

 

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