Rue,le pouvoir et l’armée :Tunisie, Egypte, Barhein, Libye, Togo…

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La révolution « pacifique », au jasmin, ayant entraîné la chute du Président tunisien, Ben ALI, a coûté au moins trois (300) morts. Celle, non moins « pacifique de la place TAHRIR, au Caire, a coûté au moins cinq cent (500) morts, et a entraîné le départ du pouvoir de l’égyptien Hosni MOUBARAK. Dans les deux cas, c’est l’Armée qui a joué le rôle clé. Les généraux égyptiens ont dit au « Raïs » de partir gentiment, avec sa colossale fortune, se reposer, après trente deux ans de pouvoir. Vingt hélicoptères de l’Armée ont aidé MOUBARAK à déménager, avec sa famille, pour une retraite dorée dans une station balnéaire.

Entre généraux, il faut bien se serrer les coudes ! Vingt de ces généraux encadrent actuellement la transition, qui va élire dans six mois, un nouveau Président. Une révolution encadrée avec astuce par les militaires, qui ont joué avec ruse leur partition. En jeu, un pactole d’un milliard trois cent millions de dollars versés chaque année par les Américains aux Egyptiens. Cinq cent officiers égyptiens formés chaque année aux USA, un canal de Suez vital pour le pétrole des Américains et des autres pays occidentaux, et un regard vigilant de l’Etat d’Israël sur l’Egypte, et on comprend pourquoi la révolution égyptienne s’est déroulée sans grands dommages, avec tout de même des « dégâts collatéraux » de cinq cent morts et deux mille blessés au moins…

Au pays de Ben ALI, c’est encore l’Armée qui a habilement manœuvré, en conseillant poliment mais fermement au Président tunisien de partir gentiment du pays. Ici, c’est encore un général qui s’en va, mais sous le regard méprisant de ses frères d’armes. Il est vrai que le Général Président est issu de la police et a méprisé lui-même un peu l’Armée, tout au long de ses Vingt trois ans de règne. Ici aussi, l’Armée a manœuvré avec dextérité, pour éviter un bain de sang. Les trois cent morts et les mille blessés sont tout de même le prix payé par les tunisiens, pour une transition démocratique avalisée par l’Armée, tapie dans l’ombre, mais qui a tiré la bonne ficelle…

Ces deux exemples égyptien et tunisien montrent à suffisance, les rapports qui peuvent lier la Rue, le Pouvoir et l’Armée. Si l’Armée n’apporte pas sa caution à la Rue, les révolutions échouent, de même que toute tentative de prise de pouvoir par la rue. C’est ce qui arrive à nos amis barheini. Au Barhein, la rue s’est heurtée à l’Armée, qui s’est renforcée avec une armada militaire saoudienne, le royaume hachémite voyant d’un très mauvais œil la révolte des chiites contre le roi sunnite. En Arabie Saoudite aussi, les chiites grondent et montrent des signes de velléité contre le souverain, qui est sunnite, tout comme au Barhein. La rue barhéini a des soucis à se faire, puisque le Roi vient de décréter l’état d’urgence pour trois mois, certainement renouvelable…

Quant à nos insurgés libyens, ils n’ont pas beaucoup cogité, et ne se sont pas beaucoup entraîné, avant de s’attaquer frontalement à KADHAFI et à son armée. J’ai été impressionné, non pas par la guerre civile libyenne, mais, par les images des villes où se déroulent les combats.
Les télévisions occidentales nous montrent des villes libyennes bien tracées, bien goudronnées, bien propres, bien éclairées. Je n’ai pas vu de quartiers pouilleux comme Abobo à Abidjan, ou certaines villes insalubres du Nigeria par exemple, pays qui produit plus de pétrole que la Libye.
Les insurgés paraissent bien nourris, bien gras, bien habillés et l’état de leurs véhicules presque flambant neuf, montre que les insurgés libyens n’ont pas de problèmes de subsistance élémentaire et ne sont pas à comparer avec des combattants faméliques et presque en haillons que j’ai connu en 2000 et en 2011, quand j’étais en mission pour une ONG en Guinée, en Sierra Léone et au Liberia. Cela confirme que des dirigeants arabes s’occupent mieux de leurs populations que les dirigeants nègres. Cela est bien connu d’ailleurs…
Les insurgés libyens ont-ils pris les armes pour « dégager » KHADAFI, comme le veut la mode actuellement dans les pays arabes ? Est-ce du suivisme simple ou une réelle volonté d’instaurer la démocratie dans leur pays ? Pourquoi ne pas tenter « l’expérience pacifique » des Tunisiens ou des Egyptiens, quand on sait qu’on n’est pas militairement prêt pour affronter l’Armée de KHADAFI ? Le pays est dans l’incertitude totale avec l’intervention militaire de la Communauté internationale….

En Afrique Noire, le cas le plus caricatural est Madagascar. Il y a deux ans, cinquante mille malgaches descendaient dans la rue, conduits par un DJ d’une trentaine d’années, ANGERAJOEL, et arrachent le pouvoir des mains du Président Marc RAVALOMANA, qui était à mi- mandat de son second et dernier bail. Depuis deux ans, la grande île tourne en rond, le DJ, devenu Président de l’Autorité de Transition, conduit le pays dans une salade indescriptible et indigeste. S’il avait brigué la Présidence, légalement et constitutionnellement, à la fin du dernier mandat du Président RAVALOMANA, le pauvre peuple malgache n’en serait pas là aujourd’hui…
Dans ce pays, l’Armée n’avait pas été à la hauteur de sa mission. Elle a été divisée et opportuniste. Il est vrai que les hommes en uniformes égyptiens sont d’une autre trempe que leurs homologues de la grande île…

Le Togo est l’exemple vivant du grand marché de dupes que la Communauté internationale nous étale aujourd’hui en Libye. Deux cent togolais sont tués, en une seule après-midi, lors d’une manifestation pacifique à FREAU JARDIN, en 1993, presque en direct, sous les yeux des ministres français et allemands de la coopération. Le peuple togolais n’a vu ni entendu aucune voix, ni aucune menace de la Communauté internationale contre le Régime Eyadema. Plusieurs centaines de togolais sont tués après l’élection présidentielle de 2005 (rapport Koffigoh et rapport des Nations Unis), mais on n’a pas vu de Communauté Internationale menacer le Togo d’intervention militaire ! C’est normal… le Togo n’a pas de pétrole… comme la Libye ! Français, Italiens, et autres dirigeants européens ont déroulé le tapis rouge à KHADAFI, il n’y a pas si longtemps, et ce sont eux qui, aujourd’hui, diabolisent le leader libyen. Tous feignaient de ne pas savoir qu’il n’y a pas de démocratie en Libye depuis quatre décennies !

La rue, les togolais la connaissent bien depuis le 5 Octobre 1990, date de notre révolution. Nous avons fait plus que les Tunisiens, plus que les Egyptiens, mais Eyadema n’était pas parti, comme MOUBARAK ou Ben ALI. Sur la place Freau Jardin, en 1993, il y avait, une après-midi, 350.0000 togolais au rendez-vous, avec 350.000 bougies à la main. Oui, 350.000 togolais, sur une population de cinq millions, contre un million d’Egyptiens sur la place TAHRHIR, au Caire, pour une population de 42 millions d’habitants, il n’y a pas photo ! Mais personne ne nous est venu en aide. C’était d’ailleurs mieux ainsi…
Malgré la crise, malgré les violences post électorales de 2005, le Togo reste debout, le pays est reparti et malgré les difficultés conjoncturelles, le Togo s’en sort pas mal !

Je plains nos amis libyens qui reçoivent des missiles Tomahawk et des bombes sur la tête depuis le 18 mars dernier. Quand la guerre libyenne sera terminée, tous les pays qui ont participé à la coalition internationale vont présenter leurs factures salées aux nouveaux dirigeants libyens, si KHADAFI est tué ou s’il fuit le pays.

« Nous avons utilisé 200 missiles Tomahawk et tel nombre d’avions ; il faut nous payer tant de milliards de dollars pour tout », diront les Américains…

« Nous avons utilisé tel nombre d’avions, de bombes, d’hommes ; il faut nous payer tant de milliards d’Euros pour cela ! », diront les Français…

« Il faut nous payer tant de milliards de livres sterling, parce que nous avons utilisé tel nombre d’avions à décollage vertical, tel nombre de bombes etc. », diront les Anglais…

Et le pauvre peuple Libyen doit payer … en barils de pétrole, peut être pendant 20 ou 30 ans, peut être même pendant 42 ans, l’équivalent de la durée du règne de KHADAFI!
Et pour reconstruire le pays après la casse, ce seront des entreprises françaises, américaines, anglaises etc., qui vont rafler la mise ! Une vraie escroquerie !

Peut être que KHADAFI est le cholera, mais la Communauté internationale est sûrement la peste !

Tout ceci doit nous faire réfléchir, nous togolais, sur la méthodologie de la conquête du pouvoir, l’alternance politique, les manifestations de rue etc.
Je suis terriblement affligé par le comportement très léger de certains de nos leaders politiques actuels. Quand on a lutté pendant vingt ans sans aboutir à une alternance politique, il faut réfléchir et ne pas dire et faire n’importe quoi !
De 1990 à 2005, notre pays a perdu des centaines et des centaines de ses fils et près d’un millions de nos compatriotes ont du s’exiler dans les pays voisins et lointains. Beaucoup y sont toujours ! Depuis la fin octobre 2007, une Assemblée nationale est élue, l’opposition dispose de 31 députés, et le parti au pouvoir de 50…Il fallait vite se battre, becs et ongles, au Parlement, pour dépoussiérer notre Constitution, notre Code électoral. Mais aussi et surtout, déposer des projets de lois à caractère social pour soulager la misère du peuple : allocation chômage, valorisation des pensions des retraités, assurance maladie, modernisation et valorisation des salaires du secteur privé et public, construction de logements sociaux etc. etc.
Mais au lieu de cela, les élus de l’opposition ont brillé par leur carence. Les plus naïfs d’entre eux et les plus carrés, avancent l’argument de la minorité parlementaire. Si l’opposition avait présenté ces projets de loi, la majorité serait contrainte de voter certaines de ces lois, sous peine de se faire hara-kiri. Le RPT est un parti où foisonnent des cadres intelligents, pragmatiques, consciencieux. C’est d’ailleurs pourquoi le parti est fort et sa force est décuplée par la faiblesse de l’opposition. Pourquoi le RPT ne voterait pas une loi sur l’Assurance maladie, l’allocation chômage, la revalorisation des salaires, la revalorisation des pensions des retraites ? Aujourd’hui, c’est l’opposition qui vote des lois exclusivement présentées par le RPT !

Le plus affligeant et le plus minable de tout cela, c’est le comportement qui s’apparente à l’idiotie, de certains de nos leaders politiques. J’avais conseillé à l’ex Honorable Jean Pierre FABRE d’arrêter sa marche hebdomadaire, parce que, cela ne donnerait rien, et de se consacrer à la préparation des prochaines consultations électorales (municipales, législatives, et présidentielles) qui s’approchent à grands pas, mais il ne m’a pas écouté. Il a battu le pavé pendant un an sans rien obtenir! Pire, il s’est fait virer proprement de l’Assemblée Nationale, sans pouvoir rien faire. Si on vous empêche de siéger au Parlement, comment penser vous pouvoir arracher le fauteuil présidentiel ? L’Honorable Jean Pierre FABRE a siégé près de trois ans au Parlement, mais curieusement, sans doute par paresse intellectuelle, il n’a présenté aucun projet de loi. Il aurait au moins eu l’intelligence de présenter un projet de loi sur les manifestations publiques, sachant qu’il appelle à manifester tous les samedis, qu’on ne lui tiendrait pas rigueur excessive. Il a fallu encore que le RPT le devance sur son propre terrain !
Le ministre Pascal BODJONA a déclaré récemment:

« Dans quel pays, après des élections, la victoire du Président élu est contesté dans les rues durant plus d’un an ? Il faut que ça cesse ! »

En réaction, Jean Pierre FABRE déclare :

« Nous manifesterons chaque jour, jusqu’à ce que cette loi soit abandonnée »

En termes clairs, si la loi n’est pas abandonnée jusqu’aux législatives de 2012, Mr FABRE et ses partisans vont manifester pendant plus d’un an, tous les jours ! Notre prétendu élu à la présidentielle du 4 Mars 2010, veut mettre le peuple togolais en congé pendant plus d’un an ! On ne travaille pas, on manifeste dans la rue tous les jours ou trois jours par semaine !… C’est tellement grotesque qu’on n’a peine à croire que cet homme se croit capable d’être Président de la République du Togo ! Heureusement que le pouvoir est conciliant et ne veut pas qu’on se distraie trop dans les rues, avec des dérapages, toujours à craindre…

Nous avons évoqué le rôle de l’Armée en Tunisie, en Egypte, à Bahreïn… Au Togo, le RPT a l’appui de l’Armée et je vois mal comment notre armée va arracher le pouvoir des mains de Faure GNASSINGBE (qui est un frère de sang de la grande majorité des militaires togolais) pour le remettre aux mains d’un négro-caucassien, qui n’est même pas leur ami! Mon cher ami FABRE, si malheureusement l’Armée reprend le pouvoir un jour au Togo, elle remettra encore ce pouvoir à un de leur frère, mais pas certainement à vous. C’est pourquoi je trouve saugrenu et naïf l’appel de Mr Kofi YAMGNANE invitant « les militaires togolais à rejoindre le peuple dans la rue ».Je trouve cela affligeant de la part d’un ancien ministre français.

Cher grand frère Kofi, l’Armée n’a pas le temps de battre le pavé. Si elle veut prendre le pouvoir, elle le prend, de jour ou de nuit, sept jours sur sept ; les militaires du monde entier, ne font jamais de marches de protestation. Ils font plutôt parler leurs armes, si nécessaire !
Si l’armée se divise dramatiquement, comme au YEMEN, il faut craindre une horrible guerre civile qui pointe à l’horizon !

Qui doute encore que nous avons une piètre classe politique ?

Au Togo, notre Armée est devenue républicaine. Nous avons fait deux consultation électorales (législatives 2007 et présidentielle en 2010) sous le regard neutre des Forces Armées Togolaises. Je suis optimiste et je crois que les prochains scrutins seront aussi transparents.
Ceux et celles qui veulent présider aux destinées du pays, doivent se départir de leurs rêves de conquête de pouvoir par la rue et nous présenter des programmes cohérents de développement. La rue, les togolais la connaissent depuis le 5 octobre 1990. Nous sommes les précurseurs des tunisiens, égyptiens, barheini ou autre…

L’autre alternative de prise de pouvoir non démocratique est la force. Mais là, ce sont les plus forts militairement qui raflent la mise.
L’exemple le plus caricatural est CUBA. Fidel CASTRO est arrivé au pouvoir, par les armes, il y a soixante ans et son frère RAOUL et lui ont confisqué ce pouvoir jusqu’à ce jour ! Il n’y a jamais eu de vraies élections depuis qu’ils ont mis le grappin sur la HAVANE. ! Alors, leaders politiques togolais de tous bords, réfléchissez et faites le bon choix.

Dr David IHOU

 

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