Racisme. Israël ne veut pas du sang noir

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Lors d’une opération de collecte de sang organisée dans l’enceinte du Parlement israélien à Jérusalem par l’organisation caritative Magen David Adom, l’équivalent de la Croix-Rouge en Israël, une députée noire d’origine éthiopienne s’est vu refuser le don de son sang.

Comme l’a expliqué une responsable de cet organisme, « selon les directives du ministère de la Santé, il n’est pas possible d’accepter le sang spécial d’origine juive éthiopienne », jugé « susceptible de propager des maladies, dont le sida ».

Comme s’ils découvraient à cette occasion une pratique dénoncée depuis longtemps, les dirigeants israéliens, dont le président Shimon Peres et le Premier ministre Benyamin Netanyahou, ont fait mine de s’émouvoir. La députée Pnina Tamano-Shata a rappelé elle-même avoir manifesté, il y a douze ans, en 1996, pour dénoncer cette discrimination, qui est loin d’être la seule, ni la plus grave, dont sont victimes ces Juifs noirs en Israël.

Issus des populations juives qui vivaient en Ethiopie, les Falashas, comme on les appelle, ne se sont vu reconnaître le droit d’immigrer en Israël qu’à partir de 1975. En 1991, lors de l’opération Salomon, quelque 14 400 Juifs éthiopiens furent secrètement emmenés en Israël en moins de 48 heures. Jusqu’en août dernier, ils étaient encore plusieurs centaines par mois à venir d’Ethiopie et à se voir reconnaître la citoyenneté israélienne.

La motivation de ces transferts massifs n’était pas d’ordre humanitaire : les dirigeants sionistes voulaient démontrer qu’ils se souciaient du sort des Juifs du monde entier et qu'(il était) même les seuls à le faire.

Mais les Falashas, en arrivant en Israël, déchantèrent vite. Du fait de leur couleur de peau, ils n’étaient pas considérés comme des citoyens à part entière et n’ont jamais cessé d’être en butte aux discriminations. Encore aujourd’hui, des écoles refusent d’inscrire des enfants de Juifs éthiopiens. Dans certaines villes, les maires refusent l’implantation de ces Juifs noirs, victimes de la même discrimination que subissent les Arabes, eux aussi citoyens israéliens. En 2012, le journal israélien Haaretz a révélé que les autorités de Tel-Aviv n’avaient accepté les Falashas qu’à la condition que les femmes prennent un contraceptif, pour ne pas avoir d’enfants.

Les Falashas se retrouvent concentrés dans les quartiers les plus déshérités et occupent les emplois les moins qualifiés et les moins payés : 51,7 % des familles de Falashas et 65 % de leurs enfants vivent en dessous du seuil de pauvreté. De ce point de vue, Israël est un État comme les autres : même s’ils sont juifs, ceux qui sont pauvres et noirs sont considérés comme (ils étaient) des citoyens de seconde zone.

Marc RÉMY, Lutte ouvrière

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