Quand la bourgeoisie Kabyè fait main basse sur le Togo

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Méfiant à l’égard de son parti, le RPT, et déçu de l’ouverture vers l’opposition, le président togolais Faure Gnassingbé n’a jamais été aussi proche de ses conseillers.

Pour les questions économiques, le président togolais, Faure Gnassingbé, s’appuie sur le premier ministre Gilbert Fossoun Houngbo et le ministre des finances Adji Otèth Ayassor, mais il mise davantage sur son « amie » Ingrid Awadé, directrice générale des impôts et conseillère à la présidence. Surnommée la « dame de fer », cette femme d’ethnie kabyé comme le chef de l’Etat, poursuit un but: développer progressivement une « bourgeoisie financière » kabyé dévouée au président. Ingrid Awadé avait débuté cette mission en 2007 en fermant l’établissement Ramco, propriété d’un Indo-Pakistanais, protégé du demi-frère du chef de l’Etat, Kpatcha Gnassingbé (toujours en détention dans les locaux de l’Agence nationale de renseignement – ANR), au profit de ses proches du groupe spécialisé dans la distribution Champion. Alors qu’elle contrôle également la zone franche du port de Lomé, Awadé réunit chaque mois des opérateurs économiques de l’ethnie présidentielle dans sa grande villa de La Résidence du Bénin, à Lomé. Parmi les visiteurs du soir figure Kpatcha Bassayi, directeur de la société Centro et « monsieur BTP » du régime. Mais aussi Germain Meba, patron de la société CIB-INTA, qui a une exclusivité sur le marché des produits informatiques et des nouvelles technologies appliquées. Tout comme le docteur Michel Kodom, gérant d’une clinique à Lomé, très fréquentée par la nomenklatura locale.

La directrice générale des impôts intervient par ailleurs dans la sécurité du chef de l’Etat du fait de sa proximité avec le commissaire divisionnaire Aharh Ahaware, directeur de la Documentation nationale (service de renseignement), ainsi que le général Zakari Nandja, ex-chef d’état-major des armées et actuel ministre de l’eau et de l’hydraulique villageoise, et certains officiers israéliens actifs à la présidence.

Au palais de Lomé II, les diplomates sont également en nombre. Evincé du gouvernement en mai après avoir été victime de la politique d’ouverture vis-à-vis de l’Union des forces de changement (UFC) de l’opposant Gilchrist Olympio, l’ancien ministre de la coopération internationale Gilbert Bawara est aujourd’hui conseiller spécial de Faure. Tout comme son homologue, l’ancien ministre des affaires étrangères Koffi Esaw. Chargé d’une prochaine mission au Koweït, en Inde et au Japon, notamment pour étudier les possibilités d’ouvrir de nouvelles ambassades, Esaw joue en duo avec l’autre conseiller diplomatique, Robert Dussey. De quoi neutraliser un peu plus le chef « officiel » de la diplomatie togolaise, l’UFC Elliott Ohin, considéré comme le poulain d’Olympio.

La Lettre du Continent n°597

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