Profession : Ministre de la République du Togo

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«  Sur instruction du chef de l’Etat.., Le président de la République dans sa vision…, Soucieux du bien être de la population, le chef de l’Etat nous charge de vous apporter ces bidons d’huile… » et patati patata.  A ne croire que les ministres togolais qui débitent souvent de telles phrases pour louer leur « bienfaiteur magnanime devant l’éternel» n’ont autres choses de mieux à dire aux populations que ces mots made in RPT écoutés, entendus et prononcés plus d’un million de fois déjà.

Au moment où sous d’autres cieux, les ministres se veulent grands serviteurs de leurs Républiques, au Togo, porter le manteau de ministre est plutôt un passage obligatoire conduisant droit à la  caverne d’Ali Baba. Le titulaire du poste perd toutes pédales et se transforme en automate constamment sur le qui vive pour taper vite et bien dans l’œil du maître bienfaiteur l’ayant propulsé à son poste. Ce que d’aucuns appellent le « mazin mazin » ou le m’as-tu vu. Au lieu de penser à descendre à chaque fois dans l’arène pour mouiller le maillot en faveur des populations, oh non, le ministre très occupé à ne pas s’occuper du tout, préfère regarder du côté où il est parvenu laissant l’essentiel aux petits morveux ayant encore le temps à consacrer à l’amélioration de la vie des autres.

Encenser, louanger, faire tout pour plaire, vu sous l’angle du folklore, au chef grâce à qui l’on est à son poste, les ministres de chez nous sont forts dans ça comme le dirait l’autre.  A longueur de journées, de mois ou d’années si leur bail se prolonge toujours et toujours, ils finissent par se mettre une idée en tête : comment sauvegarder les privilèges ? Non, ils ne cherchent pas à initier des projets durables et viables pour changer le vécu quotidien des populations, non, nos grands commis d’Etat se complaisent dans une paresse coupable. Que font-ils concrètement en dehors du fait de parapher des documents, de procéder à des affectations de certains des agents de leurs départements sur fond de règlement de comptes, d’ouvrir ou de clôturer des séminaires, de participer aux forums internationaux et de se taper des missions contre productives pour le pays?

Comme l’a si bien fredonné la vedette ivoirienne du reggae Tiken Jah Fakholy, allez-y dire à nos ministres d’enlever nos noms dans leur business. Il leur arrive des fois de parler de nous, alors qu’au fait, ils ne nous connaissent pas. Mêmes ceux parmi eux qui savent quelque chose ou qui ont goutté à notre vie misérable, changent de langage et se complaisent dans le ridicule une fois appelés aux postes.  Ils nous utilisent juste pour conserver leur mangeoire. Autant le pouvoir saoule, autant le poste ministériel enivre beaucoup au Togo.   Certes, on ne naît pas ministre, on le devient mais sous le tropique togolais, on devient ministre et on craint trop de ne plus l’être comme si l’on était venu au monde avec la casquette de ministre sur la tête. A telle enseigne qu’à la veille de chaque remaniement ministériel,  l’on assiste éberlué à une course contre la montre qui ne dit pas son nom. Beaucoup de potentiels ministrables entrent en transe et perdent la raison qui, pour sauvegarder leurs postes acquis de haute lutte et qui, pour entrer pour la première fois dans le club fermé.  Bienvenu chez les riches !

Nous nous rappelons comme si c’était hier le cas de ce commis d’une société publique, nous avons nommé le port autonome de Lomé. Ce monsieur dont nous taisons volontairement le nom, passait son temps à saboter ses camarades de service auprès de qui tout le monde sait. Pour finir, le margouillat comme l’appellent affectueusement ses anciens collègues, a occupé plusieurs fois le fauteuil ministériel. Aujourd’hui, ce « gentleman » est devenu par la force des choses l’un des ministres RPT les plus riches. Suivez-bien nos regards. Le pauvre, il dirait à ses enfants que c’est pour ses compétences alors que toutes les victimes de ses actes de sabotage savent que son ascension est due à ses services rendus.  Dans le landerneau politique togolais, tous les coups sont permis pour se hisser au poste ministériel tant convoité. Les marabouts et autres vendeurs d’illusions de la capitale, des hameaux de l’intérieur du pays et même de l’extérieur ne nous démentiraient pas du tout.  Que voulez-vous après tout, on n’a pas les ministres à tout coin de rue ou à chaque deux mois.

Ministre et puis c’est tout !  Etre ministre dans une République totalement en ruine comme le Togo ou tout est à reconstruire sauf rien, devrait faire perdre appétit et sommeil à tout titulaire. Il y a beaucoup trop à faire dans le pays qu’un grand commis de la stature d’un ministre devrait savoir anticiper et prendre des initiatives. En manque d’initiative et très prolixes dans des improvisations, nos ministres la plupart du temps, se limitent aux saupoudrages. Personne d’entre eux ne pense à marquer son passage pour s’élever au rang d’homme d’Etat auquel les générations présentes et à venir pourront s’identifier. Nous avons fouillé les annales de l’Histoire politique du pays mais nous n’avons pas encore vu trace d’un ministre à la stature imposante digne d’être cité en exemple.
 
On n’est pas ministre pour seulement amasser des fortunes, porter les beaux costumes et se vautrer dans une tour d’ivoire. Créer ou favoriser les bonnes conditions de prospérité et susciter de l’émulation auprès des populations pour un meilleur épanouissement, telles sont entre autres, les charges reposant sur les épaules du président, du premier ministre et des ministres de toute République qui se veut sérieuse et respectable.

« Moi sincèrement, quand j’entends certains ministres répéter à longueur de journée des mots du genre : « Sur initiative personnelle du chef de l’Etat… » Ou « Soucieux du bien-être des populations, le chef de l’Etat décide de rendre la césarienne gratuite », ça me met hors de moi.

Un chef d’Etat est à son poste pour qui au juste et pour quoi faire s’il ne peut pas initier des actions en faveur des populations sous son autorité? Et un ministre, qu’a-t-il à faire de plus que de travailler pour ses concitoyens ? « Nous sommes à l’heure où ces genres de louanges devraient être classés dans le registre du passé « , a déclaré Koffi Adjéoda, un jeune universitaire. 
Certes, il y a des ministres qui avaient essayé et qui essaient aussi à présent de sortir du lot mais au finish, la température ambiante du système RPT a eu raison de leur nerf et les fait fondre (parlant de ceux d’aujourd’hui) comme du beurre au soleil. Apparemment, l’on dirait qu’il n’est pas bienséant de chercher à innover, briller ou à être différent au sein de « cette grande maison » où les médiocres et les acrobates de tout acabit ont pignon sur rue.  D’ailleurs, ces derniers n’ont qu’une seule devise : bouffer, encore bouffer et c’est tout, le reste, on verra après. Quand est-ce ? Et la descente aux enfers se poursuit dans le pays. Tout Togolais qui fait un saut dans l’un des pays voisins de la sous région actuellement aura la chair de caïman. La différence est nette et claire comme entre le jour et la nuit.

En fin, un nouvel ordre serait bienvenu pour permettre aux ministres de déployer leurs énergies afin de propulser le Togo, l’or de l’humanité vers les hauteurs du développement et de la prospérité.

Igomzikpé Malika Lynx.info

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