Pr Aimé Gogué explose ! Aucun député n’a accès au salaire mensuel de Faure. L’essentiel pour l’opposition est de savoir trouver à l’instant T, l’arme fatale

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En toute franchise, nos rapports actuels avec l’ANC sont des rapports de jeunes divorcés qui évitent de trop parler de leur passé commun

Député de votre état, vous êtes intéressant pour nous. Les Togolais sont curieux et voudraient connaître le salaire mensuel de leur président, donc de Faure Gnassingbé…

A ma connaissance, aucun député n’a accès à une telle information. Elle ne figure pas in extenso dans les lois de finance 2014 et 2015 que l’Assemblée a adoptées sans ma voix.

Je me rappelle que le Gouvernement de transition auquel j’appartenais avait proposé en 1992 un projet de loi fixant les émoluments et autres avantages des chefs d’institutions y compris le Président de la République. Malheureusement les conseillers du Président GNASSINGBE Eyadéma n’avaient pas approuvé une telle initiative : selon eux c’était un moyen d’établir une relation entre la rémunération du Président et ce qu’il possédait comme richesse.

Il est important de rappeler que pour un Président de la République, ce n’est pas seulement son salaire qui est intéressant à connaître ; il y a également le montant de ce que l’on dénomme communément sa caisse noire. Il n’est pas aussi inutile de rappeler les dotations réservées pour ses voyages officiels peuvent souvent être utilisées de manière discrétionnaire. Lors de la Conférence nationale souveraine, alors que j’étais président de la sous-commission des finances publiques, le gel de ces deux rubriques avait permis au gouvernement de transition d’avoir des ressources pour faire face aux dépenses consécutives à la création de nouvelles institutions telles que la Primature et le Haut conseil de la république (HCR). Il faut noter que les députés les membres du HCR remplaçaient, percevaient des indemnités insignifiantes.

Pour beaucoup de Togolais, Faure Gnassingbé s’ennuie au sommet de l’Etat par manque d’une opposition cohérente et responsable en face de lui…

Vous savez que les responsabilités d’un Chef d’Etat ne se limitent pas à gérer les relations entre l’opposition et le Gouvernement. Se préoccuper de la pauvreté endémique dans laquelle vit la population, initier des solutions aux problèmes de santé, etc. constituent l’une de ses préoccupations. Vous aviez certainement vu les images de l’état de dégradation avancée des infrastructures sanitaires du pays. Les agents de l’administration publique, notamment ceux de l’enseignement sont constamment en grève : quel sera le niveau de l’éducation des élèves dans les écoles, collèges et lycées en fin d’année. Ceci ne devrait pas laisser indifférent un Chef d’Etat responsable, etc. Nous avons été témoin de la légitime grogne des élèves revendiquant les prestations de leurs enseignants. Enfin comme on a l’habitude de le dire, le Chef de l’Etat doit être au-dessus de la mêlée.
Quant à l’incohérence de l’opposition, c’est une autre chose. L’essentiel pour l’opposition est de savoir trouver à l’instant T, l’arme fatale. Il n’est pas impossible que l’opposition la trouve et alors ce sera malheur à celui qui s’ennuie.

Finalement, le drame actuel du Togo ne se résume pas aux accords de l’APG qui ne sont jamais devenu réalité ? Comment expliquez-vous que tout réussisse à Faure Gnassingbé et rien à l’opposition ? 

Avec la grogne sociale que connaît le pays, je crois qu’il est difficile de dire que tout réussit à Faure Gnassingbé. Dans des pays aussi fragile comme le nôtre tout peut basculer du jour au lendemain : tout semblait réussir merveilleusement bien à Blaise Compaoré jusqu’au 23 octobre 2014. Il faut donc se méfier de l’apparence.
Lynx.info : Hier alliés, quels sont les rapports que vous avez aujourd’hui avec l’ANC de Jean-Pierre Fabre ? Pourquoi les opposants dans leur ensemble refusent de reconnaître à Jean-Pierre Fabre et à son parti sa popularité ?
En toute franchise, nos rapports actuels avec l’ANC sont des rapports de jeunes divorcés qui évitent de trop parler de leur passé commun. Les divergences entre l’ANC et ADDI ne sont pas liées à la personne de Jean Pierre Fabre ou à la popularité de l’ANC ou de Jean Pierre Fabre. Pour nous de l’ADDI, le nombre de députés obtenu par l’ANC lors de l’élection législatives de juillet 2013, indique que ce parti est le parti le plus important de l’opposition ; l’ANC est également le parti le mieux implanté.

Mais pour nous de l’ADDI le choix d’un candidat ne se réduit pas au choix d’un parti. La popularité ou l’implantation du parti de la personne ne devrait donc pas être le seul critère. Il n’y a donc pas de relation entre la popularité de l’ANC et le fait que son leader soit le candidat unique indiqué de l’opposition. En outre, la popularité ou l’implantation d’un parti n’est pas un phénomène statique : elle est plutôt dynamique et évolue donc avec le temps et les stratégies mises en œuvre par les partis politiques notamment.

Enfin, comme vous le savez d’ailleurs, ADDI n’est pas convaincue que la candidature unique soit la meilleure stratégie pour gagner l’élection présidentielle même dans le cas d’un mode de scrutin à un tour.

Pour Zeus Ajavon : « Aucun parti politique responsable et sérieux ne peut aller à ces élections dans les conditions actuelles ». Quelles garanties de transparences le pouvoir de Faure Gnassingbé vous donne pour lui faire confiance ?

Quels sont les critères sur lesquels Me Zeus Ajavon se base pour attribuer aux partis politiques des étiquettes de sérieux ou de responsable ? Pour l’instant tous les partis sont d’accord sur une chose : battons nous pour avoir les réformes et la transparence des élections avant d’aller aux élections. Pour ADDI, c’est avoir un langage défaitiste que d’envisager déjà qu’on n’aura pas ces réformes et cela divise inutilement. ADDI propose qu’on prenne le temps de relancer les discussions sur les réformes pour les avoir avant l’organisation du scrutin.

Vous êtes allé plus loin Pr Aimé Gogué à vouloir un troisième mandat de Faure en échange des réformes. Ce que vous demandez n’est pas aussi trop lourd pour un peuple qui ne connait que la famille Gnassingbé depuis cinquante ans ?

Je n’ai jamais voulu ni demander un troisième mandat pour Faure en échange des réformes. Il est regrettable que malgré les explications, des gens persistent à vouloir déformer l’information pour je ne sais qu’elle raison. Je trouve cette affirmation très incongrue et incohérente : comment vouloir accorder un troisième mandat à Faure et vouloir être candidat ! ADDI affirme qu’il serait d’avis, qu’en échange des réformes qui nous octroierait un scrutin à deux tours, que l’on autorise Faure à être candidat en 2015. Etre candidat ne veut pas dire être élu. Si dans une élection à deux tours l’opposition n’est pas capable de s’organiser pour battre Faure, cela ne vaut pas la peine de se proclamer opposant. J’espère que cela sera désormais clair pour les électeurs. ADDI n’a jamais demandé que l’on octroie un 3ème mandat à Faure.

Le CAR tient à dénoncer la duplicité de certains acteurs politiques qui tout en soutenant que les réformes doivent être faite avant les élections s’emploient à inviter les populations à y prendre part, on ne sait à quelle fin ». Beaucoup de Togolais citent votre parti (ADDI) dans ce jeu…

Chaque parti est libre de ses opinions et nous respectons la position du CAR qui a été co initiateur avec nous de la proposition de loi. A ADDI nous avons délibérément choisi de ne nous en prendre qu’à notre adversaire commun à tous qui est UNIR. Je n’ai entendu, à part votre question qui le stipule quels togolais qui nous attribuent un jeu. Notre langage est bien distinct et bien précis. Vous savez, ADDI continue à sensibiliser ses membres pour se préparer à une mobilisation en vue pour les réformes.

Pour Agbeyomé Kodjo (OBUTS) « Il y a 80% de chance que Faure Gnassingbé gagne les élections présidentielles si l’opposition est divisée ». Comment expliquez-vous cet aveu d’impuissance de tous les leaders politiques au Togo ?

Une telle attitude suggère qu’il croit à la stratégie de la candidature unique, ce à quoi nous de l’ADDI nous ne croyons pas. En outre si on croit à ces statistiques, en cas de désunion nous avons 20% de chance de gagner les élections ce qui est loin de 0%. A ma connaissance, il n’y a pas de sondage politique au Togo. ADDI ne s’inscrit pas dans un aveu quelconque d’impuissance et continuera à se battre corps et âme afin qu’ensemble, nous réalisons l’alternance démocratique en 2015.

Lynx.info : Je vous remercie Pr Aimé Gogué

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info
 

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