Odile Tobner : Ce « plus tard » de la CPI veut probablement dire « jamais » elle ne lancera de mandat contre Guillaume Soro

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Renvoyer à plus tard les poursuites contre les chefs des FN c’est ne pas respecter l’équité dans les poursuites. Ce « plus tard » veut probablement dire « jamais ».

Lynx.info : Quel est le visage de la Côte d’Ivoire sur les droits de l’homme après quatre ans de pouvoir d’Alassane Ouattara ?

Odile Tobner : On ne peut pas dire que la situation est satisfaisante. Le processus dit de réconciliation n’a jamais été vraiment actif. L’impunité est totale pour les gens du pouvoir concernant les faits survenus depuis la rébellion de 2002 jusqu’à la crise post-électorale. De plus les exactions se poursuivent contre des présumés partisans de Gbagbo et le nombre des prisonniers politiques est encore très important, même si certains ont été relâchés. Michel Gbagbo n’a pas pu sortir du pays. Il y a aussi des tracasseries exercées contre la presse d’opposition.

Dans une interview que Lynx.info vous avait accordée, vous doutiez que Ouattara ne traîne ses « tueurs » devant les juridictions. Comment expliquez- vous que la France comme les USA ne lui en tiennent pas rigueur ?

Les grandes proclamations de défense des Droits de l’Homme s’appliquent à tous ceux qui ne font pas allégeance aux grandes puissances, pas à leurs partisans qui ont toute latitude de tuer leurs opposants. Voir le Congo Brazza, le Tchad etc.

Du côté de la CPI, la gambienne Fatou Bensaouda dit qu’il y aura le temps pour les tueurs de Ouattara. Comment expliquez-vous cette volonté d’en finir avec le camp Gbagbo quand les tueurs pro Ouattara pavanent dans les rues du pays ?

Renvoyer à plus tard les poursuites contre les chefs des FN c’est ne pas respecter l’équité dans les poursuites. Ce « plus tard » veut probablement dire « jamais ».

Des leviers comme la monnaie ou la défense de la Côte d’ivoire sont aux mains de la France. Ouattara dit à qui veut l’entendre que l’émergence, c’est pour 2020. Populisme d’un président en mal de légitimité ou flair d’un économiste avisé ?

C’est un discours de politicien qui se réfugie dans des promesses pour le futur quand il n’a pas de prise sur les problèmes immédiats. Aucun économiste ne peut faire sérieusement de prédictions à long et même à moyen terme. C’est comme la météo, la prédiction scientifique est à très court terme, quand les signes sont là, ce qui n’est pas le cas pour la Côte d’Ivoire où tous les signes sont négatifs : endettement pour résoudre les problèmes immédiats, impuissance devant les rackets qui paralysent l’activité, corruption endémique etc.

Beaucoup d’observateurs disent que, la guerre imposée aux Ivoiriens n’aura profité qu’à un seul pays qui a gagné des contrats les plus juteux : la France. C’est votre aussi votre avis ?

Malgré les apparences, dans une situation comme celle de la Côte d’Ivoire, tout le monde est perdant. Derrière les places et les gains faciles que s’adjugent les vainqueurs il y a la ruine durable d’un pays rongé par l’injustice faite à la plus grande partie de la population. Spoliations, frustrations ne donnent pas un climat favorable au développement de la prospérité générale qui seule peut assurer une économie dynamique. Les rapines de guerre ne durent pas et laissent la désolation derrière elles.

Comment expliquez-vous le fiasco du recensement en Côte d’Ivoire ?

C’est un très mauvais symptôme de l’impuissance de l’administration à se déployer correctement sur le terrain, surtout au Nord, toujours sous la coupe de pouvoirs mafieux qui sont au-dessus des lois.

Finalement Hollande était sur la même onde sur la démocratie que Nicolas Sarkozy. Comment l’expliquez-vous ?

Ce n’est pas nouveau. Mitterrand a fait en Afrique la même chose que ses prédécesseurs. En politique africaine tous les gouvernements français font la même chose, avec les mêmes discours. La continuité est totale depuis toujours.

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info

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