Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan donne sa version après la descente musclée de la FOSEP

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Depuis hier, 09 mars 2010, circulent des rumeurs selon lesquelles Mgr Nicodème Anani Barrigah-Bénissan, Evêque d’Atakpamé et Président de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation, aurait fait arrêter, dans des locaux de la paroisse des Saints Martyrs de l’Ouganda (Tokoin) des membres de l’UFC chargés par leur parti de compiler les résultats de l’élection présidentielle du 4 mars dernier. Afin d’éclairer les fidèles et les populations sur ce qui s’est réellement passé dans l’enceinte de ladite paroisse, la Conférence des Evêques du Togo (CET) tient à faire la présente mise au point:

1. Dans la matinée du 09 mars, à 8 heures 30, Monsieur Pascal Bodjona, Ministre de l’Administration territoriale a téléphoné à Mgr Barrigah pour l’inviter à une rencontre à laquelle devaient prendre part Monsieur Atcha Titikpina, Ministre de la Sécurité et le Colonel Yark, Président de la FOSEP.

2. Au cours de la brève réunion qui s’est tenue au Ministère de l’Administration territoriale, le Ministre Bodjona a fait comprendre à Mgr Barrigah que c’est par respect pour l’Eglise qu’il l’a appelé afin d’aider à dénouer une situation qui impliquerait l’Eglise. Il s’agit de l’installation au Centre d’Accueil CESAL, sis à la Paroisse de Tokoin, d’un matériel informatique avec lequel des membres de l’UFC seraient en train de compiler les résultats de l’élection présidentielle. En somme, le motif évoqué est la compilation des résultats de l’élection. Ledit matériel, a t-il ajouté, doit être saisi et les personnes interpellées à des fins d’investigation. Des éléments des Forces de Sécurité étant déjà au CESAL il est demandé à Mgr Barrigah de s’y rendre de toute urgence pour parler aux responsables afin d’éviter toute violence.

3. Devant cette demande d’intervention inattendue qui lui est adressée, Mgr Barrigah propose à ses interlocuteurs de rencontrer d’abord les intéressés ; mais la décision étant déjà prise et des agents de sécurité ayant déjà été dépêchés sur les lieux, il ne reste d’autre choix à l’Evêque que de se rendre dans ladite paroisse dans le souci d’éviter tout dérapage. Il fait alors appel à Mgr Julien Kouto, en sa qualité de Président par intérim de la Commission Episcopale Justice et Paix, ainsi qu’au Père Eloi qui en est le Secrétaire Général.

4. Dans l’enceinte de la paroisse, après information, Mgr Barrigah apprend qu’une vive discussion se déroulait dans l’une des salles en location du Centre d’Accueil CESAL. C’est là qu’il découvre les agents de sécurité en tenue civile, les membres de l’UFC et les opérateurs de saisie ainsi que les ordinateurs qu’ils avaient installés pour la compilation des procès verbaux provenant des bureaux de vote.

5. Vérification faite du mandat de perquisition, Mgr Barrigah demande à parler tour à tour aux membres du parti UFC et aux Forces de Sécurité, pour mieux comprendre le problème. Pendant qu’il les exhorte à éviter toute violence dans la gestion de ce conflit, il est rejoint par Mgr Julien Kouto et quelques prêtres. Il appelle également Mr Musa Gassama, Représentant du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, qui arrive quelques instants plus tard pour constater les faits.

6. Evoquant des raisons de sécurité et d’investigation, les agents de sécurité saisissent tout le matériel et interpellent onze (11) personnes, dont certains se sont identifiés comme des militants du parti UFC et les autres comme des opérateurs de saisie.

7. Le Centre CESAL étant un lieu d’accueil dont les salles et les chambres sont louées depuis fort longtemps aux personnes et institutions qui en font la demande, la Conférence des Evêques du Togo décline toute responsabilité d’une part quant à l’installation de ce matériel informatique par les membres de l’UFC et d’autre part à la perquisition opérée par les Forces de Sécurité.

8. Par ailleurs, la Conférence des Evêques du Togo n’est pas en possession de textes de loi interdisant aux partis politiques ainsi qu’aux institutions de compiler les résultats des élections ; elle s’interroge donc sur les raisons de cette interpellation.

9. La Conférence des Evêques du Togo demande enfin aux fidèles de continuer de prier afin que les tensions se calment et que des solutions soient vite trouvées à la crise qui s’est déclenchée après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle.

Fait à Lomé le 10 mars 2010
Le président
Mgr Ambroise DJOLIBA

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