Mali. Yoro Ould Daha dit tout : « La France c’est le MNLA »

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Pendant les combats leurs avions tournent au-dessus de nous sans intervenir. Nous savons cependant qu’ils livrent des renseignements à l’ennemi sur nos positions et coordonnées.

Arrêté puis relâché après quatre jours de détention par l’armée française, Sid’Amar Ould Daha alias Yoro est désormais libre comme l’air. Profitant de l’intérêt médiatique pour sa personne, cet ex du MUJAO dévoile l’aide apportée par l’armée française aux éléments du MNLA (les indépendantistes) au cours des combats qui ont opposé ces derniers aux groupes armés loyalistes dont il fait partie.

Selon Yoro Ould Daha, pendant sa détention par les français, les interrogatoires ont porté, outre sa présumé implication dans des attentats (l’un sur des soldats français, l’autre contre une équipe de la Croix Rouge), sur les raisons qui l’ont motivé à ne se ralliant pas à « la cause de l’Azawad ». Et ce, sans lui avoir miroité tous les avantages qui pourraient être liés à son changement de camp.

« Ils m’ont demandé pourquoi j’ai choisi mon camp et non celui du Mnla, pourquoi je suis un loyaliste et non un allié des séparatistes, etc. Ils m’ont aussi dit, au passage, que si j’étais avec le camp adverse on n’aurait pris l’Azawad ensemble et que j’ai plus de chance avec eux qu’avec l’Etat du Mali. Je leur ai répliqué que je suis avant tout Malien et non Azawadien. J’ai aussitôt compris que toute leur agitation était motivée par la question de l’Azawad. »
 
L’armée française donnerait les positions du MAA loyaliste aux rebelles séparatistes

Une autre révélation de taille concerne une très probable coopération stratégique de l’opération Barkhane (comme Serval auparavant) avec les mouvements armés sécessionnistes. Cette aide consisterait à donner les positions de la coalition MAA loyaliste-CMFPR-Combattants Imghads.

« Pendant les combats leurs avions tournent au-dessus de nous sans intervenir. Nous savons cependant qu’ils livrent des renseignements à l’ennemi sur nos positions et coordonnées.

Lors des derniers affrontements, par exemple, nous étions à deux kilomètres des positions du Mnla. Notre situation leur ayant été donnée, ils pensaient nous surprendre dans le sommeil en avançant vers nous à pied. Entre temps, nous av ions avancé d’un kilomètre à leur insu. Ils sont venus tomber dans notre embuscade en essuyant des pertes jusqu’à concurrence de quarante-cinq combattants tués sur le coup. Un de leurs combattants fait prisonnier a d’ailleurs avoué que nos positions leur avaient été données. Il n’y a pas de preuve évidente, mais tout le monde est convaincu que seules les Forces françaises disposent des moyens de leur fournir les renseignements nécessaires. »

Le contexte sécuritaire au nord

Il est important de signaler que les affrontements qui opposent des groupes armés rivaux se sont intensifiés après le départ de l’armée malienne des zones présentement occupées par ceux-ci. Les motivations des uns et des autres restent encore floues mais le contrôle des principales routes du trafic de drogue est, de l’avis de plusieurs spécialistes, la raison majeure de cette adversité. Cependant, officiellement, un camp affirme se battre pour une certaine « auto-détermination du peuple de l’Azawad » tandis que l’autre se veut défenseur de la république du Mali.

Concernant la coopération de l’armée française avec les indépendantistes, notamment du MNLA, elle date de janvier 2013, au déclenchement de l’opération Serval. La France s’était liée d’amitié avec ces derniers pour combattre les djihadistes qui occupaient le grand nord du Mali. Au lendemain de la libération des régions septentrionales, la France avait fait de Kidal, leur fief, une exception. Contrairement aux autres localités qui ont été vite restituées à l’Etat malien, l’armée française avait empêché l’armée malienne d’asseoir son contrôle sur ladite région. Sans doute pour remercier ses alliés indépendantistes pour leur aide (ils servaient de guides) pendant les batailles dans leurs zones.

A noter enfin, qu’après l’opération serval, beaucoup d’anciens membres locaux des groupes djihadistes se sont recyclés au sein des groupes armés rebelles ou d’auto-défenses. C’est ainsi que de nombreux djihadistes touaregs se sont fondus dans un mouvement nommé HCUA (allié du MNLA), le plus important groupe rebelle en terme de capacité militaire, pendant que certains arabes ont trouvé refuge dans le MAA (allié des groupes d’auto-défenses loyalistes).

Rédaction Lynx.info

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