M. Ban Ki-moon, l’Onu a tué combien d’Ivoiriens ? (Suite et fin)

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Paroles du général de division Abdul Hafiz : «Nous ne sommes pas en Côte d’Ivoire pour tuer les Ivoiriens et moi j’arrête parce que je ne veux pas demeurer dans « le faux.» (Le Temps, 21 mars 2011). M. Ban Ki-moon, secrétaire général de l’Organisation des nations unies (Onu), j’ai choisi de citer à nouveau les propos accusateurs prononcés le 16 mars 2011 par le général Abdul Hafiz pour expliquer sa démission de son poste de commandant de la Force militaire de l’Organisation des nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci). Ils sonnent ad vitam aeternam le glas de toutes les contorsions idéologiques et des multiples contrevérités qui tentent désespérément de justifier la guerre impérialiste livrée au peuple ivoirien pour installer Alassane Dramane Ouattara à la tête de l’Etat. Elles baignent « dans le faux ».

Monsieur Ban Ki-moon, même la résolution 1975 du Conseil de sécurité, qui est brandie comme la couverture suprême des massacres commis en Côte d’Ivoire, n’a été votée que le 30 mars 2011. Les soldats de l’Onu et de l’Opération française Licorne avaient commencé à « tuer les Ivoiriens » depuis fort longtemps. Cette résolution – véritable permis de tuer – apparaît donc, la plupart du temps, comme un bien maigre cache-sexe maculé de « faux » et vidé de ses effets mystificateurs. En tout état de cause, la volonté éhontée de justification de massacres d’êtres humains ne peut que répugner à la conscience humaine.

Par rapport à son mandat, l’Onuci était déjà « dans le faux », comme le dit si bien le général Hafiz. En effet, la résolution 1528 adoptée par Conseil de sécurité des nations unies à sa 4918ème séance, le 27 février 2004, stipule qu’en « coordination avec les forces françaises », l’Onuci s’acquittera du mandat qui comporte, entre autres, les missions suivantes : « a) Observer et surveiller l’application de l’accord de cessez-le-feu global du 3 mai 2003, et enquêter sur les éventuelles violations du cessez-le-feu;

b) Assurer la liaison avec les Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (Fanci) et les éléments militaires des Forces nouvelles afin de promouvoir, en coordination avec les forces françaises, le rétablissement de la confiance entre toutes les forces ivoiriennes en présence ».

Alors, M. Ban Ki-moon, combien d’Ivoiriennes et d’Ivoiriens l’Onu a-t-elle tués ? Dans la première partie de ma lettre missive indignée, j’ai montré, sur un échantillon de cinq jours seulement, comment la Force militaire de l’Onuci a nagé « dans le faux » en combattant, main dans la main, avec les « éléments militaires des Forces nouvelles », c’est-à-dire les rebelles des Forces armées des Forces nouvelles (Fafn), contre les Fanci et toutes les Forces de défense et de sécurité (Fds) de la République de côte d’Ivoire, à partir de l’Hôtel du golf, le quartier général d’Alassane Dramane Ouattara. M. Ban Ki-moon, est-ce cela « le rétablissement de la confiance entre toutes les forces ivoiriennes en présence » ?

Face à cette situation, le gouvernement ivoirien a solennellement demandé le départ de l’Onuci et de l’opération française Licorne de Côte d’Ivoire, le 21 décembre 2010. Il n’en a été tenu aucun compte par les puissances qui manipulent l’Onu avec leurs seuls intérêts comme boussole. Voici un autre échantillon de quelques événements sur mille déclenchés délibérément par la Force militaire de l’Onuci dans le dessein de « tuer les Ivoiriens ».

Ces Ivoiriens qui gardent un souvenir cauchemardesque des hélicoptères de l’Onu et de la France qui déposaient régulièrement des tireurs d’élite au service des rebelles de Ouattara sur les toits de plusieurs immeubles à Abidjan. Les images dignes d’un film d’horreur de ces tueurs professionnels postés sur les toits afin qu’ils soient dans la position idéale pour tuer ont été diffusées par nombre de télévisions dans le monde. On imagine le branle-bas de combat et le déferlement médiatique qu’auraient provoqué le positionnement de snipers par des aéronefs de l’Onu sur les toits d’immeubles à New York, Paris ou Londres. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, la nébuleuse appelée « communauté internationale » n’a pas dit un mot.

Un autre événement révèle la parfaite symbiose logistique et opérationnelle entre la Force militaire de l’Onuci et les rebelles des Fafn pour « tuer les Ivoiriens ». Le 28 janvier 2011, à la Base aérienne d’Abidjan (Baa), dans la commune de Port-Bouët, les militaires de l’armée de l’air ont appréhendé deux rebelles venus de Bouaké à bord d’un avion de l’Onuci. Ils ont affirmé appartenir à la compagnie «Karakoro Atchinguié» de Bouna, un démembrement de la rébellion d’Alassane Dramane Ouattara. L’un d’entre eux, le dénommé Abou Sanogo, a déclaré qu’ils sont plus d’une trentaine de rebelles à avoir été transportés par l’avion de l’Onuci, avec pour mission de renforcer les effectifs de la rébellion à l’Hôtel du golf et dans la commune d’Abobo, à partir de la base principale de l’Onuci sise à l’hôtel Sebroko. La presse s’est largement fait l’écho de cette information accablante.

On pourrait énumérer à n’en plus finir les cas de violences exercées sur les populations civiles dans les communes du Plateau, de Yopougon, Port-Bouet, Abobo, Marcory et dans tout le pays où la Force militaire de l’Onuci se comporte comme en pays conquis.

Le 17 janvier 2011, aux environs de 14 heures, un (01) char et une (01) jeep équipée d’un canon 12,7mm de l’Onuci entrent délibérément dans le périmètre interdit de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao),.dans la commune du Plateau. Les éléments des Fds chargés de la protection de l’institution leur demandent de rebrousser chemin. Alertés par les discussions qui s’éternisent, des dizaines de personnes accourent. Dans leur retraite, les soldats de l’Onuci effectuent des tirs à balles réelles dans ce centre des affaires, provoquant un sauve-qui-peut à cette heure de grande affluence. Le bilan de ces incidents est de quinze (15) blessés dont deux (02) par balles. Inimaginable dans la moindre bourgade de France.

A Yopougon, des échauffourées éclatent entre les habitants de Niangon Sud et les soldats onusiens qui se dirigent vers la centrale électrique d’Azito en prétextant un égarement inexplicable. Il en est de même dans la nuit du mercredi 26 au jeudi 27 janvier 2011, au corridor de Gesco, entre un convoi de dix (10) véhicules suspects de l’Onuci et les populations civiles. Les soldats de l’Onuci lancent une grenade offensive sur les civils et les éléments des Fds. Douze (12) gendarmes en poste à l’escadron 2/1 de Yopougon sont blessés par les éclats de la grenade. Et que dire de ce jeune homme abattu comme un chien d’une balle dans le dos alors qu’il sortait du cantonnement de l’Onuci à Daloa !

Et puis, M. Ban Ki-moon, il y a cette question terrible que l’on ne vous posera ni à la Maison blanche ni à Bruxelles, encore moins à l’Elysée : combien de personnes ont été tuées par les tapis de bombes que les soldats de l’Onu et de la France ont déversés sur Abidjan, deux semaines durant ? Jusqu’au 11 avril 2011, plusieurs sites pris pour cibles par les hélicoptères de combat étaient habités par des familles entières. C’est le cas de la résidence officielle du président Laurent Gbagbo et des sites ci-après : camp militaire d’Akouédo (ancien camp), école de gendarmerie de Cocody, camp de gendarmerie d’Agban, camp de la Brigade anti-émeute (Bae) de Yopougon, etc. M. Ban Ki-moon, à qui ferez-vous croire que les bombardements des hélicoptères onusiens étaient si « chirurgicaux » qu’ils n’ont tué aucun être humain ?

Monsieur Ban Ki-moon, combien d’Ivoiriennes et d’Ivoiriens l’Onu a-t-elle tués dans la ville martyre de Duékoué, directement ou indirectement ? Le 29 mars 2011, les forces régulières de défense et de sécurité de la République de Côte d’Ivoire ont déjà quitté Duékoué et sa région. Les seules forces qui tiennent alors cette zone sont les suivantes : un contingent de la Force militaire de l’Onuci disposant d’un appui aérien, les Frci, les sanguinaires chasseurs traditionnels dozos, l’armée étrangère du Burkinabé Amada Ourémi qui occupe la forêt classée du Mont Peko et d’autres milices agissant pour le compte d’Alassane Dramane Ouattara. Les Frci sont placées sous le commandement de Losseni Fofana alias « Loss » chef de l’unité militaire appelée « Cobra » qui contrôle la Zone de Man. Il est sous l’autorité directe de Guillaume Soro, Premier ministre et ministre de la Défense du gouvernement parallèle et anticonstitutionnel d’Alassane Dramane Ouattara, chef suprême de ses Frci.

 Le rapport publié par Human Rights Watch en octobre 2011 est édifiant sur le rôle criminel joué par les Frci commandées par Losseni Fofana dans les massacres de Duékoué. « (…) Le 10 mars, Guillaume Soro l’a affublé du titre de chef de la « pacification de l’extrême ouest », l’identifiant comme le supérieur du capitaine Eddie Médi et le commandant en chef de l’offensive des Forces républicaines dans l’ouest du pays. (…) Des soldats sous son commandement ont pris le contrôle de Duékoué le 29 mars au matin et joué un rôle important dans le massacre de centaines de personnes dans le quartier Carrefour. »

Des Organisations non gouvernementales (Ong) telles que le Comité international de la croix rouge (Cicr), Amnesty international, Caritas, le Secours catholique, etc., ont dénombré des centaines de morts à Duékoué. M. Steven Anderson, un porte-parole du Cicr, est catégorique : « (…) Ce sont nos équipes qui ont ramassé les corps, soit dans les maisons, soit à l’extérieur, pour les enterrer dans la dignité. Donc nous les avons comptés (…) Nous sommes devant un cas exceptionnel et une situation particulièrement choquante (…) s’il s’agit bien, comme c’est en train de se préciser, d’exécutions sommaires en masse commises en seulement deux jours, mardi 29 et mercredi 30 mars, on est vraiment devant un massacre de grande ampleur. Nos différentes sources sur le terrain ont dénombré à ce jour 816 morts. Mais on continue à découvrir des corps ». M. Ban Ki-moon, vous ne pouvez continuer de demeurer coi d’autant plus que d’innombrables témoignages de survivants indiquent indubitablement que les soldats de l’Onuci ont aidé les rebelles à prendre Duékoué et ont ainsi trempé dans le génocide wê.

Les déclarations d’Ali Coulibaly, qui était à l’époque ambassadeur de Ouattara à Paris, ne vous apportent pas la bouée de sauvetage que vous pouviez attendre de l’un de ses thuriféraires patenté. Bien au contraire. « Et c’est Caritas, le Secours catholique ici, une Ong proche de l’Eglise, qui avance ce chiffre de 1000 morts, sans aucune investigation, affirme-t-il, sans vergogne, des berges de la Seine. Quand on sait que cette Ong est proche de l’Eglise, et que l’Eglise n’a jamais voulu de la victoire d’Alassane Ouattara (…) c’est quand même sujet à question ce que Caritas est en train de faire. » (France Info, 04 avril 2011). Ali Coulibaly croit esquiver la question du génocide wê mais s’y empêtre et emprunte les chemins nauséabonds des antagonismes religieux entre catholiques et musulmans, à l’image de son mentor Alassane Dramane Ouattara. Tel gourou, tel adepte.

M. Ban Ki-moon, même votre compatriote Sud-coréen Young-jin Choi, qui est, à l’époque, votre représentant spécial en Côte d’Ivoire, vous enfonce dans le bourbier sanglant de Duékoué. Acculé de toutes parts le 29 mai 2011 sur la question des exécutions sommaires massives de Duékoué, il croit brandir l’argument massue en déclarant que « l’Onuci ne peut pas protéger tout le monde ». En sus de l’arrogance morbide qu’ils charrient, les propos de Choi sont un aveu de la protection sélective qui guide l’action de l’Onu en Côte d’Ivoire. Les partisans de Ouattara sont l’objet de toutes les attentions. Quant aux partisans de Laurent Gbagbo, ils peuvent être tués, y compris par l’épée des soldats de l’Onuci.

M. Ban Ki-moon, depuis plus d’un an, vous répétez invariablement avec le soutien bruyant des officines médiatiques de vos maîtres que la « crise post-électorale » a fait « quelque 3000 morts » en Côte d’Ivoire. Quel est le quota criminel des soldats de l’Onu dans ces « 3000 morts » ? Pourquoi votre comptabilité macabre est-elle si sélective ? Pourquoi ne se limite-t-elle qu’à la période poste-électorale d’une crise qui a commencé le 19 septembre 2002, date du déclenchement de la rébellion ? Que faites-vous des milliers de personnes tuées par cette rébellion pendant près d’une décennie ? Il est vrai que pour vous et pour vos commanditaires impérialistes, ces morts-là ne comptent pas. Pour vous, M Ban Ki-moon, seuls comptent les intérêts des sangsues qui saignent les peuples.

Respectueusement.

Par Deuxer Céi Angela. L’œil du juste

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Ampliation : M. Bert Koenders, représentant spécial de Ban Ki-moon en Côte d’Ivoire

 

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