Lettre ouverte aux fossoyeurs de la HAAC

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Messieurs les ennemis de la liberté de presse , vous êtes tenus au devoir de démission !

Le régime dictatorial militaro-fasciste qui, depuis un demi-siècle, est en train de martyriser le peuple togolais, ne cesse d’inventer des monstruosités juridico-constitutionnelles pour annuler les acquis héroïques de la lutte pour l’avènement d’un ordre démocratique. Quand un régime est ouvertement un régime de terreur, les citoyens savent à quoi s’en tenir. Mais quand la terreur se déguise en démocratie de pacotille, en démocrature, pour amuser la galerie et satisfaire les exigences impériales et politico-mafieuses de la France coloniale et colonialiste, la lutte devient plus difficile pour la résistance à cause des institutions démocratiques transformées en miroirs aux alouettes et dont les principaux animateurs ressemblent à des clowns dont la fonction, comme chacun sait, est de distraire, de faire rigoler.

Si les clowns n’étaient pas tragiques, nul ne s’en plaindrait. La Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) fait partie de ces institutions taillées sur le papier pour défendre et promouvoir la liberté de presse mais qui dans les faits de la dure réalité dictatoriale de l’attelage pathétique et bouffon RPT-PUNIR/UFC, s’oppose résolument à la démocratie.

Parmi les libertés fondamentales, la liberté de presse a toujours été la bête noire des régimes terroristes. La règle est claire : le peuple ne doit pas être informé, il doit être essentiellement manipulé, infantilisé, abêti, crétinisé. Tous ceux qui l’informent, lui disent la vérité, l’éclairent, doivent être éliminés, muselés, mis aux pas. La prison, la peur, la torture, la censure, voire la mort sont les armes de dissuasion que les bourreaux utilisent pour faire régner l’ordre odieux du discours totalitaire.

La dernière sortie d’une soi-disant assemblée nationale de la fraude électorale aux ordres du gouvernement à travers l’adoption, le 19 février 2013, du projet de loi organique modifiant la loi organique n° 2004-021 du 15 décembre 2004 relative à la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication, est une illustration « normale » dans la logique antidémocratique de la médiocratie et de ses larbins trop obséquieux pour oser faire des vagues, pour oser dire non dans un contexte sociopolitique dominé par la politique du ventre et la poltronnerie. Ah, le ventre, quand tu nous tiens !

Quand des lampeurs de soupe mettent l’appétit de leur ventre au-dessus de la liberté de tout un peuple, il y a péril en la demeure. Et chaque fois que la liberté est en danger, tous les démocrates, tous les combattants de la liberté doivent se sentir menacés au nom des principes cardinaux qui fondent les valeurs de civilisation et de progrès. Toutes les grandes tragédies de l’Histoire ont été favorisées par les petites lâchetés qui ont débouché sur des pogroms, des génocides, des règnes de terreur horribles et des peuples dans les fers. Il y a toujours un choix : être une larve ou demeurer un homme.

La responsabilité des individus cooptés par la dictature au sein de la HAAC est engagée. Tous ont évolué dans la presse et plusieurs d’entre eux ont fait l’amère expérience humiliante de journaliste-griot. Le journaliste-griot n’est pas un journaliste, c’est un sous-homme robotisé, zombifié, à la conscience effacée, obligé de mentir, de trafiquer l’information, d’inventer des louanges dithyrambiques au dictateur de service sans possibilité de recourir à la clause de conscience. C’est le mensonge ou la prison, le chômage ou la mort. L’abandon de toute dignité. Le mensonge est son matériau de travail.

Mon étonnement légitime vient du fait que, face à cette loi liberticide qui annule la liberté de presse en dotant la HAAC d’un pouvoir de vie et de mort sur la presse togolaise, nulle protestation ne se soit fait entendre ou même murmurer au sein de la HAAC. Je ne suis pas naïf, messieurs les cooptés de la HAAC, tous les Togolais savent que vous ne vous ferez jamais hara-kiri pour eux et surtout pour leur liberté ; mais vous auriez pu au moins faire semblant de menacer de démissionner du bout des lèvres pour sauver la face et donner l’illusion – hygiène de la conscience oblige – que vous n’êtes pas ce dont le peuple vous accuse, à savoir des membres purement alimentaires de la HAAC.

Dans ce pays, nous nous connaissons tous et personne n’est dupe. Les plus aigris d’entre vous, vexés de ne pas avoir été invités à la mangeoire par le régime scélérat, ont eu à brandir, à une certaine époque, le drapeau de la démocratie, par dépit et opportunisme. Quand on a la bouche pleine, on ne parle pas. C’est bien connu.

Votre forfaiture, messieurs les antidémocrates de la HAAC, est à la mesure de votre extraordinaire incompétence, de la petitesse de vos sordides calculs d’épiciers, de la médiocrité de vos prestations scandaleusement liberticides au sein d’une institution que, nous qui fûmes les constituants penseurs de la HAAC, en 1992, avions conçu pour accompagner et protéger le quatrième pouvoir. C’est un instrument de promotion et non un instrument de censure et de destruction de la liberté de presse. Sachez-le pour votre gouverne ! Oui, messieurs, nous n’avions pas songé un seul instant à faire de la HAAC une planque, une sinécure alimentaire au profit d’obscurs apparatchiks d’un régime vomi par le peuple togolais.

Messieurs, au nom du peuple togolais, du profond dégoût que vous m’inspirez et de votre honneur, s’il vous en reste, j’exige la démission de la HAAC ici et maintenant des traîtres que vous êtes. Lomé, le 12 mars 2013

Ayayi Togoata APEDO-AMAH

 

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