Les vrais problèmes politiques du Togo ont pour nom : l’égotisme et l’égoïsme

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L’égotisme: c’est la disposition  à parler de soi, le culte du moi, la tendance à s’analyser et à ne parler que de soi ; c’est le sentiment exagéré de sa personnalité, la manier de parler de soi ; c’est le narcissisme.

 

« Moi, je veux être Président, Premier Ministre, Ministre, Ambassadeur, Directeur du Port ou de l’office des Phosphates, ou de la CEET, ou de la Régie des Eaux, ou du Togo Télécom ;  je veux qu’on parle de moi, je suis le seul opposant et le vrai, etc. … Moi, je veux être riche, posséder plusieurs maisons, plusieurs voiture 4×4, plusieurs maîtresses etc. … Moi, je suis ceci ou cela… »

L’égoïsme, c’est l’attachement excessif à soi-même, qui fait que l’on recherche exclusivement son plaisir et son intérêt personnels. C’est la tendance, chez un groupe donné, de tout subordonner à l’intérêt du groupe et à ses membres.

Par contre l’altruisme, c’est la disposition à s’intéresser et à se dévouer à    autrui et à tous ses semblables.

Au Togo, tous les problèmes politiques que nous vivons  depuis l’indépendance de l’ « Or de l’Humanité », jusqu’à ce jour, sont liés à l’égotisme et l’égoïsme de la classe politique, toutes tendances confondues…

La population togolaise,  dans son ensemble, est plutôt altruiste. Les  membres d’une même famille s’entraident la plupart du temps, les habitants d’un même quartier, ou d’un même village s’entraident et viennent en appui  les uns aux autres, en cas de besoin.

Nous allons passer en revue les faits, les hommes, et les situations dans notre pays, depuis le 27 Avril 1960, date de l’indépendance du Togo, jusqu’à ce jour…

1) Commençons par ce début d’année 2013

Les faits marquants de cette année nouvelle, dans notre pays, sont les incendies des marchés de Kara et de Lomé. Plusieurs personnes sont inculpées et incarcérées dans le cadre de l’enquête  sur ces incendies criminels et les investigations continuent. Plusieurs, sinon la totalité des inculpés, appartiennent à des partis politiques ou à des organisations de la société civile,

comme le FRAC et le  CST. En attendant leurs procès, qui vont nous permettre d’y voir plus clair, tous les Togolais se posent  la même question :

« Qu’est-ce qui peut pousser des Togolais à mettre le feu à deux marchés qui génèrent plusieurs milliers de milliards de FCFA  à notre pays ? »

La réponse est sans ambiguïté : c’est l’égotisme ou l’égoïsme, doublé, il est vrai, de crétinisme !

Les deux entités indexées, le FRAC et le CST, dirigées respectivement par Jean Pierre FABRE et Zeus AJAVON, sont les preuves vivantes des dérives égotistes qui font tant de mal à notre pays depuis son indépendance.

On ne présente plus le premier. Lieutenant de Gilchrist Olympio depuis plus de deux décennies, il a collaboré et initié avec le leader de l’UFC, à la politisation radicale dans notre pays, avec comme support, « le moi, et le moi seul ».

« Je suis le seul opposant vrai à la dictature  du Général EYADEMA  … » avait  l’habitude de  claironner le vieux leader. Maintenant qu’il a compris qu’il n’était pas dans le vrai, c’est son fils spirituel, Jean Pierre FABRE, qui a pris le relais. Le leader du FRAC a refusé tous les dialogues proposés par le pouvoir !

Il faut que le peuple sache que c’est lui seul qui est le vrai opposant dans ce pays !

Le « nonnonnisme » c’est lui, et il s’en fout du sort des togolais ! Aujourd’hui, acculé par les évènements  et ne sachant que faire à l’approche des législatives, il propose, avec ses amis du CST « un dialogue franc et sincère » avec le gouvernement. Ces prématurés-seniors de la politique ne savent pas encore que « la franchise et la  sincérité » n’existent pas en  politique !…

L’autre prématuré- senior est Zeus AJAVON, le coordinateur du CST, le Collectif Sauvons le Togo. Hé, Maître pour prétendre « Sauver le Togo » il y a des exigences  formelles :

1)  Il faut réduire le chômage de 50% au moins dans notre pays,

2) Il faut disposer d’une Assurance-maladie pour toute la population togolaise ;

3) il faut disposer au moins de deux hôpitaux de soins dans le pays, pour que Mr AJAVON (et les autres) n’aillent pas faire leurs bilans en France, au lendemain d’un malaise à Lomé ;

4) il faut que notre système scolaire et universitaire soit performants et que nos diplômés trouvent des emplois pour au moins 70 à 80 % d’entre eux ;

5) il faut qu’on puisse se rendre aisément de NOTSE à TOHOUN, d’ATAKPAME à BADOU, de KPALIME  à ATAKPAME, de PAGOUDA à MASSEDENA, de KANTE  à BOMBORADJI, de DAPAON à MANDOURI etc. …,  sur des routes bien goudronnées et  bien entretenues ;

6) il faut porter rapidement la couverture énergétique et hydraulique à 90 % au moins de la population

7) il faut porter rapidement l’espérance de vie des togolais, de 50 à 80 ans ….

8) il faut une autosuffisance alimentaire quantitative et qualitative de tous les togolais etc. …

Vous voyez, Monsieur l’avocat, on est loin de votre plateforme  stupide que le CST a rendue publique. Dans toutes vos manifestations, dans tous vos écrits, on ne voit nulle part les recettes d’un développement de notre pays. On n’entend de vous que des paroles terroristes comme :

« S’ils veulent organiser des élections, ils n’ont qu’à essayer, c’est bonjour les dégâts, c’est tout.. »

Soyez malin, Me Zeus AJAVON, s’il y a des troubles au cours des prochaines législatives, vous risquez de vous retrouver aussi sec en prison, avec vos menaces  à la noix ! Essayez de sauver les 23 incarcérés,  suite aux incendies de Kara et Lomé, au lieu de prétendre sauver tout le Togo ! Pensez-vous qu’un avocat qui veut sauver le Togo, peut tenir d’autres propos comme ceux-ci :

« Vous osez parler d’élections aujourd’hui, après ce qui s’est passé là ? Vous croyez qu’ils pourront organiser des élections dans ces conditions là ? C’est tant pis pour eux, s’ils veulent les organiser. C’est tant pis pour eux ! »

Nous verront si vous pourrez empêcher les prochaines législatives !

C’est votre égotisme qui fait que, malgré l’incarcération de 23 de vos partisans, vous continuez  à déblatérer et à menacer ! « Mazé, mazé », diront les Minas ou les Ewé, c’est tout ! C’est tout comme Claude AMEGANVI, qui « donne un ultimatum de seize jours pour libérer les 23 incarcérés » dans l’affaire des incendies criminels de Kara et Lomé !  Et dire que c’est un leader politique qui veut diriger le Togo !

Il donne cet ultimatum au Président de la République, comme si c’est le chef d’Etat qui fait incarcérer des présumés criminels dans une affaire terroriste !

2) Voyons la période 2006-2012

L’année 2006 est à marquer par une pierre blanche, avec l’Accord Politique Global (APG), accord politique inclusif de la classe politique pour notre pays : Le parti au pouvoir et cinq principaux partis d’opposition d’alors (CAR, CDPA, CPP, PDR, UFC), ainsi que deux organisations de la société civile (GF2D et REFAMP/T) ont signé cet APG qui a balisé la voie à une démocratie paisible. Mais encore un fois, l’égotisme et l’égoïsme ont tout bloqué. Le gouvernement d’union nationale prévu et mis en place, est boudé par Gilchrist Olympio et ses lieutenants d’alors, Jean  Pierre FABRE, Patrick LAWSON, Isabelle AMEGANVI etc. … L’UFC d’alors, réclamait la primature, confiée à juste titre, au CAR de Me AGBOYIBO (puisque c’était le parti qui avait obtenu 36 députés sur 81 aux législatives de 1994, élections boycottées par l’UFC).  Puis, vint l’année 2007, où aux législatives, tous les partis d’opposition allèrent en rangs  dispersés au scrutin, et le perdirent, avec 31 députés sur les 81 que compte le Parlement. Et comme cette leçon ne suffisait pas, c’est l’UFC (27 députés), qui explose, avec la tragi-comédie de l’élection présidentielle de 2010 et la naissance de l’ANC.  Conviés à siéger dans les Cadres Permanents de Dialogue et de Concertation, les leaders politiques pratiquent la politique de la chaise vide ou de chaises musicales, toujours guidés par leur égotisme.  Tout cela va perdurer, jusqu’à ce qu’un tricheur au Concours d’Agrégation du CAMES (c’est le journal Forum de la semaine qui l’a écrit), Mr Zeus AJAVON, candidat malheureux aux législatives de 2007, ne crée le CST…

3) Terminons par la période 1958-2005

C’est la plus longue, la plus sanglante et la plus pénible de l’Histoire de notre pays. Après les législatives de 1958 et la victoire du CUT de Sylvanus Olympio, les togolais étaient lancés sur les rails de la démocratie, surtout que c’est le parti au pouvoir (Nicolas Grunitzky et les colonisateurs) qui a été battu dans un scrutin transparent et démocratique … Mais, visiblement les populations n’avaient pas assimilé les notions de démocratie, de liberté d’opinions, et de débats contradictoires. L’accession à l’indépendance de notre pays, le 27 Avril 1960, n’a pas non plus éclairé nos concitoyens. L’ethnicisme, l’ignorance et l’immaturité politique ont plombé la gouvernance de Sylvanus Olympio. Bien qu’ayant comme opposant principal son beau-frère, Nicolas Grunitzky, les démons de la haine, de la division, de la revanche, de l’égotisme et de l’égoïsme ont sombré Sylvanus Olympio, qui fut assassiné le 13  janvier 1963. Les mêmes maux ont produit les mêmes effets en 1967, quand Nicolas Grunitzky fut déposé par l’Armée et Etienne EYADEMA  GNASSINGBE prit le pouvoir après un intermède de quatre (4) mois de pouvoir du colonel KLEBER DADJO. Tout alla assez bien, de 1967 à 1974, où le pays connut un sursaut salvateur. Mais hélas, dès 1969 déjà, à défaut d’un bipartisme qui aurait pu nous fortifier dans une démocratie à l’Américaine, c’est le parti unique, le RPT qui  naquit et plongea le pays, dans une période d’exception et de dictature pure et dure jusqu’en 1990 ! Tout était ramené au Président Fondateur, au Timonier National, au Père de la Nation, avec toutes les dérives dues à l’égotisme que nous avons connues, et sur lesquelles il est superflu de revenir…

Puis vint la révolution, le 5 octobre 1990. La dictature craqua, se courba, mais ne rompit pas. La Conférence Nationale Souveraine nous  exhiba le visage hideux de l’égotisme. Tout le monde refusa le poste de Premier Ministre de la transition et se réservait à la Présidence, douze mois après ! Seuls KOFFIGOH, GNININVI, KPETIGO, ATSUTSE AGBOBLI et un obscur inconnu avaient  postulé ! La transition capota, après avoir réussi tout de même à faire adopter, par referendum, la Constitution du 14 octobre 1992.

C’est l’égotisme qui acheva aussi le Général Eyadema, le 5 Février 2005. Ayant repris la totalité du pouvoir, il s’évertua à passer deux mandats (de 1993 à 2003) à la tête du pays. Se sachant malade et condamné, et de plus en plus inapte, il  persista, jusqu’à ce que la vie et le pouvoir le quittèrent, ce 05 Février  2005 ! Il géra tellement mal les derniers pour de sa vie, qu’il laissa son fils Faure dans la mélasse, en 2005. Son égotisme a laissé sur le carreau plus de 500 morts, après sa mort, après l’élection très  contestée de son fils ; alors qu’il aurait dû démissionner un an au moins avant sa mort, et laisser le Président de l’Assemblée Nationale, FAMBARE NATCHABA, organiser , 60 jours après, selon la Constitution , une présidentielle où Faure Gnassingbé serait seul candidat du pouvoir.

Dr IHOU Ancien Ministre de la Santé et de la Population ; Consultant en Géopolitique et Stratégie Sécuritaire

 

 

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