Les Gnassingbé peuvent-ils échapper à la fêlure ? (Suite) : La Loi [Par Sénouvo Agbota ZINSOU]

0

La charge et le titre de roi étaient réservés aux descendants de David, et les Hasmonéens ne l’étaient pas…Il y avait des  palais somptueux, une cour et une administration comme en entretenaient alors les monarques orientaux. On pratiquait les assassinats en série, on engageait des mercenaires sur terre et des pirates sur mer, le tout au service d’une politique que l’on qualifierait aujourd’hui d’impérialiste…[i]

La citation mise en exergue ici, décrivant très succinctement un régime à la légitimité incertaine et à la légalité douteuse, aurait pu, à peu de choses près, servir à décrire certains régimes africains, tels que ceux du Togo des Gnassingbé, de la Côte d’Ivoire de Ouattara, de la Guinée d’Alpha Condé, du Gabon des Bongo, du Congo de Sassou-Nguesso… Bien évidemment, la liste pourrait s’allonger.

Mon premier commentaire, avant de parler des méthodes par lesquelles ce type de régime s’est imposé et procède pour se maintenir est qu’il est au « service d’une politique » que l’on qualifierait aujourd’hui d’impérialiste. De quelque idéologie que les régimes africains cités ici se prévalent, il est, au fond, évident, qu’ils héritent beaucoup de choses de l’impérialisme capitaliste qui s’est d’abord manifesté par l’esclavage, puis par le colonialisme. La grande préoccupation des esclavagistes, puis des colonialistes n’a jamais été de faire le bonheur des peuples soumis à ces tragédies de l’histoire. La fièvre de la préparation des indépendances avait surtout pour objet, pour les puissances coloniales,  de trouver un système, des cadres,  un discours et surtout des hommes qui permettent à ces puissances d’atteindre leurs objectifs.

Pour le gouvernement français, c’était trouvé, presque de manière parfaite avec le référendum lancé par de Gaulle pour l’Union Française à laquelle tous les dirigeants avaient appelé les populations à  voter « Oui ». La comédie, ou plutôt la tragédie drolatique avait commencé dans les anciennes  colonies françaises. Je dis tragédie drolatique, parce que les acteurs qui refuseraient de s’inscrire dans ce registre prévu par le pouvoir français seront purement éliminés ou au moins feront l’objet de tentatives d’élimination physique.

Qu’y at-il donc d’étonnant que ceux  qui se sont volontairement inscrits pour jouer docilement leurs rôles dans les scénarios prévus par le pouvoir français, d’un côté, bénéficient du chapeau de ce pouvoir et d’un autre côté perpétuent l’utilisation des méthodes dont celui-ci avait usé pour dominer nos peuples ? Terrorisme d’État, empoisonnements, mensonges quant aux buts réellement poursuivis,  violations des lois, en particulier de la Constitution, assassinats, actes de piraterie de mer ou de l’air, bombardements, utilisations des mercenaires ou milices dans les attaques sur terre…ces régimes directement ou indirectement hérités de la colonisation sont dans  tout sauf dans ce qui confère à un pouvoir légitimité et légalité.

Dans le royaume d’Israël que décrit André Paul, ce qui confère au roi la légitimité à l’époque décrite, était bien sûr l’appartenance à la lignée de David, mais avant l’avènement des rois, nous étions dans une théocratie où régnait le Livre de la Loi, en hébreu sépher ha-Tora, que l’on appelait aussi  le Livre de l’Alliance.  Cette synonymie a sa raison d’être.

On ne saura jamais non plus en quoi consiste réellement ce «  livre » dit « de la Loi » ou « de l’alliance :

Le contexte d’un renouvellement du pacte entre le dieu national et son peuple, par la médiation royale, explique l’usage des deux appellations livre de la Loi et livre de l’alliance : elles ne désignent qu’un seul objet[ii].

Il y a donc alliance entre le peuple et son dieu national, par l’intermédiaire du roi, chargé de l’application de cette Loi, au nom de Dieu, pour le bien du peuple. Et le renouvellement de cette alliance, au moyen de la Loi, qui est comme un discours que Dieu adresse à Moise, se fit quand

tout le peuple s’assembla comme un seul homme sur la place qui est devant la porte de l’Eau. Et ils dirent à Esdras le scribe d’apporter le livre de la Loi de Moise devant l’assemblée… Il lut dans le livre depuis le matin jusqu’au soir[iii]

L’adhésion de tout le peuple, comme un seul homme et de toutes ses institutions à cet acte solennel de la lecture publique de la Loi, reçue comme un ordre divin et une alliance entre tous les membres de la communauté est clairement décrite dans le livre de Néhémie :

Esdras bénit l’Éternel, le Grand Dieu et tout le peuple répondit en levant les mains : Amen ! Amen ! Ils s’inclinèrent se prosternèrent  devant l’Éternel, la face contre terre !… Néhémie le gouverneur, Esdras, le sacrificateur-scribe et les Lévites qui enseignaient le peuple dirent à tout le peuple : Ce jour est consacré à l’Éternel, votre Dieu ; ne soyez pas dans le deuil et les pleurs ! Car le peuple pleurait en entendant les paroles de la loi.[iv].

Moment émouvant, empreint de solennité !

Et quand ils ont  tous entendu la lecture de la Loi,

Ils promettent avec serment et jurent de marcher dans la loi de Moise, serviteur de Dieu, d’observer et de mettre en pratique tous les commandements de l’Éternel, notre Seigneur, ses ordonnances et ses prescriptions[v].

Ce comportement des Israélites du temps de Néhémie, peut-il servir d’exemple à notre époque où le parjure est devenu monnaie courante ?

André Paul écrit que c’est  à la fois un idéal et un programme. Ce qui me plaît, c’est cette notion d’idéal, c’est-à-dire un ensemble de valeurs auxquelles dans l’alliance, tout le peuple, comme un seul homme croit et dit « oui ». Rien à voir  avec le  prétendu« Oui » à de Gaulle et rien à voir non plus avec les méthodes des Hasmonéens qui ont longtemps maintenu le peuple sous leur joug par la violence et la force.

Il faut ajouter que ces mêmes Hasmonéens constituèrent leur royaume exclusivement par les armes.[vi]

Pourquoi était-il indispensable que tous, institutions, hommes et femmes de toutes conditions soient instruits de la Loi et prennent l’engagement de s’y soumettre devant Dieu (ils se prosternent devant l’Éternel, la face contre terre)?

Le modèle grec apporte lui-même ici ses lumières. Á Athènes, à l’époque où les scribes de Yehûd étaient actifs, l’écriture ou l’inscription des lois avait l’éminente fonction de promouvoir un régime politique, en l’occurrence la démocratie. « Pour un peuple, il n’est rien de pire qu’un tyran. Sous ce régime, pas de lois faites pour tous….Donc  plus d’égalité, tandis que sous l’empire des lois écrites, pauvre et riche ont mêmes droits », proclame Thésée dans Les Suppliantes d’Euripide.[vii]

Au moment où nous écrivons ces lignes, nous avons vu des images circuler sur nos réseaux sociaux, montrant un sacrifice dans la tradition vodou, déposé devant la porte de l’Ambassade du Togo à Paris. Ce genre de sacrifice, appelé « vossa » a été découvert le 18 octobre devant l‘Ambassade qui avait d’abord été fermée après les dégradations que l’immeuble a subies dans la nuit du 26 au 27 septembre, puis ouverte à nouveau le 5 octobre.  Le sens mystique de l’acte, sur lequel je reviendrai est l’annulation pure et simple, à défaut de détruire physiquement l’immeuble, de tous les actes, de toutes les tractations qui s’y déroulent, puisque non reconnus par la loi, par la Constitution togolaise. Cela peut prêter à sourire, pour certains sceptiques (vrais ou faux) mais n’est-ce pas une manière pour un Togolais, ou un groupe de Togolais de s’en référer à un dieu national ou à des dieux nationaux pour sévir contre un pouvoir inique, brutal et illégitime, qui n’est pas sans liens avec la France ? Par-delà la différence entre religion catholique et  la religion vodou, le geste posé devant l’Ambassade du Togo à Paris, n’a-t-il pas quelque résonnance sémantique et métaphysique avec le discours de Monseigneur Kpodzro, le vendredi 11 octobre 2019, sur le trottoir de l’Ambassade de France à Lomé, acte de haute portée spirituelle ?

Cet acte posé par nos compatriotes en pleine rue de Paris, symbolique si l’on veut, à ma compréhension,  est une manière de pointer du doigt à la fois le pouvoir français et le pouvoir togolais d’être les deux sources principales des malheurs du peuple togolais. Cela m’amène à m’interroger sur les rapports entre le sacré et les lois qui sont allégrement violées en Afrique par les pouvoirs autoritaires avec la complicité directe ou indirecte du pouvoir français.

Dans l’aire culturelle Adja-Ewe, il ne serait pas inutile que les sociolinguistes  établissent les rapports entre les champs lexicaux des mots Se ( loi ), Se ( écouter ), Se ( obéir ) Se ( destin ).   La voyelle peut être plus ou moins ouverte, plus ou moins fermée, nasalisée ou non, selon les différences dialectales.

Ainsi de nombreux noms et prénoms qui sont souvent de véritables phrases (sentences, proverbes, oracles, programmes), comportent cet élément comme mon prénom Sénouvo qui en langue Xuela ( pédah) signifie «  sacrifice offert selon la loi du Destin, donc agréé. Dans le même ordre d’idées vous trouverez des noms comme Sewonu, Senam, Sedzro, Segbedji, Sessimé, Sedonugbo, Selom, Semadégbe… Il s’agit toujours de la loi du Destin, divinité personnelle, qui établit toutes choses, qui donne à chacun sa fortune, qui veut,  qui ordonne, qui dit la vérité, qui aime, loi du Destin aux prescriptions ineffaçables, comme les Commandements de Dieu gravés dans les pierres et remis à Moise. On dit aussi de celui qui a des comportements anormaux, en mina : E da le Se dji ( il a offensé la loi du Destin ) et un imbécile est ni plus ni moins un sekuno ( celui qui est mort quant à la loi du Destin, un cadavre spirituel si vous voulez ). Ce qui est dit des individus peut être appliqué aux familles, aux groupes, aux sociétés.

Pour ma part, je pense que dans notre aire culturelle, comme dans beaucoup de sociétés africaines, la loi est faite pour être écoutée, obéie, parce qu’elle trace le destin à la fois individuelle et collective. Nul n’est censé ignorer la loi, dit-on. Mais, plus encore, nul ne saurait s’écarter de la loi, sans se mettre lui-même en danger et mettre en danger la société pour non-obéissance à la loi. Je rapprocherai même le mot « Se » ( loi ou destin ), du mot Sin ( adorer ) Ainsi la loi est une chose qui doit être  adorée comme une divinité, par le premier magistrat avant le peuple.

André Paul écrit à cet effet :

Un idéal conforme à la vision générale des choses, et bénéfique, du métier de roi, par une mise en valeur de la plus grande vertu des souverains du pays : l’équité.[viii]

Le caractère sacré de la loi n’est pas l’apanage des seules sociétés africaines. Chez les Hébreux, le Livre de la Loi ou de l’Alliance était posé devant l’Arche de l’Alliance dans le temple. Le roi, dont le métier consiste à l’appliquer d’abord soi-même et à la respecter avant de la faire respecter par ses sujets a pour vertu principale comme nous venons de le lire, l’équité. Il doit avoir la préoccupation de savoir comment faire régner cette équité dans son royaume. Nous voyons cet exemple chez Salomon qui, au lendemain de son couronnement ne demande rien d’autre qu’à savoir comment juger. Le fameux  jugement de Salomon, mythe ou récit historique est une leçon pour tous ceux qui sont dans sa position, hier, aujourd’hui et demain.

Les problèmes que vit l’Afrique ces derniers temps (les-connaît-elle depuis les  indépendances ?) et qu’elle risque de vivre encore pendant des années, peut-être des décennies, sont liés à la loi : établir des lois et s’engager à les respecter, qui que l’on soit, à quelque niveau que l’on se situe dans la société, soit roi, soit paysan…, soit homme, soit femme. Ce n’est pas que les lois n’existassent pas, ni qu’elles ne fussent pas appliquées. Elles existent et sont même appliquées lorsqu’elles concernent les petits voleurs de cabri et même des assassins, encore que, la corruption des personnes chargées de les faire appliquer, les fautifs, criminels, grands et petits peuvent échapper facilement aux rigueurs de la loi. Mais le grand problème est qu’il y a des gens qui, dans nos sociétés, croient avoir obtenu un statut tel qu’ils ne se croient plus soumis à la loi. Et ils font tout pour qu’on les prenne pour tels. Toutes leurs manœuvres tendent à montrer qu’ils sont «  les hommes forts » dont l’impérialisme avait besoin pour gérer ses intérêts depuis les indépendances juridiques. Et être un homme fort, c’est être bien capable de massacrer ses concitoyens qui manifestent dans la rue contre une loi illégitime et injuste.

D’où donc nous vient cette notion de l’homme fort, de la race des hommes forts qui peuvent passer outre toute loi et d’abord la loi morale basée sur l’équité, sur l’égalité entre tous les hommes, se comportant envers l’autre comme les animaux dans la jungle?

L’accumulation primitive du capital, puis de sa reproduction élargie ( ce que l’on nomme aujourd’hui : croissance ) se sont développées en plusieurs étapes : le génocide des Indiens d’Amérique à partir du XVIe siècle, la traite des esclaves noirs rendue nécessaire pour exploiter les mines et les terres d’une Amérique dépeuplée par le génocide, puis, à partir de la «  révolution industrielle » ( rendue possible par cette accumulation ) l’esclavage ne permettant plus de mettre en œuvre les techniques nouvelles, l’abolition de l’esclavage, et le début du colonialisme proprement dit, c’est-à-dire la domination politique et militaire de l’Afrique et de la plus grande partie de l’Asie pour garantir des investissements éminemment rentables dans l’industrie et le commerce, en imposant par la force le prix bas de la main d’œuvre et les hauts prix des produits importés.[ix]

L’Occidental se croit de race supérieure. Ses grands intellectuels ont longtemps bâti leur idéologie sur ce principe. Sans ambages, Ernest Renan, dont l’œuvre monumentale est truffée d’allusions aux races (race orientale, race arabe, race juive…), on ne sait à  quel dessein, l’écrit expressément :

La Chine, qui est une humanité inférieure, n’a presque pas de religion.[x]

Laissons le soin aux Chinois d’aujourd’hui de rire de cette jolie phrase de l’académicien français !

Il est donc dans la parfaite logique de l’Occidental de ne se référer à aucune loi, lorsqu’il a en face de lui « l’autre », ou alors la loi de son propre profit.  Et dans cette même logique, il est évident que les énormes avantages tirés de l’extermination des Indiens, de la traite des Noirs, de la colonisation de l’Afrique et de l’Asie, ce n’est pas sur la base d’une loi qu’il les a obtenus.

Les massacres de populations, de nos jours, au Togo sous Gnassingbé, en Côte d’Ivoire sous Ouattara, en Guinée sous Alpha Condé et dans d’autres pays africains dans un contexte de crise électorale ou de guerres civiles, profitent-ils plus aux potentats africains qu’aux multimodales aux mains d’un homme come Bolloré ?

 L’occident, pour se donner bonne conscience, a son discours tout prêt, comme celui que nous entendons de la bouche d’un Bernard Kouchner, « un humaniste », mieux un humanitaire, président de Médecins sans frontières :

J’ai toujours fait un rêve : que l’on arrête le bras des dictateurs et des bourreaux avant qu’ils ne frappent leur propre peuple ou n’envahissent leur voisin[xi]

Il a fallu du temps et son implication dans des scandales financiers pour se rendre compte que, Bernard Kouchner, comme beaucoup de donneurs de leçons français et occidentaux, avait ses propres intérêts à défendre dans ses activités en Afrique.

Mais, (de l’eau à mon moulin,  fournie par la justice française àqui je rends ici hommage), la tartufferie des dirigeants européens en général et français en particulier est incarnée au plus haut niveau par Nicolas  Sarkozy, homme sans foi ni loi, qui, sous le prétexte fallacieux d’empêcher les dictateurs africains de frapper leur propre peuple, n’a pas hésité à assassiner Kadhafi et à bombarder le palais de Laurent Gbagbo. Sarkozy pourrait toujours nous tenir son discours sur « le devoir d’ingérence », sur les droits humains, la nécessité de démocratiser les pays africains…Ce sont les institutions de son propre pays chargées d’appliquer la loi qui nous révèleront son vrai visage : le 12 octobre 2020, l’ancien président français est mis en examen pour «  association de malfaiteurs » ! Cette quatrième nouvelle mise en examen du personnage haut en couleur intervient alors qu’il n’avait pas fini de se débattre, comme un beau diable, dans les poursuites de 2018, pour financement illicite de sa campagne aux élections présidentielles de 2007 par des fonds libyens, corruption passive, détournement de deniers publics. Dire que ce Sarkozy avait été adulé par des foules de militants de la droite française (donc  supposé porteur de valeurs républicaines), élu Président de la République (donc garant des lois et des valeurs françaises), placé sur un piédestal tel qu’il se croyait donneur de leçons aux chefs d’État de la Françafrique ! Et ce Sarkozy, cynique, machiavélique, a été capable, pour tenter d’enterrer une fois pour de bon ce qu’on peut appeler son « affaire libyenne » d’utiliser l’armée française pour tuer Kadhafi sous le prétexte que ce dernier voulait massacrer son peuple ! Le soutien d’intellectuels, comme le philosophe  Bernard-Henry Lévy, ne lui  a pas fait défaut pour donner une caution morale à  son  action de «  justicier » international, de « gendarme du monde » ! Bien sûr que nul ne sait quelle sera l’issue de la procédure, mais l’accusation « d’association de malfaiteurs » ne reste-t-elle pas définitivement liée à la personne de l’ancien chef d’État français ? Les politiciens africains, ceux qui sont au pouvoir, comme ceux qui sont dans l’opposition, savent-ils qu’aujourd’hui ou demain, ils pourraient être reconnus comme des associations de malfaiteurs, de criminels, de mafieux, des  bandes de voleurs, ceux qui trahissent leur peuple, la loi et les valeurs pour de l’argent, ( ils peuvent appartenir à la CEDEAO, à l’UA et d’autres organismes internationaux)… ? Que répondront-ils ? Nuance d’honnêteté intellectuelle, nous qui ne sommes pas juristes, qui n’avons pas assisté à l’interrogatoire de Sarkozy par un collège de trois juges, interrogatoire à l’issue duquel a été prononcée la mise en examen, nous n’avons la possibilité que de regarder et d’analyser que d’une part la défense Sarkozy assurée par lui-même ( c’est un avocat de profession !) et d’autre part la réponse de Médiapart qui est à l’origine de la révélation de l’affaire. L’ancien président français  nie tout en bloc, bien entendu, mais plus que cela, avec force mimiques, gesticulations et violence verbale, il traite Kadhafi, ce fou sanguinaire et son entourage de bande mafieuse, de criminels, de dictateur ignominieux et autres invectives dont le personnage est capable. Entre la parole de l’entourage de Kadhafi dont la peinture est ainsi présentée tout en noir et lui-même Sarkozy, le « bon président »  qui aime la France avec passion, les Français ont vite fait de choisir !  Comme on le comprend,  le jeu sur la corde sensible du patriotisme et du nationaliste est évident. Clin d’œil  grimaçant évident à l’électorat de l’extrême droite, en même temps que gesticulations et mimiques querelleuses à l’encontre de Médiatpart et des nombreux ennemis qu’il s’est faits dans le monde, en Afrique surtout,  et qui ne seraient pas fâchés de le voir dans de si beaux draps ; l’habile politicien, comédien comme le connaissent les spécialistes, sait  vraiment jouer  sur des registres variés. Ce n’est pas à une démonstration objective, rationnelle et convaincante de son innocence que nous assistons. Il fallait avoir la patience de l’écouter jusqu’au bout, toujours par honnêteté intellectuelle, jusqu’à ce que les responsables de Médiapart  interviennent à leur tour, pour dire qu’objectivement, sur tous les points, Sarkozy mentait. La complexité du problème ne nous empêchera pas de nous amuser de la trivialité du spectacle dans lequel l’ancien président français est impliqué.

Ceux qui, comme les Gnassingbé au Togo, les Bongo au Gabon, les Alpha Condé en Guinée, les Ouattara en Côte d’Ivoire, les Sassou-Nguesso au Congo s’inscrivent dans la lignée des hommes forts, choisissent la force plutôt que la loi, considérée comme sacrée, donc d’essence morale et divine n’ont rien inventé et ne font que perpétuer la tradition de l’Occident, prêt à tout pour conserver ses avantages.

Les morts, les blessés et les dégâts matériels occasionnés par la prise de pouvoir de Gnassingbé Eyadema, son maintien sur le trône jusqu’à sa mort en 2005, puis la succession de son fils Faure Gnassingbé et le règne de celui-ci jusqu’ à ce jour, la dynastie des Bongo, la rébellion en Côte d’Ivoire dirigée par Ouattara et Soro, puis le bombardement du palais présidentiel de Gbagbo, le transfèrement de celui-ci de même que de son ministre Blé Goudé à La Haye, tous les deux finalement acquittés pour faute de preuves, la guerre civile au Congo suivie d’un règne sanguinaire, les massacres de Côte d’Ivoire et de Guinée parce que des hommes comme Ouattara et Alpha Condé veulent s’éterniser au pouvoir en violant la loi…tous ces comportements qui sont ceux de hors-la-loi apportent quelques avantages à ceux qui en usent sur le terrain, mais c’est surtout à l’Occident dont ils ne sont que des agents qu’ils profitent Et un Occident sans foi ni loi dans ses rapports avec l’autre. C’est à juste titre que Roger Garaudy sous-titre son livre : « L’Occident est un accident ».  La chose peut être dans le sens de l’événement malheureux qui nous arrive alors qu’on ne s’y attendait pas mais elle peut être comprise aussi dans le sens mina de «  Afoku » (littéralement «  la mort du pied ou la mort au pied » : grave accident rencontré à plusieurs époques sur notre chemin, notre destin collectif, notre « Se »  (programme, vision) pour employer le mot adja-ewe.

La situation dans nos pays, telle que nous la vivons depuis les indépendances est celle que Kä Mana décrit ainsi :

Cette ère que les Africains croyaient être un temps de glorieuse liberté, mais qui apparaîtra vite dans son essence véritable : le temps de la néo-colonisation comme mode d’esprit et du néo-colonialisme comme système des rapports sociaux entre l’Occident et l’Afrique.

Avec l’instauration des régimes politiques nouveaux dont l’évolution s’orienteront vers l’autocratie et la dictature ; avec la domination féroce exercée sur les peuples par des pouvoirs économiques, culturels et politiques étrangers dont l’intérêt fut de soutenir les potentats locaux ; avec les élites sociales entièrement aliénées dans leur vision du monde et dans leur  mode vie, l’aire néocoloniale brisait tous les rêves de l’indépendance, toutes les utopies de dignité, de paix, de justice, de solidarité et d’initiative créative.[xii]

Combien d’Africains, surtout parmi les dirigeants ont pris conscience de ce fait ?

 Les hommes qui nous dirigent ou qui aspirent à nous diriger le comprendront-ils jamais ?

Il faut commencer à tenir son destin en main, avant tout dans le domaine de la Loi.

( À suivre )

Sénouvo Agbota ZINSOU


Partager

Laisser une réponse