Le Tchad pleure ses soldats tombés sur le front malien

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Les vingt-six soldats tchadiens, tués la semaine au cours ou à la suite d’une bataille avec les rebelles maliens au Nord du Mali, ont été inhumés vendredi dans la capitale du Tchad qui a observé à cet effet une journée de deuil national.

Dès 9 heures, les dépouilles des vingt-six soldats, rapatriés il y a quelques minutes de Niamey, la capitale du Niger, par l’avion C-130 de l’armée de l’air tchadienne, sont exposés à la base aérienne Adji Kossei. Elles sont disposées dans des cercueils en bois, recouverts par le drapeau national aux couleurs « bleu- jaune-rouge ».

Sont présents le chef de l’Etat tchadien, Idriss Déby Itno, le Premier ministre et la majorité de son gouvernement, des députés, des diplomates accrédités au Tchad et des centaines des militaires. Le ministre malien de la Défense et des anciens combattants, le général Yamoussa Camara, le ministre de la Communication du Niger, Labo Bouché, le chef de la diplomatie burkinabé, Djibrill Bassolé, ainsi que l’ambassadeur Aboudou Touré Cheaka, représentant spécial de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ( CEDEAO) ont fait le déplacement de N’Djaména pour « compatir avec [ leurs] frères Tchadiens ».

Le président Déby Itno, le mine sombre et arborant un costume, une cravate et une canne noirs, les décore tous, à titre posthume, et les élève à des rangs supérieurs dans l’ordre de mérite militaire du Tchad.

L’armée tchadienne a annoncé dimanche avoir, en définitive, perdu vingt-trois hommes et tué quatre-vingt treize islamistes armés lors des violents combats de vendredi dernier dans l’Adrar des Ifoghas, à l’extrême nord-est du Mali, vers la frontière algérienne. Ces combats ont également fait une soixantaine de blessés dans les rangs tchadiens. Trois de ces blessés ont par la suite rendu l’âme, ce qui porte le total des morts à vingt-six.

« Ils ont défendu l’honneur et fait la fierté de notre armée et de toute la Nation tchadienne. Projetés à plus de 2.000 km de notre pays, nos vaillants soldats ont démontré à l’opinion nationale et internationale que le combat contre les terroristes, où qu’ils se manifestent, appelle une réaction prompte et nous impose la mutualisation des moyens et la synergie des actions de nos Etats », déclare dans son oraison funèbre, M. Bénaïdo Tatola, ministre délégué à la Présidence de la République du Tchad chargé de la Défense nationale et des Anciens combattants.

Vers 11 heures, les dépouilles des 26 sont portées dans de gros véhicules de transport militaire. Dans une procession funèbre, l’impressionnant cortège se dirige vers le cimetière de Farcha, à quelques mètres de la base aérienne.

Ce cimetière du 1er arrondissement de N’Djaména est plein à craquer depuis plusieurs années et il y est interdit d’inhumation. Mais à l’extérieur, l’on a exceptionnellement aménagé un carré pour les héros de la République. Une grande stèle sur laquelle sont gravés les noms des martyrs, y est dressée.

Un à un, les cercueils sont descendus des véhicules et posés devant les tombes. De grands trous creusés dans la terre ferme pour les soldats musulmans, selon la sobriété exigée par l’islam. Pour les soldats de confession chrétienne, ce sont des caveaux construits en matériaux durables. Au son de la musique militaire, les cercueils sont descendus dans les tombes, selon les rites musulmans et chrétiens.

Les leaders des trois grandes communautés religieuses du Tchad (musulmans, catholiques et protestants) se relaient pour prier en la mémoire des martyrs.

En dépit du lourd tribut qu’il vient de payer dans la campagne malienne, le Tchad est déterminé à soutenir ses soldats au Mali.  » Le peuple tchadien tout entier, sans exception, s’est joint unanimement à moi pour saluer la mémoire de ces héros de la liberté et de la paix du continent africain », a déclaré le président Déby Itno à l’ouverture du 42ème sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays de la CEDEAO, en milieu de semaine à Yamoussokro, en Côte d’Ivoire.

Vendredi, cette unanimité, rare dans l’histoire tumultueuse du Tchad, s’est fait encore ressentir. Dans toute la capitale et sur toute l’étendue du pays, les drapeaux ont été mis en berne. Les médias et lieux de culte n’ont pas arrêté de jouer de la musique militaire ou religieuse. Ecoles, bureaux, marchés ont été fermés toute la journée. Un décret présidentiel, publié trois jours plus tôt, avait déclaré le 1er mars « journée fériée et chômée ».

Même s’il est prêt à maintenir ses forces au Mali, voire à les renforcer, en dépit des pertes humaines, le chef de l’Etat tchadien qui a déployé un contingent de plusieurs centaines d’hommes au Mali, a exhorté ses homologues de la CEDEAO à déployer, dans les plus brefs délais, la force ouest-africaine chargée de prendre le relais des forces françaises.

« L’heure n’est plus aux discours moins encore à des nombreuses procédures, mais plutôt à des décisions. Des concertations sont certes nécessaires à la conduite de nos actions, mais l’ennemi n’attend », avait martelé le président Déby Itno à ses pairs ouest- africains.

Xinhua

 

 

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