Le Rdr a le bic bleu mais le peuple a le bic rouge

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Le taux de participation peu élevé dans de nombreuses élections, d’une façon générale, résulte de l’insatisfaction des citoyens à l’égard du fonctionnement des démocraties pluralistes.  Le régime démocratique nécessite un engagement citoyen. Cette affirmation part du concept même de démocratie – un régime politique qui se caractérise par le gouvernement du peuple, donc par l’engagement des citoyens dans les affaires de la cité. Lorsque l’équilibre politico-social est rompu, les citoyens boudent les élections.

En Côte d’Ivoire, les citoyens ont manifesté un réel intérêt pour les élections présidentielles de 2010, avec un taux de participation de l’ordre de 80%. La crise post-électorale a semé la peur dans le cœur des ivoiriens à tel point qu’ils ont tourné le dos aux élections législatives. Mais pour les élections  municipales et régionales du dimanche 21 avril 2013, le faible taux de participation ne s’explique pas par la peur.

Les ivoiriens sont simplement déçus de la gouvernance d’un Président qui cherche toujours les solutions aux problèmes des ivoiriens.

A travers ce texte, nous abordons les raisons profondes du faible taux de participation aux élections locales.

1. PRESENTATION DE LA SITUATION

Les élections couplées municipales et régionales du dimanche 21 avril 2013 se sont déroulées dans une atmosphère relativement calme malgré quelques heurts çà et là.  Il y a eu tout de même au moins un mort à Koumassi. De nombreux cas de fraudes ont été signalées partout sur l’étendue du pays.

En considérant les résultats partiels annoncés par la Commission Electorale Indépendante (CEI), les poids lourds de la politique sont terrassés au profit des candidats indépendants. En effet, les résultats de 82 circonscriptions proclamés par le porte-parole de la CEI, Inza Diomandé, donnent la majorité aux candidats indépendants qui obtiennent 32 communes contre 23 pour le Rassemblement des républicains (RDR) et 23 pour le Parti démocratique de Côte d’Ivoire(PDCI).

L’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) a obtenu selon ces premiers résultats, 3 communes, quand le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) s’en sort avec une seule.  La tâche noire de ces élections est le faible taux de participation. En termes de taux de participation, de nombreux observateurs parlent de 10 à 20%, les autorités ivoiriennes avancent elles, par la voix du porte-parole de la CEI, 30%. Si la confusion règne au sujet du taux de participation, ce qui est certain, c’est que ce taux de participation est largement en-dessous du taux de participation des élections en 2001, un taux avoisinant les 40%.

2. LES RAISONS DU FAIBLE TAUX DE PARTICIPATION

Les élections municipales et régionales n’ont pas connu l’affluence de la présidentielle de 2010, avec un record historique de 80%. En 2001, les municipales ont enregistré 41% de taux de participation.

Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer le faible taux de participation.

L’appel au boycott du FPI. Pour le FPI, le faible taux de participation est dû à son appel à boycotter ces élections.  Selon le communiqué signé du Dr Kodjo Richard,  » le taux de participation national oscille entre 13% et 15% » pour « la mascarade d’élections municipales et régionales ». Un taux de participation faible qui, à en croire le FPI, est à mettre à l’actif de son appel au boycott. « La direction du Front Populaire Ivoirien se félicite de l’écho favorable de son appel au boycott républicain’ peut-on lire dans le communiqué. Il est vrai que l’appel au boycott du FPI explique en partie le faible taux de participation mais les raisons sont plus profondes.

Le refus d’enrôler les nouveaux électeurs. La liste électorale actuelle comporte environ 6 millions de personnes. Cette liste laisse de côté de millions d’ivoiriens qui souhaitent participer à la vie politique de leur pays. En définissant une cohorte par un ensemble d’individus ayant vécu un même événement au cours d’une même période, il n’est pas faux de dire que quatre cohortes de jeunes en âge de voter sont exclues du débat politique en Côte d’Ivoire. Les interpellations n’ont pas manqué sur ce sujet. Le président de LIDER a souhaité la réouverture des listes électorales parce que le Ghana qui a une démographie semblable à celle de la Côte d’Ivoire, dispose de 14 millions d’électeurs pour à peine 6 millions en terre d’Eburnie. Le Chef de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire, Bert Koenders a préconisé lui également, l’actualisation de la liste électorale ivoirienne, afin qu’elle soit ‘’conforme’’ aux critères standards ‘’d’inclusivité et d’exhaustivité’’. En dépit de ces appels, le régime Ouattara a préféré des élections exclusives.

Le manque de confiance dans la CEI. La CEI est avant tout forclose. En effet, la CEI est forclose car elle a été mise en place pour organiser la présidentielle et les législatives : elle est donc aujourd’hui illégale. Se méfiant de ce qui est illégal, les ivoiriens ont préféré s’abstenir de voter. Les ivoiriens ont refusé de cautionner une CEI composée de civils et de militaires car aujourd’hui encore, la CEI comporte des éléments des anciens mouvements rebelles (MPCI, MJP et MPIGO). Pour les ivoiriens, la CEI est un instrument de tricherie électorale au profit du pouvoir en place, ils n’ont pas trouvé utile de voter et se faire voler les voix. Les ivoiriens n’ont pas tort de se méfier de la CEI car on explique difficilement le report de 24 Heures de la proclamation des résultats du scrutin. C’est d’ailleurs une première en Côte d’Ivoire et rien ne justifie au niveau technique ce report à l’ère de l’informatique et du multimédia. On a coutume, en Côte d’Ivoire, de proclamer les résultats des élections locales, la même soirée du vote à partir de 20 heures, une nuit électorale est même prévue à cet effet.

L’exclusion de l’opposition. Le régime Ouattara a refusé que l’opposition participe à ces élections par son refus d’accéder aux doléances des partis d’opposition. Cette dernière a estimé que le découpage électoral devrait obéir à des critères transparents connus d’avance et compris non seulement par les acteurs politiques mais également par les électeurs, pour qu’il soit effectué dans le cadre d’élections démocratiques, ouvertes et justes. La composition et la légalité de la CEI ont été au menu des discussions entre le gouvernement et les partis d’opposition. Les questions sécuritaires et celles liées au financement des partis politiques ont également été évoquées. Refusant la participation des partis d’opposition, le gouvernement a fixé de façon unilatérale la date des élections dans le seul dessein de trouver des postes aux cadres du Parti au pouvoir.

3. AU-DELA DE CES RAISONS, C’EST LE PEUPLE QUI SANCTIONNE LA GOUVERNANCE DE OUATTARA

« Les résultats nous permettront de nous assurer que nous sommes sur la bonne voie », telle est la déclaration que le Président Ouattara a faite après son vote à Cocody, le 21 avril 2013.

Les ivoiriens, à travers le faible taux de participation, ont voulu sanctionner la gouvernance du Président Ouattara.  Les ivoiriens sont simplement déçus d’un président qui n’arrivent pas à trouver l’embouchure du bien-être de son peuple. Les solutions tardent à venir. Lister ses promesses non tenues serait une œuvre quasiment impossible tant elles sont nombreuses. Le Président est champion dans les dépenses improductives, avec ses nombreux voyages, il est aussi adepte de la mauvaise gouvernance avec le développement de la corruption.

Les ivoiriens ont voulu dire au Président Ouattara qu’ils ne sentent pas les effets du taux de croissance de 8%. A la place du miracle annoncé, les ivoiriens vivent un mirage, et, ces élections sont l’occasion pour le peuple de dire non au Président Ouattara. Pendant que les ministres et proches du Président Ouattara multiplient les surfacturations et scandales, les ivoiriens, eux, sont de plus en plus pauvres.

Amadou Soumahoro, le tout bouillant secrétaire général par intérim du RDR aurait mordu la poussière devant le candidat du PDCI-RDA à Séguéla. Konaté Sidiki, le porte-parole des ex-rebelles a quant à lui reconnu sa défaite devant son adversaire. Cissé Bacongo serait également tombé à Koumassi. La défaite de ces nababs du RDR est le signe que tous les ivoiriens y compris les militants du RDR sont déçus de ceux qui nous gouvernent.

A l’instar d’un professeur qui use du stylo rouge pour ses corrections, le peuple de Côte d’Ivoire a voulu corriger la gouvernance du Président Ouattara.  La vie est dure sous le régime Ouattara  avec l’approfondissement de la corruption, les augmentations de prix, le recul des droits de l’homme, les emprisonnements arbitraires, le délestage partout. Excédé par un pouvoir sourd-muet et autiste, le peuple dit non au Président Ouattara.

Les ivoiriens refusent donc de laisser la conduite de la gestion décentralisée du pays aux mains de ceux qui n’arrivent pas à gérer le pouvoir central. C’est le message fondamental que le peuple de Côte d’Ivoire lance au Président Ouattara. Nous sommes fatigués de tes promesses, la vie est chère, on a faim, la vie devient de plus en plus dure, la fracture sociale s’accentue, tes proches s’enrichissent démesurément, nous te tournons le dos. C’est ce cri qui s’est manifesté dans le fort taux d’abstention.

Dr PRAO Yao Séraphin, délégué national et porte-parole de la Cellule de Veille de LIDER

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