Le petit bout de corde ou de fil

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Quel outrage ! Petit bout de corde pour celui-là aussi, celui qui tient le plus long bout de corde du pays, celui qui tire toutes les ficelles des institutions de ce pays ?

Le petit bout de corde ou de fil
Ke wo lea ye wo blana !
( On n’attache que ce qu’on a déjà attrapé ! )

Chacun tient un petit bout de corde dans la main, chasseur à l’affût, attendant la proie qui pourrait se présenter et qu’il attraperait, que personne ne lui disputerait ou au cas où quelqu’un voudrait la disputer, il serait bien en mesure de défendre…Les arguments, aussi bien physiques pour certains, que verbaux pour d’autres, ou encore les deux pour une troisième catégorie ne manquent pas ! Le petit bout de corde, de quelque dimension qu’il soit( en comparaison avec d’autres ) c’est très important et il ne faut pas le lâcher, même si l’on constate qu’il n’est pas assez solide, qu’il s’effrite, ou s’effiloche ou devient si court qu’il pourrait à peine attacher la moindre proie…Il vaut mieux faire croire aux autres, qui tiennent eux aussi leurs propres petits bouts, tiennent à leurs propres bouts, qu’on a quelque chose en main et qu’on n’a pas les mains vides. Le petit bout de corde que l’on brandit tout de suite aux yeux de tous, pour justifier son existence, pour un effet d’annonce, parfois en guise de menace, ou que l’on cache d’abord en attendant le bon moment. Brandissez donc, Mesdames, Messieurs, vos petits bouts de cordes bien colorés! Ce n’est parce que j’ai écrit récemment un article sur le sens qu’il faut me demander quel sens ont tous ces petits bouts de corde. Posez plutôt la question à ceux qui les brandissent. Ne dites à personne que c’est ridicule, que brandir le petit bout de corde ou le cacher ne sert à rien, puisque de toutes les façons…De toutes les façons quoi ? Il ne lui servira à rien ? Il vaut mieux qu’il le jette ? Que cette vieille corde-là est devenue inefficace, inutilisable… ? Il vous répondra : « Ka xoxo nu wo gbĩna yeyea đo (C’est à partir de l’ancienne corde qu’on tresse la nouvelle ) ! Même si l’ancienne est devenue si friable que la nouvelle n’y tiendra pas ? Erreur ! Si je n’ai plus l’ancienne à laquelle je m’identifie, l’ancienne que les autres reconnaîtront comme le signe de mon existence, existerai-je encore ? Laissez-moi avec le bout qui me reste, mais que je tiens bien en main! ».

Donc chacun croit encore aux vertus du petit bout de son ancienne corde, même si jusqu’à ce jour il n’a rien su attraper et donc rien pu attacher avec lui.

Voilà donc comment nous sommes un pays normal et même une démocratie normale ( ne dites pas malade! ). Normal, parce qu’un homme, supposé premier responsable de ce pays, supposé malade, disparaît, puis réapparaît…Et alors, n’est-ce pas normal qu’on réapparaisse lorsqu’on a disparu ? N’est-ce pas normal qu’on se montre après qu’on s’est caché ? Qu’on parle après qu’on s’est tu…toujours avec son petit bout de corde ? Quelle insolence ! Quel outrage ! Petit bout de corde pour celui-là aussi, celui qui tient le plus long bout de corde du pays, celui qui tire toutes les ficelles des institutions de ce pays ? Oui, mais qu’arrive-t-il vraiment à lier avec ce bout, même le plus long du pays ? Mais, il arrive à lier…tout ce qui est « liable ». Tout ne s’est quand même pas effiloché, effrité, parti à la dérive dans le pays ! Tout n’a quand même pas foutu le camp…La preuve, c’est que, alors que tout le monde se demandait où sont les institutions, où est l’élu ( ou plutôt qui est élu et qui n’est pas élu ) ? il est apparu, l’élu, le lieur, si vous voulez. Et que dès sa réapparition, il nous a à nouveau liés. Enfin, il a lié ceux qui doivent être liés et les langues se sont déliées, qui étaient un temps muettes.

L’élu ! Donc, pas de confusion. Enfin, élu ou pas, on sait bien qui est chef de file et qui est chef des Cordes. Chacun concède à l’autre le loisir de lier qui il veut, qui il peut, d’autant plus que ce n’est pas au nombre de ceux qu’on a réussi à lier que se joue le jeu politique dans ce pays. Nous sommes une démocratie normale, pas malade! Et l’homme qui a disparu, puis est réapparu, le Chef des Cordes, a bien un visage, donc une tête, des pieds, des bras. Il n’est donc pas…je ne vais pas employer le mot, pour ne pas fâcher, raviver la polémique. Et le Chef des Cordes, qui distribue les galons comme dans l’armée ( en mina, on dit des cordes) est notre modèle de démocratie à tous, parce qu’il est toujours resté attaché au vieux système mis en place par son père, ou plutôt, il attache toujours bien le système, en sorte que qui voudrait s’en détacher, qui est tenté de s’en détacher sait bien ce qui l’attend, ce qu’il risque et le redoute. Tous ceux qui étaient dans les cordes y reviennent promptement. Ne me demandez pas si c’est par le cou, par les reins ou par les pieds qu’il tient ceux qu’il a attachés.

Liées, les institutions que l’on croyait à la débandade. Mais, certains concitoyens, inquiets, avaient quand même, dans une lettre ouverte, demandé au président de la Cour Constitutionnelle de constater la vacance du pouvoir ! Vacance de quel pouvoir ? Dans quel pays ? Lettre ouverte! Pétition ! Vous croyez que c’est ce qui manque dans ce pays ? Ce qui a jamais manqué dans ce pays ? Ce n’est pas à coup de lettres ouvertes ou de pétitions qu’on sortira ce pays des cordes. J’ai même perçu une certaine ironie dans la démarche qui a consisté à rédiger cette lettre ouverte : ses auteurs sont bien conscients que, pas plus que les lois, les protocoles, les accords, les projets de réformes etc., d’où qu’ils viennent, à quelque niveau qu’ils aient été conçus, à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, les lettres ouvertes, les pétitions ne sauraient lier en quoi que ce soit le Chef des Cordes et les institutions qu’il tient dans sa main. Alors, enfilez, Mesdames, Messieurs lettres ouvertes, pétitions, déclarations, communiqués, recommandations, résolutions, même les plus résolus, à loisir, vous n’inquiéterez nullement le pouvoir Gnassingbé qui les sait déjà cassables à la moindre épreuve. Pourquoi? Eh bien simplement parce qu’il s’appelle Gnassingbé et qu’aucune loi divine ou humaine ne saurait lier un Gnassingné. Un Gnassingbé, c’est fait pour lier les autres et non pas pour être lié.

À moins que votre pétition ou votre lettre ouverte se transforme en une solide chaîne d’au moins trois millions de maillons, toute nouvelle, un évangile nouveau ou plutôt une sorte de zođuđu yeyea ou encore nublabla yeyea, testament nouveau auquel tous croient vraiment.
En attendant, eh bien, personne ne vous empêchera de brandir vos petits bouts de corde ou de fil en chantant et en dansant gaiement.

Sénouvo Agbota ZINSOU

 

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