Le MCD et le combat pour la démocratie

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Me Tchassona Traoré n’a pas justifié sa rupture d’avec le PDR et son chef par le fait que ce dernier ait fini par faire clairement du PDR un allié objectif du régime contesté et du RPT contre l’opposition démocratique.

Cet article a été publié en mai 2007. Nous le proposons à nouveau parce qu’il est d’actualité en raison de ce qui se passe au niveau des deux regroupements qui obstruent le devant de la scène politique et au sein de chacun des deux. Exemple schématique : les conflits ouverts dans la Coalition Arc-en-ciel par la désignation de Dodji Apévon comme candidat de l’opposition pour 2015.

La CDPA-BT réaffirme que les regroupements électoraux qui se font sur la base du principe désastreux de la compétition entre partis d’opposition pour le pouvoir ou pour la première place parmi les partis d’opposition pendant que le régime de dictature est encore en place avec tous ses attributs ne peuvent pas permettre à la lutte d’opposition d’atteindre son objectif. Parce qu’ils se font à la va-vite pour montrer qu’on est nombreux et qu’on est plus fort que les autres partis d’opposition.
Nous devons repenser la lutte d’opposition pour la démocratie.

Paris, le 12 octobre 2014.
E. BOCCOVI, Responsable de la section CDPA-BT France.

Le paysage politique togolais ne cesse de s’enrichir de nouveaux partis. Le mode de scrutin proportionnel adopté pour les prochaines législatives a véritablement accéléré le mouvement. Le nombre total des partis dépasse aujourd’hui la cinquantaine. Le MCD est un exemple de ces nouveaux partis suscités dans la perspective des élections du 24 juin. Le MCD est le Mouvement Citoyen pour la Démocratie et le Développement (MCD). Il est créé par un certain Tchassona Traoré le 10 février 2007.

Me Tchassona Traoré était membre du Parti pour la Démocratie & le Renouveau (PDR) dont le chef est Zarifou Ayeva. Zarifou et Kodzo (CPP) se sont alliés au RPT –et donc au régime d’Eyadema– depuis 2004. Ce sont eux qui, de l’opposition, ont accompagné Kofi Sama à Bruxelles pour soutenir le régime lors de la signature des 22 engagements le 14 avril 2004. Et depuis, ils ont étroitement collaboré avec le pouvoir en place, et ont toujours pris le parti du RPT contre l’opposition dite radicale dans toutes les questions essentielles qui oppose le régime à l’opposition.
Comme Kodzo, Zarifou était ainsi devenu ministre de Faure Gnassingbe après les sanglantes répressions qui ont suivi les élections d’avril 2005. Ayeva est toujours ministre d’État, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement dit d’union nationale.

Me Tchassona Traoré n’a pas justifié sa rupture d’avec le PDR et son chef par le fait que ce dernier ait fini par faire clairement du PDR un allié objectif du régime contesté et du RPT contre l’opposition démocratique. Au contraire, il justifie la création de son parti par “ tous les échecs que nous avons connus jusqu’ici incombent en partie à l’opposition.” Il laisse entendre que le MCD “veut élever le débat”, éviter que “le Togo ne soit plus divisé en deux, un nord et un sud qui se battent”. Il fustige bien entendu le tribalisme et le régionalisme. La démocratie, dit-il, “n’est pas le combat contre le système en place”. Elle “n’a rien à voir avec ce que vous entendez par bloc contre le RPT ” a-t-il affirmé.

On voit la couleur.

Quand on a demandé à Me Tchassona d’éclairer l’opinion sur les causes de la rupture “hier inimaginable” (Le Regard…) entre le PDR et lui, il répond que “cela relève de ce qu’on peut qualifier de petites querelles de quartier”, et que “ce n’est pas ce qui intéresse les Togolais.” Ce en quoi il a d’ailleurs raison. Ce qui intéresse les Togolais est en effet infiniment plus grave que les “petites querelles” entre chefs qui se battent pour des ambitions personnelles.

A propos du processus politique généré par le 12e dialogue et qui est en cours vers les élections législatives, Tchassona affirme qu’il connaît des difficultés “prévisibles”, sans expliquer l’origine de ces difficultés. On a certes un gouvernement d’union nationale dit-il, « mais on n’a pas une grande lisibilité de l’action gouvernementale. » Il parle alors de cafouillis, de crocs en jambe entre le premier ministre et les autres ministres de “son” gouvernement. Puis il annonce brutalement que “dans tous les cas, nous allons aux élections”. Des élections “d’où sortira un gouvernement qui, certainement, aura les moyens de sa politique.” conclut-il.

Les déclarations de Me Tchassona et les orientations politiques du MCD méritent qu’on y réfléchisse, et si possible qu’on en débatte publiquement. La confusion créée et entretenue dans les esprits depuis 1990 par le pouvoir et quelques partis d’opposition d’alors est déjà grande. Elle aussi a largement contribué à l’échec dont parle Me Tchassona. Il faut donc éviter d’en rajouter, en particulier pour des questions aussi sensibles que la division nord/sud, l’attitude de l’opposition vis-à-vis du régime dictatorial, les rapports qui doivent exister entre les partis d’opposition et le RPT…

Comme on le répète si souvent, Tchassona aussi parle de façon ambiguë de division du Togo en deux, en laissant croire qu’il y a “un nord et un sud qui se combattent”. En réalité le Togo n’est pas divisé en deux. C’est le colonisateur qui avait institué dans les années 1954-1956 la division nord/sud pour opposer les Togolais entre eux afin de créer des difficultés aux indépendantistes et continuer de maintenir le pays sous la domination coloniale par cette voie. Ceux qui ont fait le coup d’État de 1963 ont repris cette division à leur compte en instrumentalisant “les populations du Nord” pour s’en servir afin d’asseoir leur domination et opérer tranquillement le pillage du pays. C’est dans ce but qu’ils ont érigé le tribalisme et le régionalisme en méthode de gouvernement, surtout à partir de 1967, pour pouvoir asseoir le système de dictature. Me Tchassona ignore peut-être ce point d’histoire et ce n’est certainement pas de sa faute.

C’est aussi pour ces raisons (érection du tribalisme en méthode de gouvernement, opposition des groupes humains les uns aux autres, instrumentalisation de certaines catégories de la population…) que le régime Eyadema est un système politique inacceptable, et qu’il faut le changer, démocratiser.

La seule division qui existe au Togo depuis l’institution définitive de la dictature militaire en 1967 est celle qui oppose jusqu’aujourd’hui le système de dictature à la masse de la population opprimée. C’est ce qui justifie l’insurrection populaire du 5 octobre 1990 et la revendication du changement politique exprimé dans la rue par “20 ans, ça suffit”.
Ce qui était en cause depuis 1990, et qui le reste jusqu’à présent, n’est ni la personne d’Eyadema, ni celle de Faure Gnassingbe, ni tel ou tel personne du RPT ou de l’armée. Ce qui est en cause, c’est le régime politique oppresseur. Parce qu’il est inadmissible. Et c’est sur le RPT en tant qu’institution que s’appuie ce régime pour se maintenir et poursuivre l’oppression de la population et le pillage des ressources du pays.

Ceux qui se battent pour la fin du système de dictature, et qui réclament les libertés démocratiques ne peuvent chérir en même temps le RPT et le système d’oppression qui l’utilise pour se pérenniser, ni chercher dans ce système ce qui est bon ou ce qui est mauvais. Il est bon pour la minorité qui s’en sert pour opprimer le peuple afin de piller le pays. Il est mauvais pour la masse de la population qui subit l’oppression et qui vit dans la misère, précisément parce que les richesses du pays sont pillées ou gaspillées du fait de la nature du régime de dictature.

Dire qu’on “peut trouver de mauvaises personnes au sein du Rassemblement du Peuple Togolais” [RPT] comme on peut en trouver dans l’opposition est une manière d’entretenir la confusion dans les esprits. Le problème politique togolais ne se pose pas en termes de “bonnes personnes” ou de “mauvaises personnes”. Il ne se pose qu’en termes d’intérêt contradictoires et de rapports de force à modifier.

Enfin, dire que “la démocratie est le combat contre le système en place” est aussi une façon d’entretenir la confusion. D’abord, la démocratie n’est pas un combat. C’est une doctrine politique. Elle repose sur le respect de valeurs telles que la liberté, l’égalité, la citoyenneté, la souveraineté du peuple, la justice sociale. La démocratie est ainsi à l’opposée de la dictature, du totalitarisme, d’une gestion opaque et crapuleuse du bien public. La démocratie est pour la dictature ce que le jour est pour la nuit.

Un régime de dictature ne se transforme pas de lui-même tout d’un coup ou progressivement en un régime de démocratie. Nécessairement donc, ceux qui veulent vivre dans un régime de démocratie sont tenus de combattre la dictature et ses tenants, et de le faire jusqu’au bout. C’est l’histoire qui nous le dit. Mais ils ne peuvent arriver à mener ce combat avec succès qu’en se mettant ensemble pour se donner une organisation politique d’opposition efficace.

Si l’on ne dit pas ces choses clairement, si on les dit de manière à entretenir la confusion dans les esprits et si on les dit de façon à créer un sentiment de culpabilité chez ceux qui osent dire non au système d’oppression afin de pouvoir vivre libres et dignes dans un régime démocratique, alors on fait le jeu du pouvoir en place. Et le lit de la dictature.
Fait à Lomé, le 7 Mai 2007

Pour la CDPA-BT
Son Premier Secrétaire
Prof. GU-KONU
 

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