Le Dialogue-inter togolais : De l’euphorie à la désillusion !

0

La légèreté avec laquelle les participants ont survolé ces sujets importants montre qu’ils n’avaient pas réellement la volonté d’engager des réformes devant aboutir à la transformation profonde des institutions actuelles et une réelle transformation des conditions de vie de la grande masse des togolais. A en croire le communiqué publié le 28 mai 2014, tous ces points n’ont pas fait l’objet d’accord consensuel.

Pour la CDPA-BT la question du jour n’est pas la recherche d’un hypothétique consensus, mais comment faire pour que le rapport des forces soit inversé en faveur de l’opposition. Et cela n’est possible qu’avec une bonne organisation de masse où l’opposition agira ensemble comme une seule force, non pas dans la division, mais dans l’ordre et la discipline, et c’est à ce prix seulement que le changement politique est possible. Deux mois après avoir reçu certains responsables des partis politiques, le Premier Ministre a ouvert le dialogue inter-togolais le lundi 19 mai 2014 sur les instructions de Faure Gnassingbé.

Ce dialogue devrait durer jusqu’à la fin du mois de mai. II réunit exclusivement des délégations des partis parlementaires et six partis non parlementaires de l’ARC EN CIEL. Au sortir de la première rencontre le19 mai, un consensus semblait se dessiner. Toutes les parties prenantes avaient manifesté leur satisfaction d’avoir enfin obtenu un cadre de dialogue autre que celui de l’Assemblée Nationale; un cadre dont le statut n’est même pas clairement défini. On ne sait pas quelles sont les attributions assignées à ce cadre : cadre décisionnel, cadre de débats, cadre de dialogue politique, cadre permanent de dialogue, cadre de concertation comme celui prévu par l’APG ?

Ces questions méritent d’être posées. Si le statut du cadre était clairement défini, le dialogue aurait pu éviter l’incident du 26 mai provoqué par Mr. Wolou Komi membre du Parti socialiste pour le Renouveau et Mr. Zeus Ajavon, coordonnateur du CST, qui n’ont pas de représentation à l’Assemblée nationale, mais qui voulaient participer au dialogue, l’un sous la bannière de l’ADDI, et l’autre sous la bannière de l’ANC. On peut d’ailleurs s’interroger sur l’intention réelle de ces deux juristes du CST qui savaient que seuls les différents partis parlementaires sont invités à cette réunion et devaient être représentés par quatre membres (deux titulaires et deux suppléants par délégation).

De la même manière, on peut se demander à quel titre certains partis non parlementaires(la CDPA et l’UDS) sont-ils présents au dialogue? Sont-ils des titulaires ou des suppléants du CAR, ou de la Coalition ARC-EN-CIEL? Cette question aussi mérite d’être posée, parce que la présence de ces deux partis accentue la confusion qui entoure ce dialogue. Mais elle ne semble pas avoir grand intérêt pour les participants à ce dialogue. Pour eux, le fait d’avoir obtenu un cadre de discussion autre que l’Assemblée nationale, est déjà une victoire, particulièrement pour « leur chef de file », Jean Pierre Fabre. On donne le sentiment de n’avoir pas compris que le plus important n’est pas le cadre de discussion, mais ce qui en sortirait, et comment allait-t-on en obtenir l’application ? Si, le régime a finalement accepté de donner raison à Jean Pierre Fabre en créant ce cadre de dialogue dont le courant majoritaire s’est tant réjouie, alors qu’il proposait l’Assemblée nationale, c’est qu’il sait que ce cadre est dépourvu de toute légitimité. Selon le communiqué publié à l’issue de la première séance et signé par tous les participants, les discussions ont permis de s’accorder sur la mise en place d’un bureau provisoire du dialogue et douze points ont été retenus sur l’agenda. En réalité, le fait pour le régime d’avoir fait un compromis sur les points retenus à l’ordre du jour laisse penser au final que les participants au dialogue reviendront, en dernier ressort, à l’Assemblée nationale comme Faure Gnassingbé l’avait laissé entendre à Jean Pierre Fabre.

Les parties prenantes au dialogue n’ignoraient pas de toute façon que c’est l’Assemblée nationale qui légifère et confère force de lois à tout texte adopté par elle. Le dialogue avait pris un rythme accéléré depuis le 26 mai. Neuf des douze sujets retenus avaient été expédiés en trois jours. Certains des neufs points posaient pourtant des problèmes extrêmement graves pour l’avenir du pays et méritaient par conséquent d’être débattus en profondeur. Par exemple : le régime politique, la nomination et les prérogatives du premier ministre, les conditions d’éligibilité du Président de la République, la durée et la limitation du mandat présidentiel, l’institution du sénat, la réforme de la cour constitutionnelle, le mode de scrutin de toutes les élections, les mesures d’apaisement du climat politique, et l’amélioration du cadre électoral. La légèreté avec laquelle les participants ont survolé ces sujets importants montre qu’ils n’avaient pas réellement la volonté d’engager des réformes devant aboutir à la transformation profonde des institutions actuelles et une réelle transformation des conditions de vie de la grande masse des togolais. A en croire le communiqué publié le 28 mai 2014, tous ces points n’ont pas fait l’objet d’accord consensuel. Et ce n’est pas surprenant de voir le régime prévenir qu’il est hors de question de faire traîner les réunions pendant des mois, d’autant que le rapport qui en sortira, quelque soit l’issue du dialogue, devra « servir de socle à des projets ou propositions de lois avant le scrutin présidentiel de 2015…. »

Une manière de rappeler que c’est à l’Assemblée nationale que revient le dernier mot, et de faire tomber les illusions créées par la « bonne ambiance et l’optimisme affiché » au début. Et le courant majoritaire de l’opposition, se prêtant à ce « dialogue du faire semblant », n’a pas à s’ étonner de l’échec constaté le mardi 3 juin 2014 et à faire semblant d’en être déçu. Car tout cela était prévisible. On espère que les Togolais ont enfin compris que le jeu de l’opposition et du pouvoir a consisté à se retrouver, juste pour « relever des points d’accords et de désaccords ». Ce jeu traduit l’échec « du dialogue politique », que les uns et les autres auraient confondu, aux yeux de l’évêque d’Atakpamé, à « un débat » où « les uns cherchent à convaincre les autres ». La CDPA-BT avait déjà donné son point de vue sur ce 25 ème dialogue. Elle estime que la participation des partis du courant majoritaire est en elle-même un échec pour l’ensemble de l’opposition. Il n’est donc pas étonnant de voir le régime se réjouir de cet échec. Pour lui, comme le dit le Facilitateur « ces discussions n’avaient pas pour vocation de se substituer aux institutions, notamment l’Assemblée nationale ». Les partis d’opposition impliqués dans ce dialogue le savaient bien eux aussi. La CDPA-BT déplore que le courant majoritaire de l’opposition, ait encore donné une belle occasion au régime de se conforter devant la Communauté internationale.

La CDPA-BT rappelle, que tant que le courant majoritaire de l’opposition poursuivra sa politique « du faire semblant » en participant aux dialogues dans n’importe quelle condition, le régime continuera de les rouler dans la farine et de se pérenniser à jamais. En conséquence, pour la CDPA-BT la question du jour n’est pas la recherche d’un hypothétique consensus, mais comment faire pour que le rapport des forces soit inversé en faveur de l’opposition. Et cela n’est possible qu’avec une bonne organisation de masse où l’opposition agira ensemble comme une seule force, non pas dans la division, mais dans l’ordre et la discipline, et c’est à ce prix seulement que le changement politique est possible.

Paris, le 9 juin 2014

Pour la CDPA-BT,

Le Secrétaire de la Section de France Emmanuel Boccovi

Laisser une réponse