Le crépuscule des chacals

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  Si un fakir m’avait dit que M. Alassane Dramane Ouattara—qui s’est présenté comme le modèle de démocrate, le ‘‘technocrate avisé du monde de la haute finance internationale’’, le chantre du ”vivre ensemble” et de la lutte contre “l’arbitraire”—serait l’homme qui ferait le requiem de l’unité nationale, et donnerait un visage si hideux à la Côte d’Ivoire comme c’est le cas aujourd’hui, je serais resté sceptique et peut-être lui aurais-je craché au visage.

« Rattrapage ethnique »

Mais la réalité des faits actuels de la société ivoirienne m’incline à voir que la Côte d’Ivoire coule sous la gouvernance de M. Alassane Dramane Ouattara arrivé au pouvoir par la volonté des gouvernants de ce monde (USA, France et ONU).

L’une des premières actions reprobatives de Ouattara en accédant au pouvoir, fut de mettre les fonctionnaires de l’Etat au chômage pour délit de patronymes tout en leur reprochant d’avoir fait leur travail sous l’administration de l’ancien président M. Laurent Gbagbo. Aujourd’hui, des fonctionnaires qui ont servi la Côte d’Ivoire sous différents régimes sont au chômage pour avoir servi sous M Gbagbo.

Dans le même élan, il entreprit une épuration dans l’armée en remplacant les hommes qualifiés par les milices à sa solde—jeunes désoeuvrés en majorité de l’ethnie Dioula qui ont aidé à sa prise du pouvoir.

Et comme il n’a pas de ressource humaine qualifiée pour remplacer tous les fonctionnaires de l’armée, il procéda au ‘‘désarmément’’ de l’armée de métier, de sorte que celle-ci—policiers, gendarmes et hommes de rangs—travaillent aujourd’hui sans armes. Seules les milices mentionnées plus haut, y compris les chasseurs traditionnels de la confrérie Dozo se pavanent dans les rues, armes au poing comme dans un film western.

C’est cette milice qui s’apparente à une horde de chacals drogués à satiété sans foi, ni loi et prête à faire la peau à ceux qui ont une opinion différente de celle de l’administration ouattarienne qui sert d’armée à la Côte d’Ivoire.

Avec la mise au chômage des fonctionnaires et l’épuration de l’armée, Monsieur Alassane Dramane Ouattara consacre ce qu’il appelle lui-même le ‘‘ratrappage ethnique’’.

Liberté démocratique et civiles au point mort

L’opposition dite ‘‘pro-Gbagbo’’ est muselée et l’expression démocratique—liberté de rassemblement, de manifestation et d’expression de la différence politique que consacre la constitution ivoirienne est inexistente. Aujourd’hui, oser exprimer son opposition au régime Ouattara en Côte d’Ivoire c’est se retrouver en prison si ce n’est signer son arrêt de mort. La constellation milice et Dozo (forces armées acquises à la cause de Ouattara), cette horde de chacals obnibulée par le port des armes et qui fait regner une psychose de peur dans la population, est un cocktail qui sème la désolation sur son passage.

Enlèvements, incarcérations arbitraires et abusive, justice sélective, donc impunité des supporters de Ouattara: Voilà le lot quotidien des populations sur les rives de la Lagune Ebrié.

La reconciliation aux oubliettes

Avec le ‘‘ratrappage ethnique’’ qui consacre la mise à l’écart des cadres non-nordiques dans l’administration et dans l’armée, M.Ouattara crée un procédent historique dans la gestion du pouvoir en Côte d’Ivoire en se présentant comme le chef de l’Etat qui se souci moins de l’unité nationale et de la création d’une nation ivoirienne.

Peut-être cela prend-il encrage dans l’idéologie ouattaraïste qui veut que la Côte d’Ivoire s’étende jusqu’au Burkina-faso, terres de ses descendants? Il serait aléatoire le dire, toujours est-il cependant que Ouattara semble moins préoccupé des frictions que sa politique pourrait créer dans la consolidation de l’unité nationale ou non.

En effet, la Côte d’Ivoire est faite d’un ramassis de plus d’une soixantaine d’ethnies condamnées à vivre ensemble et le devoir de tout chef d’état en Côte d’Ivoire devrait être sinon consolider l’unité nationale, du moins créer les conditions de son existence.

Or, qu’observe-t-on après 10 ans de crise politico-militaire qui commenca en septembre 2002 avec la tentative de coup d’état contre l’administration de M. Laurent Gbagbo dont M. Ouattara lui-même fut le cerveau?

Eh bien, M. Ouattara fait arrêter tous ceux qui sont en conflit avec lui suite à la crise post-électorale oubliant qu’il a, lui, une très grande part de responsabilité dans les dégats que la crise a produite en terme de perte de vies humaine et destruction de biens matériels.

Monsieur Ouattara veut engager une réconciliation nationale, mais il se veut au-dessus de tout soupcons. Il traîne dans son sillage des seigneurs de guerre qui ont commis les crimes les plus odieux sur les civils depuis la rébellion de 2002, mais il les couve et les couvre car ceux-là sont les ‘‘libérateurs de la Côte d’Ivoire’’, selon la formule consacrée dans le camp du pouvoir. Ils n’ont commis aucun crime dans l’entendement de M. Ouattara car ils ont contribué à lui donner le pouvoir d’Etat.

Les fautifs c’est les autres…C’est biensûr Gbagbo et ses partisans ! Et ceux-là, ils sont tous détenus ou en exil. Même en exil avec droit d’asile politique, le pouvoir les poursuit pour les extrader.

Plus de 48% de l’opinion—si l’on s’accorde avec les résultats donnant Ouattara vainqueur de l’élection présidentielle—est muselée et les acteurs principaux de cette frange de la population sont incarcérés ou en exil forcé. Il ne crée pas de conditions de retour des exilés. Il ne veut pas libérer les détenus

Mais il veut se réconcilier! Avec qui donc? Comment se reconcilier alors que l’une des parties du conflit est flagelée, piétinée, muselée et même inexistante? Pire, la Commission Vérité et Réconciliation qu’il a lui-même porté sur les fonts baptismaux est une coquille vide car n’ayant pas les moyens moraux de sa politique.

Peut être que M. Ouattara veut faire croire qu’il a la volonté de réconcilier les Ivoiriens, mais plus de 48% de la population qui a soutenu l’ex-président Laurent Gbagbo ne se retrouve pas dans sa logique et le fossé de la fracture sociale va devenant béant.

Les FRCI continuent les exactions sur les civils dans tout le pays et il ne se passe de jours sans que l’on ne découvre des fosses communes dans l’ouest de la Côte d’Ivoire où le peuple Wê souffre le martyre d’avoir soutenu l’ex-président Laurent Gbagbo.

Les dernières sorties d’Amnisty International et du Conseil de Sécurité de l’ONU critiquant sa politique témoignent du caratère inquiètant des actions destructrices menées par le régime de M. Ouattara sur les populations civiles.

En somme, le navire Ivoire va à vau-l’eau depuis l’arrivée au pouvoir de Ouattara avec son ballet de chacals puants et rugissant au palais, portant sur leurs têtes des ballots de mal gouvernance que sont le “rattrapage ethnique’’, le bafouement des libertés démocratiques et le louvoiement des valeurs républicaines en Côte d’Ivoire.

Aucun peuple ne peut se laisser piétiner à jamais et le crépuscule des chacals s’annonce imminent et brutal…

Blay-Azu Dali

 

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