L’appel du FPI au PDCI, un appel à la prise de conscience

0

« (…) Frères et sœurs du PDCI, le moment du grand sursaut national est venu. Resserrons nos rangs pour faire barrage aux prédateurs. Rassemblons-nous, pour défendre la Nation en péril. Nous n’avons que cette Patrie, alors défendons-là ensemble, au risque de disparaître tous ensemble, quand l’on nous demande de vivre ensemble chez nous, sans nous ».

Extrait d’un appel qui apparait comme un violent uppercut du FPI (front populaire ivoirien), au RDR (rassemblement des républicains). Sonné et le temps de reprendre ses esprits, c’est le tollé général dans son propre camp et celui du PDCI (parti démocratique de Côte d’Ivoire), deux partis alliés au sein d’une coalition dénommée RHDP (rassemblement des houphouétistes pour la paix).

Dans un contexte de campagne électorale (municipale et régionale) marqué par de multiples violences entre alliés d’une même coalition, il n’en fallut pas plus au RDR pour reprendre l’étendard de la xénophobie et de l’ultra-nationalisme – supposés – du FPI. Au PDCI, la réaction est plus édulcorée. La réaction n’est pas celle du bureau politique, mais de Niamkey Koffi porte-parole du président de ce parti. « Le président Bédié n’est pas intéressé par l’appel du FPI », affirme t-il face aux préoccupations de ‘’Le Patriote’’, quotidien proche du RDR – dont on devine bien – le souci d’apaiser les craintes des militants du parti qu’il a pour mission de défendre bec et ongle.

Mais la plus ahurissante des réactions aura été celle d’un certain Venance Konan – le contraire nous aurait étonné – patron de Frat-Mat, quotidien pro-gouvernemental. Dans un brûlot titré « Alliance », il s’est essayé – comme à son habitude – à voler au secours de son employeur et homme fort du régime en place. Disons, en des termes plus précis qu’il a couru protéger son gagne-pain, et ce, de la plus triste des manières:

Dans le texte en question, il décrit – entre autres – le FPI comme un parti qui a « acquis le pouvoir par la violence » ; qui a « régné dans la violence » et qui « a refusé de respecter les voix des ivoiriens par la violence ».

Posons plutôt deux ou trois questions au sieur Venance Konan, cette girouette et caisse de résonnance d’un régime aux abois. Cet homme qui, s’il n’était pas mû par les convictions dictées par son estomac, aurait pu être plus lucide dans ses écrits: pourquoi passe t-il sous silence les crimes commis par la rébellion armée de Soro Guillaume ? La descente de cette rébellion sur la partie sud du pays – lors de la crise post-électorale – et les massacres occasionnés, notamment à l’ouest qu’en dit-il ? N’était-ce pas de la violence ? Et les bombes françaises qui ont précédées l’arrivée au pouvoir de son mentor Alassane Ouattara, faisaient-elles partie de ce qu’on pourrait appeler un « processus pacifique d’accession au pouvoir » ?

En tout état de cause, Venance Konan fait partie – et c’est bien dommage ! – de ces gens qui n’ont pas encore compris que le chemin vers la paix et la réconciliation pour ce pays réside non pas dans une lecture biaisée et travestie des faits, mais bien dans la restitution sans passion ni faux-fuyants de tout ce qui a conduit au drame que vit cette nation depuis plus de 20 ans.

Retenons – donc – qu’au-delà de toutes ces réactions plus ou moins épidermiques et de toute fausse apparence dont s’habille la coalition RHDP, le malaise est plus profond qu’on ne le croit. L’appel du FPI au PDCI vient – pour ainsi dire – sonner le glas du péril en la demeure. A maintes reprises, n’avons-nous vu cette alliance politique au bord de l’éclatement, n’eut-été le chantage honteux consistant pour le chef au pouvoir de menacer de remettre en question le partage du gâteau ?       En effet, l’effondrement d’une alliance qui ne repose finalement sur rien de solide, sinon sur la « mangecratie » n’est qu’une question de temps.

Que le PDCI accepte de jouer le rôle du dindon de la farce au profit du RDR ou du chien que l’on contente avec des morceaux bien viandés…, en d’autres termes, que le PDCI réduise son existence à jouer les seconds rôles, tant mieux. C’est son choix.

Mais qu’il s’allie aux prédateurs venus sucer le pays jusqu’à la moelle, qu’il se fasse complice de gens qui se galvaudent dans l’impunité, piétinent les droits humains les plus élémentaires, violent avec acharnement les lois que nous nous sommes, nous-mêmes données, est inadmissible.

Ainsi, l’appel du FPI n’est pas qu’un appel au ralliement. C’est un appel à une prise de conscience. A un sursaut d’orgueil. Avant qu’il ne soit trop tard. Avant que les ivoiriens ne se remettent – une fois de plus – aux décompte macabre de  leurs semblables.

Alors, vu l’urgence et, si tant il est vrai que ce parti fait de la préservation de l’intérêt supérieur du peuple ivoirien, l’une de ses vertus et non de la course aux postes juteux, il ne doit plus se taire, ni fermer les yeux sur les graves dérives – du RDR – son allié au pouvoir. En cela, il aura le mérite, même s’il ne s’allie pas de façon formelle au FPI, de se démarquer de tous ces aventureux politique plus avides de gloires  et d’intérêts personnelles que le pays dont ils disent présider aux destinées.

Saluons la justesse et la clairvoyance de cet appel du FPI qui arrive à un moment où tous s’accorde à reconnaitre que le régime en place a fini par se vautrer dans une justice sélective, avec en toile de fond un refus de toute contradiction et une sorte d’auto-complaisance dans ce qui apparait comme une embellie économique de façade. Saluons cet appel qui arrive – donc –  à point nommé. Et osons croire que de l’autre côté, il se trouvera des oreilles attentives et des personnes encore lucides – prêtes à se libérer des chaines de cette alliance de dupes – pour en mesurer la portée.

N’en déplaise à ceux qui, au nombre des pro-Gbagbo, ou dans l’opposition voient d’un mauvais œil cet appel, car en définitive, que serait la politique si elle ne devrait se limiter à la seule expression de « politique pour la politique » ? Si elle ne visait pas, au-delà même des alliances qui se font et qui se défont, le bien-être de ceux pour qui l’on est sensé faire la faire, c’est-à-dire des ivoiriens ?

Marc Micael

[email protected]

 

 

 

Laisser une réponse