La Russie revendique son rôle d’allié indéfectible du régime syrien

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Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a rappelé son attachement à une solution politique, négociée « entre Syriens », dans le cadre de la conférence dite de « Genève 2 ».

Depuis le début de la crise syrienne, jamais la Russie n’a bougé d’un pouce, répétant inlassablement son opposition à toute ingérence militaire étrangère. Pourtant, ce lundi, le chef de la diplomatie russe a convoqué en urgence une conférence de presse, pour tenter de faire entendre sa voix, chaque jour plus inaudible. «Cette situation nous inquiète au plus au point. L’hystérie monte, la confrontation couve (…) On assiste à une concentration massive de moyens militaires dans la région», s’est alarmé Sergueï Lavrov, avant de dénoncer l’empressement des Occidentaux à imputer à l’armée syrienne la responsabilité de l’attaque chimique du 21 août, sans attendre les conclusions des experts de l’ONU. «Ils ne peuvent pas nous montrer les preuves, mais ils nous disent que la “ligne rouge” a été franchie et qu’on ne peut plus attendre», a relevé le ministre, cinglant.

«Moi, je n’affirme rien», a-t-il insisté, tout en avançant que «politiquement, et militairement, le gouvernement syrien n’avait aucun intérêt à utiliser des armes chimiques», au moment même de l’arrivée à Damas des inspecteurs de l’ONU. Sergueï Lavrov a également fait cas des «nombreux experts, y compris aux États-Unis et en Grande-Bretagne» qui mettent en doute les «preuves» présentées par l’opposition syrienne. Pour la Russie, il est donc impératif d’attendre l’examen du rapport des experts de l’ONU par le Conseil de sécurité. Lancer une intervention militaire sans le blanc-seing du Conseil de sécurité, comme le suggère notamment la Grande-Bretagne, serait «une violation grossière du droit international.»

« Politiquement, et militairement, le gouvernement syrien n’avait aucun intérêt à utiliser des armes chimiques »

Sergueï Lavrov

Interrogé sur la réaction russe en cas d’intervention unilatérale des Occidentaux, Sergueï Lavrov a répondu, presque lassé, par le sous-entendu: «Évidemment, nous n’avons aucune intention de faire la guerre à qui que ce soit.» En Irak, comme au Kosovo ou en Libye, a-t-il rappelé, la Russie a laissé faire, sans autre arme que ses protestations à l’ONU. Au risque de répéter une phrase mille fois entendue, Sergueï Lavrov a martelé son attachement à une solution politique, négociée «entre Syriens», dans le cadre de la conférence dite de «Genève 2.» Annoncée début mai par la Russie et les États-Unis, cette initiative n’a toujours pas emporté l’aval de l’opposition syrienne, qui continue à faire du départ de Bachar el-Assad une condition sine qua non à la tenue de négociations.

Très sévère sur le bilan des dernières campagnes occidentales au Proche et Moyen-Orient, le chef de la diplomatie russe a mis en garde les Occidentaux contre l’inconséquence de leur politique: «Comme je l’ai dit à mon ami Laurent Fabius, au Mali, les Français ont aidé à combattre les groupes terroristes qu’ils avaient armés et soutenus en Libye.» Un argument fait sien par Bachar el-Assad, qui paradait hier en une du quotidien russe Izvestia: «On ne peut pas être pour le terrorisme en Syrie et contre au Mali.»

À la fébrilité occidentale, Moscou oppose finalement cette question: «Quel est votre plan?»John Kerry, son homologue américain, n’a pas répondu, regrette Sergueï Lavrov. Or, insiste-t-il, «ceux qui pensent qu’il suffit de bombarder des cibles gouvernementales pour s’assurer la victoire sont dans l’illusion. La guerre civile continuera.»

Madeleine Leroyer

 

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