LA DIFFICILE UNION DE L’OPPOSITION TOGOLAISE

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J’ai lu avec grand intérêt la réflexion faite par le professeur GUN KONU sur mon article paru sur le site de Le Togolais.com en août dernier. Il n’est pas de mon intention de répondre à l’argumentation développée par mon collègue. Je me permets cependant de rappeler que l’ADDI n’a pas fusionné avec l’UFC. Depuis l’accession du pays à l’indépendance, la lutte de la population togolaise a un objectif simple : être libre en vue d’assurer l’amélioration de ses conditions de vie. Son aspiration pour plus de démocratie, clairement exprimée après 1990, était sensée l’aider à réaliser cet objectif légitime.

Et pourtant, comme dans des temps que l’on aurait cru à jamais révolu, ce désir a été inhibé par des ambitions dévorantes des tenants d’un régime politique peu soucieux du bien être de ses concitoyens. Le 27 avril 2010 sera une étape importante de l’histoire de notre pays : le Togo indépendant aura 50 ans. Pour toutes les Togolaises et pour tous les Togolais, l’indépendance du pays n’est pas une propriété ni de l’UFC ni de Gilchrist Olympio. Et je suis convaincu qu’ils le perçoivent ainsi. C’est une propriété nationale, une victoire du peuple togolais. Un acquis que nous devons tous chérir et tous protéger. Il y a deux ans, le Ghana a fêté dans une allégresse générale et dans un faste extraordinaire le cinquantième anniversaire de son indépendance. Combien de Togolaises et de Togolais n’ont rêvé à une manifestation analogue dans notre pays ? A la veille de cette date anniversaire, qu’est ce que le Togo peut présenter à la communauté internationale ? Un pays divisé ; un pays avec les deux tiers de sa population vivant dans une pauvreté abjecte. Du fait de l’arrogance, de l’irresponsabilité et de l’insouciance du régime en place, la classe politique n’arrive pas à présenter une solution consensuelle à quelque problème que ce soit. Ce régime n’a pas honte de se faire traîner à l’étranger pour toutes solutions auxquelles il devrait penser s’il était préoccupé par la construction d’une nation unie. Pour tout problème de football, nous courrons à Zurich ! Pour tout problème de la CENI, nous courrons à Ouagadougou !

Pour tout problème de développement, nous courrons vers les bailleurs de fonds ! Pauvre Togo et pauvres Togolais. C’est dans ce contexte que doivent s’inscrire nos réflexions pour dégager la stratégie idoine de l’opposition plurielle pour garantir l’alternance à la suite des élections présidentielles de 2010. Les Togolaises et les Togolais, qui constituent un peuple de paix et de non violence, ont aussi le droit de vivre dans la sérénité et de croire en un avenir meilleur. Il n’y a en fait rien de plus grand qu’un lendemain meilleur. Notre incapacité d’y arriver relève de notre responsabilité. C’est ensemble que nous devons trouver la solution à la crise togolaise. L’échec est et demeurera collectif. Il est évident que la responsabilité de la situation que nous vivons dans le pays incombe incontestablement d’abord au régime en place. Mais l’opposition doit aussi reconnaître son incapacité à bouter le régime en place hors de l’exécutif contribuant ainsi à la détérioration des conditions de vie de nos compatriotes. Cet échec, nous devons le partager et l’assumer. Il ne s’agit pas d’avoir émis d’excellentes idées.

Il ne s’agit pas de dire demain que j’avais fait telle proposition qui, si appliquée, aurait pu nous sortir de la crise. Il ne s’agit pas non plus que demain l’on reconnaisse que j’avais raison. Il s’agit de réussir à convaincre mes compatriotes afin qu’ensemble nous travaillons pour la réalisation de l’alternance politique qui sera le début de la construction d’une nation unie et prospère. A quoi servirait-il d’avoir raison si mes actions n’ont pas permis à mes concitoyens de vivre sans avoir faim, d’envoyer leurs enfants à l’école ou soigner un membre de leur famille qui tombe malade ? Quelle satisfaction dois-je ressentir d’avoir raison si des parents voient l’avenir de leurs enfants compromis par la dégradation des conditions matérielles de nos établissements publics les obligeant à s’entasser par centaine dans nos écoles publiques ? Comment puis-je prétendre avoir eu raison si des jeunes étudiants sont contraints de se lever à 4heures du matin pour avoir une place dans un amphithéâtre et pour étudier dans des conditions déplorables ? A quoi servira t-il d’avoir eu raison si pour entrer dans la fonction publique, le plus gros employeur du pays, il n’est pas nécessaire d’être méritant mais d’être un sympathisant du RPT ? Serait-je content de mes actions ou de mes réflexions d’aujourd’hui alors que des concitoyens qui se lèvent tôt et se couchent tard pour avoir de quoi survivre avec leur famille, continuent à se faire spolier par des agents sensés les protéger ou leur fournir les services auxquels ils ont droit ? Je préfère avoir tort, si les mesures, contraires à celles que j’aurais soutenues, mises en œuvre aujourd’hui permettent à mes concitoyens de vivre décemment et de croire que demain sera meilleur qu’aujourd’hui.

Beaucoup d’observateurs pensent que la candidature unique de l’opposition est une condition nécessaire pour la victoire de l’opposition. Le choix d’un candidat unique est indissociable de l’élaboration d’un programme de gouvernement à mettre en œuvre en concertation avec l’éventuel candidat qui aurait été choisi. C’est unie derrière Mahatma Gandhi et le parti du congrès, que l’Inde a pu faire pression sur la toute puissance impériale britannique pour son indépendance. C’est unis derrière Nelson Mandela et l’ANC, que les noirs d’Afrique du Sud ont réussi à vaincre l’apartheid. Mahatma Gandhi n’a pas été chef de l’exécutif en Inde ; Nelson Mandela l’a été en Afrique du Sud. L’UFC n’est ni le Parti du Congrès de l’Inde de Gandhi, ni l’ANC de Nelson Mandela de l’Afrique du Sud. Mais l’UFC est le parti le plus populaire du Togo. Cependant, l’UFC a des lacunes. Parmi elles, les plus importantes et non des moindres sont notamment : (i) des militants de ce parti tendent à penser qu’ils sont les seuls héritiers de ceux qui ont lutté pour l’indépendance du pays et donc à considérer LEUR PARTI comme une résurrection du CUT. Ces militants, peut être pas nombreux, oublient que les Togolaises et les Togolais, engagés dans la lutte pour plus de démocratie au Togo, sont des descendants de parents qui n’avaient pas nécessairement appartenu au CUT ou voter pour les candidats du CUT et qui dans certains cas ont même subi des affres des milices de ce parti ; et (ii) une direction ne reflétant pas son assise nationale.

La résolution de ces deux problèmes est déterminante pour un Togo uni et une alternance sans esprit de vengeance. Mahatma Gandhi et Nelson Mandela, ont été de « grands » chefs de famille, car ils ont réussi à maintenir leur « famille » unie. Gilchrist Olympio n’est ni Gandhi ni Nelson Mandela. Mais il est le leader politique le plus populaire du pays. S’il veut assurer ce rôle de chef de famille de l’opposition, il a le devoir de réussir la même chose : rassembler l’opposition plurielle et non vouloir que tous les opposants se retrouvent nécessairement dans son parti. Un chef de famille ne peut dire qu’il n’a pas réussi à assumer cette responsabilité parce qu’un des membres de l’opposition a eu un comportement répréhensible. Il faut cependant reconnaître que parfois dans la famille, il peut avoir certains membres qui poursuivent d’autres agendas. En Inde, nous nous rappelons, qu’en dépit de son jeûne, Mahatma Gandhi n’avait pas réussi à maintenir la classe politique unie : il n’a pas réussi à convaincre Muhammad Ali Jinnah, qui a participé à la lutte pour l’indépendance de l’Inde, de ne pas soutenir la théorie des deux Nations (Inde pour les indous et Pakistan pour les musulmans). Nous nous rappelons également qu’en dépit des efforts de conciliation, Nelson Mandela n’avait pas réussi à empêcher que l’ANC et l’Ikanta Freedom Party du chef Mangosuthu Buthelezi participent aux élections historiques de 1994 en rang dispersé après des violences inouïes qui se sont traduites par d’innombrables tueries. La tâche est un peu plus difficile au Togo. En effet, la pratique de tous les partis politiques et leurs leaders qui se disent les plus importants du pays (CAR ; CDPA ; PDR ; UFC ; UTD/ CPP !) et également d’autres partis politiques que l’on considère de second rang dont la CDPA-BT et des associations conduit à la conclusion suivante : l’UFC et son leader n’ont pas le monopole ni de l’arrogance ni de manque de considération pour les autres, etc. L’ambition parfois irréaliste, chez certains de nos illustres présidentiables, est nihiliste et est souvent à la dimension de l’imagination de l’homme, voire de la bêtise humaine : illimitée comme dirait Einstein. Nous avons à l’esprit la formule choc de « retour de l’ascenseur » du CAR ; nous nous rappelons de la « manifestation spontanée » des jeunes de « l’opposition » pour soutenir le choix du Secrétaire Général de la CDPA comme candidat unique de la Coalition aux élections présidentielle de 2005.

Nous ne pouvons pas également ignorer la proposition du responsable de Sursaut Togo consistant à s’allier à l’UFC pourvu qu’il soit désigné candidat par ce parti. Etc. Mais ces difficultés doivent-elles nous faire reculer ? En ayant à l’esprit toutes ces difficultés, il revient à Gilchrist de poursuivre inlassablement la mission de réconciliation de la famille de l’opposition. Je suis surpris que des Togolaises et des Togolais, qui adhèrent à cette stratégie, disent attendre que l’opposition choisisse un candidat unique qu’ils vont ensuite soutenir. Sont-ils des observateurs/spectateurs du drame qui se joue dans notre pays ? Or, c’est ensemble et avec discernement que nous devons définir les critères pour le choix de ce candidat unique.

Tchabouré Aimé Gogué Président de l’Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI)

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