L’écrivain Jean Pliya a rejoint l’autre bout de la vie

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 La vie est pour moi un grand festin où l’on partage de bonnes choses

L’écrivain de notoriété internationale, le Béninois Jean Pliya, âgé de 84 ans, est décédé le 14 mai 2015 à Abidjan en Côte d’Ivoire où il était en mission.

Originaire de la cité historique d’Abomey, l’écrivain a vu le jour le 21 juillet 1931 à Djougou dans le septentrion béninois. Aussi bien connu au-delà notamment au Togo, en Côte d’Ivoire, au Niger et au Cameroun, Jean Pliya, était un grand spécialiste des questions d’éducation. Il avait conjointement animé avec ses collègues togolais, feu Hermann Koffi Attignon et Emmanuel Gu-Konou, le Département de Géographie à l’Institut d’Enseignement Supérieur, ancêtre de l’actuelle Université de Lomé.

A la fois conteur, dramaturge, romancier, nouvelliste, Jean Pliya a produit des textes et ouvrages touchant bien de domaines notamment le théâtre, la poésie, l’histoire, la nutrition et la diététique, la santé….. Ses œuvres littéraires les plus connues sont entre autres ; l’arbre fétiche, un recueil de nouvelles primé en 1963, les pièces de théâtre ; Kondo, le requin, consacré au légendaire roi Gbéhanzin (Grand Prix littéraire d’Afrique Noire en 1967) et La Secrétaire particulière, une satire qui dénonce les mœurs bureaucratiques dans l’administration africaine et identifiée 2éme prix du Concours Radiophonique de l’OCORA, à Paris en 1967….

Ecrivain à la plume alerte et sensible, Jean Pliya avait effectué ses études secondaires dans les années 1940 au Bénin et en Côte d’Ivoire avant de les poursuivre à l’Université de Dakar au Sénégal puis à Toulouse en France. Licencié en Géographie en 1955 avant d’obtenir son CAPES quelques années plus tard, il était un Professeur certifié d’Histoire et de Géographie. Il avait l’Histoire et la Géographie pendant de longues années à Cahors et à Lyon en France, à Porto-Novo et à Cotonou au Bénin. On le connait aussi bien au Togo où il avait été Assistant de Géographie de 1969 à 1972 puis à Niamey au Niger.

Au –delà de sa carrière d’enseignant et de Recteur de l’Université nationale du Bénin, Jean Pliya, qui a soutenu avec brio en 1976 une thèse de doctorat en 3è cycle de Géographie sur « La pêche continentale et maritime dans le Sud-Ouest de la République du Bénin », avait par ailleurs mené des activités politiques et administratives dans son pays natal, le Bénin. Ancien député, il a été notamment Directeur de cabinet du Ministre de l’Education de 1960 à 1963 ; Ministre de l’Information et du Tourisme, Directeur de cabinet sous la présidence du Général Christophe Soglo.

Ecrivain au parcours jalonné par de nombreux prix et distinctions, Jean Pliya a aussi mené d’intenses activités à l’Unesco pour avoir été Membre de la Commission Internationale de Réflexion sur le Développement futur de l’Education, UNESCO, Paris de 1979 à 1981 et Membre titulaire du Conseil d’Administration et du Comité Permanent de l’Institut de l’UNESCO pour l’Education (Hambourg), de 1980 à 1983.

Aussi engagé sur le plan religieux et connu en Afrique, en Europe et dans les Antilles, Jean Pliya était un responsable de premier plan du Renouveau Charismatique Catholique au Bénin. Le grand intellectuel et père de 7enfants, a quitté le cercle des littéraires pour rejoindre à l’autre bout de la vie, des collègues écrivains émérites qu’étaient Paul Hazoumé, Ferdinand Oyono, Félix Couchoro, David Diop, Birago Diop, Mongo Béti, Ousmane Socé Diop, Yves –Emmanuel Dogbé, Ahmadou Kourouma, Tchicaya U Tam’si, Aké Loba, Camara Laye, Sembène Ousmane…

© Ekoué Satchivi

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Entretien avec Jean Pliya, reçu dans l’ordre du Mérite National:« Je suis très honoré et très ému que le Conseil des ministres ait décidé de m’accorder cette distinction »
août. 12 La Une 1 comment
 
Jean Pliya, « Je dirai aux jeunes d’avoir le désir de réussir. Qu’ils aient de l’ambition saine. Celle qui permet de réaliser le meilleur de soi-même. …»
 
Beaucoup plus connu comme Ecrivain, figure influente de la littérature béninoise et africaine, Jean Pliya est Professeur d’Histoire et de géographie avec une thèse de doctorat de 3ème cycle de géographie. Personnalité remarquable de l’éducation nationale, il est aussi un acteur politique dans l’histoire nationale entant que Député pour le compte de la circonscription de Tindji. Octogénaire depuis le 21 juillet dernier, les générations abreuvées à l’école à la source de ses écrits saluent un homme de lettres brillant. Ceux de la période de sa participation aux affaires politiques reconnaissent un Révolutionnaire engagé. A l’occasion de cet anniversaire, le Chef de l’Etat s’est proposé d’honorer l’homme en l’acceptant dans l’ordre de mérite national. Dans cet entretien, Jean Pliya accepte la reconnaissance de son pays avec grande modestie et sens du devoir envers sa Nation.
 
L’Evénement Précis: Professeur Jean Pliya, l’année 2011 est une année jubilaire pour vous. Quatre vingt ans déjà sur cette terre, remplis certainement de joie mais aussi d’épreuves.
 
Jean Pliya: Je pense qu’un homme vaut ce que lui-même a compris pour les responsabilités qu’il a. Vivre simplement est une responsabilité car il y en a eu qui n’accepte pas de vivre. Ça n’a pas été mon cas. Nous sommes heureux de savoir que nous sommes vivants. Et la vie est un cadeau quelles que soient les difficultés que l’on éprouve.
 
Et être arrivé à 80ans, je peux vous dire que c’est un peu une surprise car on ne les voit pas arriver. Quand on a une vie pleine, une vie longue, je prédis quand on a une vie donnée, partagée, la vie est allégée. Mais quelqu’un qui est replié sur lui-même, c’est lourd à porter. C’est un Ecrivain comme moi qui a dit que « Rien ne vaut la saveur d’un pain partagé ». La vie est pour moi un grand festin où l’on partage de bonnes choses. Des choses qu’on n’a pas toujours faites soi-même.
 
C’est pourquoi je suis reconnaissant pour mes parents car tout petit, quand je revenais de l’école, ils ne m’obligeaient à quoi que ce soit pour mon repas. Quand il y a la nourriture, je passe à table. La vie est donc un cadeau mais aussi un privilège quand nous pensons à ceux de notre génération qui ne vivent plus. C’est vraiment un cadeau du Roi et on ne le mérite pas vraiment. C’est pourquoi il faut en prendre soin.
 
Vous avez consacré votre vie au système éducatif béninois et à l’éducation de l’homme en général. Comment êtes-vous venu à ce choix de vie ?
 
Je peux dire que c’est une vocation. Lorsque j’étais en dernière année à l’école Victor Ballot, alors que les amis de mon père envoyaient leurs fils en France pour la profession de Médecin très prestigieuse dans le temps, moi ma passion était la lecture. Et j’aimais raconter ensuite ce que je lisais aux collègues qui étaient devenus mon petit public, très intéressé par mes histoires. Et puisque je n’étais pas parmi les plus nantis parmi les internés de l’école, je profitais de cette qualité de petit Conteur pour poser habilement des conditions aux amis qui, les uns m’offraient une boîte de sardine les autres un petit truc.
 
 Ce qui m’a amené à beaucoup lire pour pouvoir raconter. Donc très vite j’ai eu envie de devenir « Maître » pour pouvoir raconter à d’autres. Et je me suis mis en tête de devenir « Professeur » sans m’imaginer tout ce que ça retournait. Pour mon père, si je dois aller en France continuer les études, c’est pour devenir Médecin. Et je ne suis pas parti alors que tous mes dossiers étaient préparés. Alors j’ai dû suivre le circuit normal d’escargot à savoir l’Ecole normale de Darboux, l’Université de Dakar etc.
 
 Et finalement je suis arrivé en France. Mes amis étaient « Docteur » (Médecin) et moi Professeur et on se retrouve sur le même terrain. J’ai découvert que je suis appelé à la vie pour l’enseignement. Et le mot « vocation » signifie « Appel ». Et je me suis rendu compte que quand on enseigne à des jeunes, c’est comme si on mettait de la bonne graine en terre. Et de voir leurs yeux intelligents qui accueillent tout ce que vous dites, ça vous donne un pouvoir de Créateur. Et ces jeunes, de les voir devenir ce qu’ils sont, ce qu’ils doivent devenir, on est comblé. C’est une forme d’accouchement.
 
Quels souvenirs gardez-vous de votre passage à la direction de cabinet du ministre de l’éducation nationale puis comme ministre de l’Information et du Tourisme ?
 
On ne va pas à l’école pour devenir Directeur de Cabinet. C’est donc un poste politique, le choix d’un homme sur un autre pour coopérer avec le ministre. J’étais professeur au Lycée Béhanzin quand le Président de la République avait demandé au ministre de l’éducation Michel Ahouanmènou et au Dahoméen qui était au Lycée de lui proposer un Directeur de cabinet. Et le choix de mes camarades s’est porté sur ma personne. Et ce ministre me faisait vraiment confiance et ça m’honorait.
 
Et en retour je voulais l’honorer. L’un de mes souvenirs de ce poste est relatif à un séminaire que le ministre a organisé pour galvaniser les enseignants par rapport à leur métier. A cette occasion, le ministre m’a demandé de prononcer le discours en son nom. Ça a été incroyable ! Ce qui a marqué ce discours est une histoire de la guerre d’indépendance de l’Amérique latine que j’ai essayé d’exploiter. On recherchait un homme qui devait joindre les révolutionnaires perdus dans les forêts amazoniennes. Retrouver ce Chef de guerre était une condition sine qua non de la fin de la guerre. Le Général de guerre américain a longtemps recherché cet homme qui pouvait porter le message.
 
Alors un jour, un homme se présentait sans protocole et sans condition pour s’offrir en ce messager. Et sans s’interroger sur les risques et péripéties de cette aventure dans la forêt a transmis la lettre du Général au Chef de guerre Garcia dans la forêt. Il a assumé sa responsabilité en Homme. Alors la conclusion de cette histoire le Dahomey a besoin des hommes qui sont déterminés, qui ne ronchonnent pas, qui ne passent pas leur temps à contester ce que le Patron a dit, qui n’objecte pas tout le temps. Nous voulons des porteurs de messages à Garcia pour le Dahomey.
 
A ce poste j’ai vu passer les enseignants, les parents d’élèves, les demandeurs d’emploi etc. Et dans cette « faune », j’ai pu avoir de bons échantillons des hommes de la société. Et je notais les portraits. C’est là que je vais observer le défilé des personnages qui vont apparaître plus tard dans ma pièce La Secrétaire Particulière…
 
C’est le ministre de l’Education avec qui j’ai collaboré qui m’a proposé à Maga pour être ministre de l’Information et du Tourisme en 1963. Mais j’ai pris le train en marche à l’avant dernière station quand les mouvements sociaux grondaient déjà. Et puis à la fin des années 64, comme c’était une fonction occasionnelle, j’étais retourné à la craie, Enseignant de Géographie au Lycée Technique Coulibaly à Cotonou. Par la suite, élu Député de façon extraordinaire par les populations à la base au titre d’un des quatre Représentants de la circonscription de Tindji au Parlement présidé par le Taïrou Kongakou. Et comme avec mes ouvrages on savait que je sais écrire, on m’a nommé 1er Secrétaire à l’Assemblée Nationale.
 
Un tour à la tête de l’Université Nationale
 
Avec l’avènement de la Révolution marxiste léninisme qui devait accoucher de l’Ecole Nouvelle, j’ai été repéré puisque j’étais homme de l’éducation faisant des propositions d’orientations sur le secteur. Et c’est ainsi qu’après le rassemblement à l’Ecole Normale de Porto-Novo, j’étais chez moi un jour quand on est venu m’annoncer que je suis nommé Recteur de l’Université Nationale. J’ai demandé les raisons et on me faisait savoir que j’accomplis bien les missions qui me sont confiées. Mais curieusement on a greffé à cette mission celle de conduire l’Ecole Nouvelle. Une mission pour laquelle je n’ai jamais eu de bureau. Et donc j’ai agi en Recteur de l’Université.
 
Qu’est-ce qui justifie votre engagement pour la littérature ?
 
J’aimais la littérature. D’autres ont écrit et j’ai aimé et j’ai voulu écrire pour que d’autres aiment. Et donc c’est par goût un peu comme pour l’enseignement et l’art de transmettre. Et puis quand vous lisez de belles choses, vous avez envie de parler bien. C’est pour cela que j’étais bien en rédaction. Et puis vous comprenez la pensée des autres de façon facile : en lecture expliquée, j’étais bien. Maintenant quand on est un jeune homme et qu’on grandit, il y a une révolution de puberté dans le corps.
 
Et le jeune recherche à ce moment précis, celui à qui confier une partie de son bouillonnement. Beaucoup de jeunes se font alors des copains et copines. Moi après une déception, je me suis résolu à être mon propre confident. J’ai alors créé mon cahier-journal où je racontais au jour le jour, mes affaires, mes aventures. Cela m’a suivi depuis l’âge de 18 ans que j’ai eu le brevet jusqu’à l’université.
 
Le Chef de l’Etat à travers le ministère de l’enseignement supérieur, se propose de vous rendre hommage en vous décorant dans l’ordre du mérite national. A quelques heures de cette distinction, quels sentiments vous animent ?
 
Je remercie de tout cœur le Ministre de l’Enseignement supérieur qui a dû certainement proposer au Chef de l’Etat de m’accorder cette distinction. Voilà pourquoi je remercie aussi le Chef de l’Etat car s’il n’en était pas convaincu, on ne lui aurait pas imposé cela. Je suis très honoré et très ému que le Conseil des ministres ait décidé de m’attribuer cet honneur, l’ordre du mérite national. Je vous assure que j’ai été habitué à recevoir des prix pour des livres écrits. Mais je me pose alors la question de savoir ce que j’ai fait qui est méritant. J’y réfléchis depuis que le Chef de l’Etat m’a fait l’insigne honneur de m’annoncer qu’il m’accordera cette décoration.
 
Quels conseils avez-vous à l’endroit des jeunes ?
 
Je dirai aux jeunes d’avoir le désir de réussir. Qu’ils aient de l’ambition saine. Celle qui permet de réaliser le meilleur de soi-même. Il faut qu’ils apprennent à savoir pourquoi ils sont là. Et je dis toujours nous ne nous appartenons pas. Nous appartenons à notre pays et à notre famille et à la société. Si tu veux rendre les autres heureux tu es automatiquement heureux. Il faut que les jeunes aient de l’ambition et aiment le travail et ne pas chercher à tromper. Il faut qu’ils apprennent à maîtriser leur liberté car l’homme n’est pas celui qui lui fait ce qui lui passe par la tête.
 
Réalisation Médard GANDONOUet Emilienne Fayomi 

 

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