KKB à propos de la présidentielle d’octobre : «L’éventualité d’un second tour s’avère suicidaire pour Ouattara»

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Ne nous y trompons pas. Monsieur Ouattara ne veut pas de réconciliation 

De retour d’un séjour de plus d’un mois en Occident, Kouadio Konan Bertin dit KKB, député PDCI de Port-Bouët et candidat déclaré à la présidentielle d’octobre 2015, a animé une conférence de presse le mercredi 15 avril 2015 à son QG, aux II plateaux.
Après avoir situé sa tournée américaine et européenne du 13 mars au 13 avril 2015 dans le cadre de la stratégie internationale de sa campagne à Washington et Paris, KKB a, dès l’entame de ses propos, exprimé ses appréhensions quant aux conditions d’organisation de la présidentielle d’octobre 2015. Des appréhensions qu’il a sous-tendues par un soupçon de fraude de la part d’Alassane Ouattara, Président- candidat à sa réélection. « Les mêmes causes produisant les mêmes effets, je n’ai cessé de le dire à l’encontre de cette administration électorale prise en otage par le candidat Ouattara. On me dira qu’il y a eu une notable ouverture à ce niveau. Dans le fond, rien n’a changé. Encore que je n’étais pas candidat lorsque je combattais cette CEI et son président Youssouf Bakayoko.

Maintenant que je le suis au même titre que monsieur Ouattara, les autres ayant déclaré les leurs, attendez-vous à ce que ce débat soit ouvert. Partout où je suis passé, nos compatriotes n’aspirent qu’à une seule chose : la pacification de ce scrutin. Une élection présidentielle n’est pas le rendez-vous avec la mort, l’angoisse et les menaces, etc. Mais plutôt une célébration de la démocratie qui doit consacrer le changement dans le suffrage du peuple. (…) Les conditions d’organisation des élections à venir en Côte d’Ivoire, la mise en place d’un processus de fraude massive, l’existence d’ingrédients d’un passage en force du président sortant pour voler au peuple sa victoire, incitent au pessimisme quant à la volonté des tenants actuels du pouvoir d’organiser des élections transparentes, libres, justes et crédibles avec des observateurs qui vont suivre de bout en bout le processus.

Quand on met en place de façon inconstitutionnelle une Commission électorale prétendument indépendante et qu’on modifie de la même manière, en dehors de tout scrutin référendaire un code électoral taillé sur mesure pour se donner une longueur d’avance sur ses éventuels concurrents, et quand on s’échine à prendre la tête de toutes les CEI locales et départementales, on crée les conditions d’une gestion autocratique du jeu électoral qui n’augure pas des élections démocratiques crédibles et apaisées. Il n’y a pas de mystère qu’on veut organiser une fraude massive pour l’emporter dès le premier tour, parce que l’éventualité d’un second tour s’avère suicidaire. Nous dénonçons cette organisation aux apparences légales d’une tricherie à grande échelle accompagnée de la mise en place sournoise d’un environnement intimidant et de violence. Jusqu’à ce jour, de nombreux ex-combattants ayant combattu aux côtés de la rébellion se promènent dans la nature avec armes et munitions.

Jusqu’à ce jour, des milliers de “dozo’’ occupent encore, hélas, des villages entiers dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, se permettant même parfois de s’octroyer des pouvoirs de force de police et de maintien de l’ordre, au vu et au su des autorités préfectorales et sous-préfectorales. Quand on se rappelle que toutes ces forces non régulières ont combattu aux côtés de la rébellion qui a porté le candidat Alassane Ouattara au pouvoir, on ne peut que craindre qu’ils ne reprennent du service pour la même cause. On ne peut aussi que craindre pour la sécurité des candidats et des populations qui voudront exercer leur droit de vote. (…) Pour ce faire, il importe au Président Ouattara de garantir un environnement fiable pour que ces élections soient affectives et non craintives. Cela commande de lui et de son administration électorale des attentes objectivement perceptibles pour ne plus opérer et coopérer avec des instruments des élections de 2010 », a-t-il déclaré.

Dans la foulée, le candidat KKB a appelé à mettre hors-jeu Youssouf Bakayoko, le président de la CEI, et la société Sagem (chargée de la révision de la liste électorale et de la confection des cartes d’électeur pour les élections de 2010) afin de rassurer tous les candidats sur la transparence du prochain scrutin présidentiel. Il a ajouté que la recomposition du paysage politique par la coalition naissante de l’opposition, doit contraindre Alassane Ouattara et son administration électorale à reconsidérer la restructuration de la CEI.

Ouattara m’a trahi

Au cours des échanges avec la presse, KKB a dit se sentir trahi par Alassane Ouattara après son accession au pouvoir. Et il l’a expliqué en ces termes : « Je n’ai jamais été débordant d’amour pour Ouattara. Mais pour Bédié, je l’ai été. Et je l’ai démontré pendant une douzaine d’années. (…) Je me suis senti trahi par Alassane Ouattara. Il m’a trahi parce qu’en le portant au pouvoir, j’étais convaincu que les valeurs d’houphouétisme que nous portions étaient des valeurs de tolérance, de pardon et de réconciliation. Jamais Houphouët n’aurait encouragé une politique de vengeance. Je ne m’inscris jamais et jamais je n’aurais cautionné une politique de vengeance, une justice instrumentalisée. C’est pour cela que je me sens trahi. Je ne reconnais pas cette politique comme étant la politique d’Houphouët-Boigny. Deuxièmement, il est clair que je refuse la mort du PDCI-RDA. Si mon vote doit déboucher sur la mort du PDCI-RDA, alors je me suis senti trahi. Pour rien au monde, je ne peux accepter que le PDCI meure. Or ce que Ouattara nous propose aujourd’hui, ce n’est rien d’autre que de phagocyter et de tuer définitivement le PDCI ».

Sur son soutien à Ouattara à la dernière présidentielle, KKB s’est également justifié : « Avions-nous le choix en 2010 si nous voulions la paix ? Croyez-vous que le pays aurait été débarrassé dans une certaine mesure des armes si Gbagbo avait été déclaré vainqueur des élections en 2010 ? Si Gbagbo avait été déclaré vainqueur de ces élections, nous serions encore dans une Côte d’Ivoire coupée en deux, les armes aux poings. Des personnes tenaient des armes et disaient que tant que Ouattara n’est pas Président de la République, ils ne baisseraient pas les armes. Pour les Ivoiriens, nous avons fait le sacrifice. Cela ne veut pas dire que j’accepte que le PDCI meure ou que je veuille cautionner une politique de rattrapage ethnique et de vengeance », a-t-il fait savoir.
Condamnation de ses propos du 11 avril à Abobo

Parlant des propos tenus par Alassane Ouattara à l’occasion de la commémoration du 11 avril, KKB a fait le commentaire suivant : « Le Samedi 11 avril dernier, le Président Ouattara lors de son allocution à Abobo, a tenu des propos qui ne garantissent pas la réconciliation. Nous avons pu entendre : “Depuis quand a-t-on vu une justice de vaincus ? (…) Ils nous auraient tous tués. (…) Je n’enverrai plus personne à la CPI’’. Lorsqu’un Chef de l’Etat co-animateur de la crise postélectorale tient à la face de la nation de tels propos, n’est-ce pas là le signe d’un mépris pour la réconciliation tant souhaitée par tous les peuples ?

Encore qu’il a confié ce travail à une institution. Qu’attend-t-il pour rendre publiques les conclusions de la CDVR ? Ne nous y trompons pas. Monsieur Ouattara ne veut pas de réconciliation ».

Le jusqu’au-boutisme de KKB : candidat PDCI et non du PDCI

Compte-t-il se présenter à la présidentielle de 2015 sous la bannière du PDCI ou en tant que candidat indépendant ? « J’entends partout que je travaillerais pour X ou Y. Rien n’arrêtera mon projet auquel mes compatriotes ont déjà adhéré. Qui peut sérieusement croire en de telles allégations ? Ma détermination est sans faille et je vous réaffirme une fois encore que j’irai jusqu’au bout. (…) Je suis candidat PDCI-RDA ? Je ne dis pas que je suis candidat du PDCI. Les deux sont différents. Je ne suis pas candidat du PDCI de Bédié. Qui peut nier que je suis un militant du PDCI-RDA. Les populations de Yamoussoukro, Bouaké, Bocanda, Tiébissou et autres villes m’attendent dans l’allégresse pour mon investiture », a répondu KKB.

A propos de l’investiture imminente d’Essy Amara

Concernant les informations qui font état de l’investiture imminente du candidat Essy Amara, autre candidat issu du PDCI à la présidentielle de 2015, KKB a d’abord indiqué que l’ancien ministre des Affaires étrangères, Banny, Kablan Brou et lui sont issus du PDCI. Il a ensuite précisé : « Nous partageons des valeurs de paix, de rassemblement, de tolérance et de respect mutuel. Les quatre candidatures sont autonomes. Et il est tout à fait loisible à chacun de nous d’avoir son agenda. Pour le reste, une fois que nous aurions atteint une certaine vitesse de croisière, nous pourront en toute liberté nous concerter pour adopter la stratégie la plus efficace possible qui nous permettra de battre Alassane Ouattara. Donc, c’est une bonne chose et je m’en félicite que le candidat Essy Amara procède à son investiture. Vous nous verrez tous à ses côtés. Et j’imagine que quand je ferai la mienne, ils seront tous à mes côtés. C’est un processus. Nous sommes ensemble. Nous combattrons ensemble parce que nous avons le même objectif qui est de ramener le PDCI-RDA au pouvoir ».

Marchandage de sa candidature et incompétence des cadres du PDCI : KKB répond à Touré Mamadou et Adama Bictogo

Touré Mamadou, le conseiller du Président de la République chargé de la Jeunesse et des sports a récemment accusé KKB de marchander le retrait de sa candidature auprès de certains cadres du RDR en Europe pour se faire de l’argent. Sur la question, KKB a indiqué : « J’ai dépassé ce stade. Je veux que la jeunesse de Côte d’Ivoire soit respectée. C’est le sens de mon combat. Je veux faire sortir cette jeunesse de l’infantilisation qu’on veut lui imposer. Je veux que l’on retienne que cette jeunesse peut avoir aussi des ambitions. Je ne veux plus qu’on ramène le jeune ivoirien à l’argent. A Abidjan, il y a des personnes plus responsables du RDR à qui je peux poser un problème d’argent, plutôt qu’à Paris.

Je n’ai pas eu le temps pour ces choses. Je n’ai rencontré aucun cadre du RDR dans cette tournée. J’ai été reçu dans des endroits plus importants, plus prestigieux pour l’avenir de la Côte d’Ivoire. C’est cela ma préoccupation. Je ne paye pas un billet d’avion pour aller rencontrer un cadre du RDR, loin d’Abidjan. Alassane Ouattara est à Abidjan. Je peux aller le voir directement au Palais présidentiel. Et ce ne sont pas les voies pour le faire qui me manquent ».

Il a profité pour donner son avis sur des propos attribués à Adama Bictogo, cadre du RDR et PCO de l’investiture de Ouattara au RHDP, qu’il a lus dans la presse au cours de son séjour en Occident. « D’ailleurs, je voudrais rappeler quelque chose à Adama Bictogo. De Paris, j’ai lu des propos de lui. J’ose espérer que c’est la presse qui les a ainsi traduits et qu’ils ne viennent pas de lui.
Mais dans le cas contraire, cela laisserait planer un doute profond dans mon esprit quand il dit que si dans la cour du voisin, il n’y a pas quelqu’un de responsable et compétent pour assumer l’héritage d’Houphouët-Boigny, le père fondateur du PDCI, alors on va chercher celui qui est compétent chez le voisin. (…) Je ne connais pas une société en Côte d’Ivoire où l’on va chercher l’héritier chez le voisin. Et il le dit devant des aînés comme Ahoussou Jeannot. C’est la plus grave des injures qui puisse être faite à la mémoire d’Houphouët-Boigny depuis sa mort que de laisser croire que dans sa maison, il n’y a pas d’hommes valables et compétents pour assumer son héritage. Quand on prospère en politique avec le nom d’Houphouët-Boigny, il faut faire attention aux propos que l’on tient », a déclaré sur ce point KKB.

A.A

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