Le Togo des Gnassingbé

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Le fils, Faure Essozimna, qui a succédé à son père dans des circonstances troubles n’a rien fait pour changer ce système qui le sert bien. Il l’a juste habilement maquillé pour paraître démocrate. Tous les corps de l’Etat sont malades. L’armée aussi a des problèmes. Elle aussi est malade. Le regard nouveau et clément jeté sur cette institution commence par rassurer. Le militaire sous le Général Eyadema et sous ses enfants est régi par la loi d’omerta qui est la loi du silence imposée par l’Autorité. Cette loi du silence qui règne dans l’armée joue sur la peur que les militaires ont du parti au pouvoir, car ils connaissent les représailles qui attendent celui qui parlerait. Le prix de cette loi implique que les personnes trahies éliminent le fautif. La méthode le plus souvent utilisée par ce groupe de militaires pour exécuter un « traître » au sein de l’armée est le kidnapping nocturne et le passage devant un peloton d’exécution au champ de tirs. Nos militaires n’ont pas compris qu’ils doivent s’intégrer dans une dynamique de destin collectif qui peut apporter une vraie révolution. Ils préfèrent plutôt des tempêtes dans un verre d’eau à cause des coronaires qu’une révolution implique comme des chagrins, des sacrifices, des douleurs physiques et morales et des vies brisées et qui sont inhérents à la lutte. Ils pensent que les choses changeront un jour. Comment les choses peuvent elles changer à l’avenir si rien n’est fait. Il ne faut pas perdre de vue que l’avenir est toujours le reflet du passé et que le présent n’est que ce couloir qui nous conduit de l’un à l’autre, inexorablement et inéluctablement vers la même situation et le même destin.
 
Le passé nous donne raison d’agir et c’est dans ce sens que doivent aller toutes les synergies, civiles ou militaires. Or nos hommes en tenue n’expriment leurs états d’âme que lorsque leurs intérêts égoïstes et personnels sont menacés. Ils ne se soucient guère de l’intérêt général. Les exemples font légion, qu’il s’agisse des Colonels Assih, Lawson Merlaud, Biténéwé et Kadanga, des Généraux Mèmène et Tidjani, ou des Capitaines Bandeira, Pelo, Lawson Francisco, Edjéou, Kaféchina, Zikpi, Adjinon, etc. Tous ceux à qui le pouvoir a tendu la main après sont retournés à la soupe toute honte bue confirmant l’adage que le long séjour d’un tronc d’arbre dans l’eau ne le transforme jamais en crocodile et tournant le dos au peuple qui les a accueillis en son sein sans demander de comptes. Ces comportements emmènent à se poser la question de savoir si nous devons continuer d’ouvrir nos bras et d’accueillir en notre sein ces individus animés par l’appât du gain et dénués de tout sentiment nationaliste et de toute fibre patriotique.
 
Faure et accolytes

A la mort d’Eyadéma en 2005, son fils Faure a pris le pouvoir par un coup d’état militaire dépossédant le dépositaire de l’autorité, l’Honorable Fambaré Natchaba, un autre acabit. Face aux levées de boucliers de la communauté internationale, il fait semblant de se retirer pour revenir par un coup d’état électoral. Dans un semblant d’élections, il s’accapare le pouvoir sur fond de massacres et de tragédie. D’ailleurs, il va lui même qualifier ces élections d’épouvantables. La même communauté internationale lui déroule le tapis rouge au mépris de toutes ces vies gaspillées. L’aspect le plus difficile à régler était de faire avaler la couleuvre au peuple togolais. Pour ce faire, l’Union Européenne sous la pression de la France de Chirac, l’Union Africaine, la CEDEAO de Mamadou Tandja et surtout le Nigeria d’Obasandjo et le Gabon d’Omar Bongo prévoient et initient un cadre de concertation et de dialogues entre le nouveau pouvoir et l’opposition démocratique. Certains pays de l’Union Européenne ont fait de  ces concertations politiques une condition sine qua non de leur participation au mécanisme de soutien au régime en place à Lomé. Mais cette perspective a eu du mal à passer dans la population togolaise qui y voyait un cinglant aveu d’impuissance politique, même si l’UE apportait déjà une expertise technique. Une ambiguïté demeurait sur le caractère automatique ou volontaire de la participation de l’UFC, véritable vainqueur des élections, au Gouvernement d’Union. 

La deuxième condition posée par ces Etats de l’Union Européenne était un renforcement de la démocratie, de la gouvernance et de la surveillance économique, y compris des sanctions. En fait, c’est la réouverture des traités qui s’annonce en filigrane. La brèche est ouverte et le nouveau pouvoir va l’exploiter. Pour reconstruire les fondations et asseoir le pouvoir encore vacillant, Faure a choisi deux hommes qui ne rechignent pas à la tâche et qui seront d’ailleurs les piliers de son régime naissant. Il s’agit de Gilbert Bawara et de Pascal Bodjona.

Le premier avait la mission de rassurer la communauté internationale et de ramener le Togo dans le concert des nations, ce qu’il a d’ailleurs brillamment réussi, au-delà même des espérances, à cause de l’effacement et de l’absence de l’opposition sur l’échiquier international, opposition qui de facto, ne pouvait plus apporter d’arguments contraires. L’opposition dans sa division ne pouvait pas rassembler les fonds nécessaires que pouvaient engendrer ces voyages.

Le second est un fin limier de la politique nationale en fonction de ses rapports avec l’opposition. En public, il tient des propos durs et fermes mais en privé, il reconnait les errements du pouvoir, compatit et fait des promesses. Il n’hésite pas à critiquer Faure en coulisse, et il a su créer de bonnes relations depuis 1990 d’abord avec certains leaders de la contestation estudiantine, puis avec des leaders politiques. Il donne des informations du RPT à l’opposition et balance en retour celles qu’il reçoit à son parti. Tout le monde alors est content croyant contrôler ainsi son adversaire. En fait, c’est Bodjona qui contrôle tout le monde et étend son réseau à des activités illégales de tous genre. Il est celui-là qui a introduit Babani Cissoko au Président Eyadéma. Son complice et homme à tout faire, celui-là qui gère ses activités mafieuses et ses intérêts auprès de la pègre est Bertin Agba. Pour bien infiltrer l’opposition, il s’entoure de maîtresses dont certaines sont au sommet de la prise de décision des partis de l’opposition démocratique et d’avocats bien introduits. Ce réseau bien ficelé et bien tissé comme une toile d’araignée lui permet d’être incontournable malgré les « casseroles » qu’il traîne et qui gênent énormément Faure.

En réalité, Faure ne doit sa survie et son pouvoir que grâce à l’amateurisme et à l’inexpérience d’une certaine classe politique peu préparée à la gestion du pouvoir. Il faut aussi reconnaître qu’il a déçu une partie de son monde qui voyait en lui un véritable messie et qui avait non seulement de l’admiration pour lui, mais aussi un énorme respect parce qu’il a su tenir tête à tous les machos du RPT qui ont voulu lui imposer leur vue et défendre sa politique. Il n’hésitait d’ailleurs pas à affirmer qu’il est différent de son père. Il parle du bout des lèvres de réformes qu’il n’entame pas à cause des deux grandes institutions qui le servent aujourd’hui  et sans lesquelles il n’est plus rien : l’armée et la justice.
La demande au retour à la Constitution de 92, qui est la clef d’une reprise pérenne et autonome, peine à s’affermir parce que la dynamique populaire est toujours actuellement peu robuste. Le Togo, de la colonie modèle qu’il était sous la domination allemande, a vu ses activités se replier dans tous les domaines et se retrouve aujourd’hui à la traine dans la sous région.

Chaque fois que l’opposition a accusé le parti au pouvoir et ses exécutants, ceux-ci en protestant de leur innocence, en se disant injuriés pointent à leur tour du doigt l’opposition d’accuser sans fondement, au lieu de reconnaître l’exactitude des faits dont ils sont accusés et de faire amende honorable.
 
Les évènements de Février à Avril 2005 ont véritablement troublé, traumatisé et ont jeté le discrédit sur l’armée. Le monde entier a vu des militaires Togolais investir des bureaux de vote, attaquer des populations attendant pour voter et repartir avec des urnes sous les bras. Comme cela ne suffisait pas, on a déversé des militaires et des miliciens avec à leur tête des enfants du Général Eyadéma et des membres du clan dans certains quartiers de Lomé et dans certaines villes de l’intérieur pour mater la contestation. Le bilan est lourd, les organisations des droits de l’homme parlent de 800 morts et l’ONU parle de 500.

Le désaccord entre Faure et son frère Kpatcha vient justement de ces évènements que le Président a voulu imputer à son jeune frère en l’accusant de génocide et le livrer ainsi à la vindicte populaire et à la justice, se débarrassant du même coup d’un candidat gênant.

Si Kpatcha était le véritable instigateur, pourquoi à la veille des élections du 4 Mars 2010, nous avons noté des mouvements d’armes et d’hommes dans certaines garnisons. Il semble qu’on a cherché à replanter le décor d’Avril 2005 avec plus de tact. Malheureusement, c’est le peuple qui continue de subir la volonté de ces orgueilleux qui n’ont à la bouche que des paroles d’insolence et qui ne connaissent aucun respect ni pour la vie, ni pour la dignité humaine.

 Sylvère Sayo

Lomé Togo

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