Investiture de Faure Gnassingbé le 3 Mai 2010 : Le virtuel et la réalité

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Triste journée pour nous que celle d’aujourd’hui, le 3 mai 2010, où FAURE se fait ré-introniser PR avec un résultat exceptionnel de 60% au 1er Tour, renouvelant l’exploit de 2005,  alors que son homologue Ali Bongo s’était contenté de recueillir, modestement, 43% au Gabon.

J’attire votre attention particulière que ce taux de 60% semble un nombre fétiche pour FAURE qui est né le 6.6.66. Cela expliquerait pourquoi l’on retrouve ce score de 60% à chacune de ses élections ! Cela nous rappelle son père, Eyadema, qui tenait beaucoup au chiffre »13″ à figurer dans ses heures de RDVS,…

Il faut aussi que vous sachiez qu’à ma connaissance, aucun Président élu d’un pays démocratique occidental n’a jamais pu enregistrer ce taux mirifique de 60%, face à 7 autres candidats chevronnés !
Même le NON au référendum français du 27 avril 1958, proposant au Peuple Togolais de demeurer dans l’Union franco-africaine, n’avait pas atteint ce chiffre de 60%, alors qu’il s’agissait  de l’Indépendance du pays et qu’il n’y avait que 2 choix à faire (entre le OUI ou le NON) contre 8 choix le 4 Mars 2010 (entre 8 candidats) !

Et cette performance électorale exceptionnelle de FAURE, candidat de l’ancien parti unique RPT, se révèle d’autant plus remarquable que la misère économique et sociale n’a fait que s’accentuer depuis 30 ans, sous le gouvernement RPT, tant parmi les 75% de la population qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, que parmi les 20% de la classe moyenne ne profitant pas des redistributions claniques ou des mannes du régime. Comment donc réfléchissent tous ces 60% d’électeurs qui ont voté pour FAURE ?  C’est la raison pour laquelle mon Feu ami Joachim Atutsé AGBOBLI et moi avions convenu qu’il ne faudrait plus adopter le régime présidentiel où la plupart des votants ne comprennent rien à la POLITIQUE qui signifie « la chose publique », et qu’il valait mieux prôner le modèle parlementaire où le pouvoir est exercé par le premier Ministre ou un Chancelier élu par les Députés, laissant au Président de la République la fonction d’arbitre des Institutions avec son arme de dissolution en cas de difficulté majeure du Chancelier à gouverner et notamment à bien gérer les Finances Publiques. Et nous y ajoutions le Sénat pour y recueillir des représentants à parts égales des élus locaux, des chefs traditionnels et des organisations professionnelles. De la sorte, l’enjeu de tout faire pour occuper la fonction de PR deviendrait moins attrayant, et le pays connaîtrait la véritable PAIX, fondée sur la confiance du Peuple dans la bonne gouvernance de ses dirigeants dont les pouvoirs seraient alors limités.

Comme nous n’en sommes pas là encore au Togo, je me rappelle de mon vœu social émis en 1991 à la suite de la Conférence Nationale Souveraine : celui de revoir un jour, avant de mourir, le Peuple Togolais heureux comme en 1960 quand j’avais 16 ans. Ce Peuple d’alors avait un sourire accueillant et naturel sur ses lèvres, avec des yeux pleins d’espérance. A présent, 50 ans après l’Indépendance et 20 ans après avoir émis ce vœu humaniste, je constate qu’il n’est toujours pas exaucé : Ô rage, Ô désespoir…
Seigneur, ayez donc pitié de ce Peuple qui a tant et tant souffert depuis trente ans, et qui va encore subir ce même régime politique parce qu’il est reconnu par la coalition internationale des gouvernements africains puis européens qui ont entériné les résultats annoncés par la CENI et proclamés par la Cour Constitutionnelle ! Ô miserere nobis.

Cependant, il faut que le Président de la République investi par la Cour Constitutionnelle, sache quand même que ce sacre officiel ne permettra pas de restaurer la confiance des investisseurs étrangers soucieux de bonne gouvernance publique ni celle de la Diaspora togolaise. Ils ne viendront pas investir au Togo ni y créer les centaines de milliers d’emplois dont a besoin la jeunesse togolaise désœuvrée à travers le pays et qui n’a donc pas les moyens de vivre pour pouvoir se donner un sens à son existence.

Or, notre jeunesse grossit en nombre tous les jours. Elle attend de trouver du travail, les bras croisés, car le débouché des « Zémidjans », qui était un pis-aller jusqu’ici, est à saturation à présent. Elle sera donc confrontée à un chômage croissant dans les années à venir si elle demeure au pays. Et compte tenu de ses besoins de vivre dans notre monde moderne, elle sera aux abois.

Aussi faudra-t-il s’attendre à des tensions sociales dans les années à venir. Elles émergeront un beau matin, sans prévenir personne, comme pour le 5 octobre 1990, en surprenant tout le monde et en s’étalant comme une traînée de poudre à travers toutes les villes du pays où la jeunesse est désespérée par manque de travail et de perspectives pour son avenir. Cela surprendra le pouvoir en place, qui ne s’y attendra pas, parce que ces tensions ne seront pas téléguidées par l’Opposition qui est bien surveillée et espionnée par le pouvoir.

Ces tensions surprendront donc le pouvoir parce qu’elles n’auront rien de politique au départ,  résultant tout simplement du besoin de survie de la jeunesse désœuvrée et riche de 500.000 à 700.000 personnes à travers le pays selon les âges.

Et c’est alors que la donne politique changera.
Car le pouvoir en place sera tellement surpris qu’il ne saura que faire, d’autant plus qu’il ne s’est jamais préoccupé jusqu’ici du bien-être général de la population togolaise dans son ensemble ni de sa jeunesse en particulier, en dehors du clientélisme politique de la JRPT, devenue beaucoup moins nombreuse depuis 1990 que les yeux de la population se sont ouverts sur la Politique grâce à la liberté de la Presse privée.

Le risque majeur sera alors que le pouvoir révèle sa nature en se comportant de façon brutale, au cas où il ferait appel aux 6.000 forces de sécurité (financées et bien équipées par l’Union Européenne pour les élections 2010) pour réprimer par la force ce bouillonnement populaire et spontané de la très nombreuse jeunesse désœuvrée.  Et la mauvaise résolution politique de ce problème purement social risquera fort d’aggraver le malaise social de la jeunesse désœuvrée, ce qui deviendra alors un malaise général. C’est alors que l’Opposition, réunie au sein du FRAC, serait amenée à réclamer la démission du gouvernement tout en réclamant, à juste titre, de nouvelles élections générales en vue d’élire les nouveaux gouvernants qui sauront mieux répondre aux nouvelles aspirations populaires. C’est cela le jeu démocratique ! ET alors, ce sera conforme aux promesses de FAURE d’organisera des élections aussi transparentes et crédibles qu’au Ghana voisin !

Car, il faut bien en prendre conscience, les fusils des forces de répression ne pourront plus imposer l’ordre si toute la jeunesse togolaise rejette la gouvernance de ses dirigeants qui n’auront pas assuré leur bien-être en leur procurant du travail. C’est là une loi de la Nature de toute élection démocratique, et quiconque n’en respecte pas la logique en subit la rigueur.

C’est pourquoi j’ai déclaré à plusieurs reprises dans mes interviews publiques (à la risée de nombre de mes amis de l’Opposition), que si FAURE veut réussir son 2nd mandat et laver son péché originel de 2005 et des reproches du FRAC, il devrait se rapprocher de FABRE/FRAC pour créer un gouvernement de « RECONCILIATION POUR LA RECONSTRUCTION NATIONALE » ou (RPRN) entre le FRAC et le RPT, où les ministères seront équitablement partagés 50/50, sur la base d’une feuille de route de 5 ans, dont les caractéristiques seraient les suivantes :
– fixer les objectifs économiques, sociaux et culturels à atteindre au cours de ces 5 ans (notamment l’éradication de la corruption à la Douane, Justice, Impôts, Attribution des marchés publics et Dépense publique, ainsi que la sécurisation de la population sur tout le territoire pour faire du Togo la première destination touristique de la Côte ouest africaine, la gratuité des soins de santé dans tous les Dispensaires publics à créer dans chaque quartier urbain et canton, la gratuité de l’enseignement public à tous les degrés, …etc…)
– la mise en place dans les 3 mois d’une nouvelle Constitution à régime parlementaire et non plus présidentiel, avec un Chancelier comme Chef de gouvernement (comme en Allemagne), dans une structure bicamérale [avec 100 Députés représentant env. 60.000 habitants chacun, et 100 Sénateurs composés de 30 élus des chefs traditionnels, de 30 élus des préfectures et de 40 élus des organisations professionnelles], …etc…
– et d’autres priorités à définir au cours des négociations FAURE+RPT/FABRE+FRAC.

Cela permettrait de sortir ce pays du cercle vicieux dans lequel il dépérit depuis 30 ans que la mauvaise gestion des affaires de l’Etat l’a plongé dans un endettement infernal, creusé à partir de 1975, par la fameuse politique d’Eyadema/Assor, dite des « Grands Travaux ». De la sorte, FAURE n’aura plus le remords d’être le candidat du RPT comme les rumeurs avaient circulé dans tout Lomé en 2009, avant son investiture comme candidat du RPT. Non, je n’ai pas la langue de bois …

En ce jour d’investiture de FAURE GNASSINGBE, à tous mes compatriotes républicains du FRAC, je formule ce nouveau vœu :
« Qu’un jour le Peuple Togolais puisse bénir son gouvernement ! ».
Ce sera alors le signe de son bonheur, ce bonheur qu’il avait espéré le 27 avril 1960 …
NMK
Nadim Michel KALIFE (obligé de rester à Paris à cause des risques pesant sur ma vie à Lomé)

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