Guerin-Kouka : Un responsable local de la coalition Arc en Ciel dans le viseur de certaines autorités

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Guérin-Kouka, chef-lieu de la préfecture de Dankpen située au nord de Lomé dans la région de la Kara est l’un des endroits où toutes sortes de pratiques sont opérées pour dompter les populations locales et surtout des opposants politiques. Après des affectations à caractère politique (des enseignants militants de l’opposition) dans le but d’affaiblir la force de contestation politique, le mot d’ordre est aujourd’hui de taire tous ceux qui restent encore sur le terrain et posent un souci à la survie au parti état : UNIR.

La vie poste électorale devient donc très difficile pour ceux-ci, et les menaces exercées sur eux sont permanentes.

S’il est permis en ce moment à chaque citoyen togolais de compter les progrès faits par notre pays sur le chemin de la construction d’un Etat de droit et les défis à relever, Guérin kouka reste encore au bas de l’échelle où toute voix discordante est combattue avec énergie.

Ainsi, pour avoir accès aux locaux de la compagnie de gendarmerie à kouka par exemple, il vous faut une carte d’identité nationale, une innovation majeure (politiquement bien calculée) du lieutenant Tiab, patron des locaux.

Première affaire

Dans la journée du 27 octobre, j’ai été contacté par certains frères qui disent avoir besoin d’être accompagnés à la compagnie de la gendarmerie dans une affaire de vache de peul nomade qui aurait été tuée à proximité de leur champ.

N’étant pas sur place, je leur ai demandé de prendre attache avec un autre frère pour le faire. C’est difficilement que le lieutenant Tiab a accepté qu’il les assiste.

En effet, messieurs Oudoh kossi, Nilabou et Nnitchemon tous cultivateurs dans le village de Oudjandou dans le canton de Nandouta (village d’origine du député Targone) ont été convoqués à la dite compagnie pour prouver qu’ils n’ont pas tué la bête du peul nomade le sieur Idou. Pourtant la bête supposée retrouvée à proximité de leur champ a été déplacée, dépiécée et mangée par les agents de la gendarmerie en poste à Nandouta carrefour. Ce n’est que trois jours après que les accusés ont été informés du fait, une véritable situation de l’inversion de la charge de la preuve où l’accusation n’apporte pas les preuves de son accusation mais à l’accusé de faire preuve de son innocence. Voilà des contre valeurs de la démocratie et d’un état de droit dont nous demandons la fin immédiate !

Si l’accusation croit dur comme du fer que les accusés sont forcément les coupables idéaux, reste à apporter la moindre preuve de leur accusation. Mais à Kouka , compter sur la raison et les faits pour gagner un procès est un élément dérisoire. La première confrontation du 28 octobre ne leur a pas permis de trouver le coupable parmi les personnes convoquées qui ont eu droit à toutes sorte de question et encouragement à admettre un fait dont ils n’ont rien avoir avec. L’un des fils du chef du village n’y était pas et pour cela il leur a été demandé de revenir le dimanche 3 Novembre.

Entre temps je suis revenu du voyage et ai approché le lieutenant pour m’acquérir des progrès faits dans le dossier mais c’est dans un climat tendu et hostile que mon frère Ngrou et moi avions été accueillis. Il nous a dit qu’il n’a rien à faire avec les gens de la coalition arc en ciel et qu’à chaque fois nous prenons le devant pour défendre nos militants et nos parents comme si eux(les autorités locales) ne faisaient pas bien leur travail.

Pourtant il est monnaie courante que nos parents sont souvent intimidés, et contraints à des admissions des faits non fondés lors des auditions surtout dans des affaires liées aux peul nomade(faiseurs de fortune) et à la politique. Faut-il voir en la démarche de l’officier une volonté d’éloigner des témoins crédibles d’une forfaiture ?

Durant l’entretien, il est revenu aussi sur la plateforme revendicative de la coalition adressée au chef du gouvernement que j’ai signée avant de dire que nous semons une grande panique psychologique dans la préfecture. Il va même jusqu’à me conseiller de chercher du travail avant d’ironiser qu’à force de tenter nous avions fini par avoir un siège au parlement. Il finit par nous dire que c’est parce que nous sommes opposants qu’il a demandé à un de ses agents d’être présents pour qu’on ne l’accuse pas ensuite de collaborer avec nous.

Le 3 novembre au matin lorsque nous nous sommes présentés comme prévu avec nos parents, le lieutenant était plus tendu que le jour d’avant et dit que je devenais insupportable : qu’à la justice je me suis mêlé à une affaire concernant un certain Nourou Gado et à la police j’ai plaidé la cause d’un parent arrêté pour soit disant avoir mal garé sa moto au marché. Je fais donc obstruction à l’enquête qui doit être tenue au secret et qu’il a l’aval du juge de me refouler. Il ajoute que mon entrée dans son service devrait être désormais subordonnée à la présentation de ma carte d’identité nationale (Il faut préciser que j’ai passé les 12 dernières années hors du Togo et pour des raisons d’études). Il répète haut et fort qu’il ne traite pas avec les politiciens que nous sommes, prêts à faire des récupérations.

La question qui me vient à l’esprit est de savoir s’il faut une carte d’identité pour avoir accès aux services de la République ? Si oui, combien de citoyens en disposent ?? sommes-nous donc interdits de nous constituer dans n’importe quel dossier qu’on a un intérêt en vue de la manifestation de la justice ? Est-ce la seule pièce d’identification d’un citoyen ? Une grande tristesse pour la démocratie et les droits de l’homme !

Au même moment monsieur Kodjo Wapoul, sergent retraité et militant notoire du parti UNIR (dont le nom a été cité comme un des commanditaires de l’agression du juge Toké Bruno et 2008) est arrivé avec sur sa tête le chapeau de son parti et a été accueilli avec respect dans le cadre de la même affaire.

Monsieur le lieutenant pourquoi deux poids deux mesures ? Êtes-vous au service de tous les togolais et togolaises ou des militants d’un parti fut il celui au pouvoir ? Voilà, la preuve que les motivations de notre cher officier sont ailleurs et n’ont rien à avoir avec les besoins de la procédure d’enquête !

Et c’est portes fermées et rideaux baissés que nos parents ont été interrogés pendant plusieurs heures et de façon simultanée avec à la clé des menaces de les envoyer en prison s’ils ne disaient pas la vérité. C’est tout cela qu’il ne fallait pas que nous soyons présents pour le voir de nos yeux et éventuellement le dénoncer.

En tout cas nos parents ont été relâchés grâce à l’intervention du chef du canton de Kouka, Mr Tcharé Kidissil pour persuader le peul de retirer sa plainte sans fondement. Et c’était là la seule option, car ici, les peuls ne perdent jamais un procès. Pour nous c’est un soulagement de tant plus qu’ils n’avaient rien à se reprocher.

Deuxième affaire

Le juge Isso Rachid, juge unique et président du tribunal de première instance de Dankpen est fâché d’après le lieutenant de la gendarmerie et pour cause :

Le sieur Kougouba Tobi, frère ainé de Kougouba Bidjambou ,mineure âgée de 15 ans et élève en classe de quatrième a porté plainte contre Monsieur Nourou Gado qui exerçait sur sa sœur des abus sexuels placée auprès de sa Mère madame Gado pour qu’elle puisse aller à l’école.

Dans sa plainte, il prie à la cour de prendre des mesures pour protéger sa sœur des sévices sexuels du sieur Nourou après plusieurs tentatives infructueuses visant son retrait de la dite maison.

Voisin de chambre du plaignant, il m’a demandé de l’accompagner auprès du juge pour faire valoir sa cause car le dossier faisait déjà des semaines sans aucune action. Ainsi une requête pour placement de l’enfant a été introduite et la cour a fait diligence le jour qui a suivi. Le juge par une ordonnance.

Mais le sieur Nourou comptant sur les relations de son frère Safiou, proche du juge Isso s’en est moqué. Plusieurs rencontres avec le juge pour le prier d’appliquer l’article 396 du code de l’enfant et son alinéa 5 qui prévoit des pénalités allant d’un à cinq ans d’emprisonnement ferme, le juge a fini par prétexter que le contenu de l’article l’a achapé. Pourtant le juge par son ordonnance a reconnu qu’il y avait abus sexuel.

Naïfs que nous sommes, nous avions cru sincèrement que tout récidivisme sera puni mais c’est ne pas connaitre l’influence de Safiou et la mauvaise volonté manifeste du juge de dire le droit.

Une semaine après la petite est toujours sous les sévices du sieur Nourou. Malgré qu’il est été pris en flagrant délit et présenté au juge qui a simplement demandé que le sieur Nourou et sa famille aillent convaincre les parents de la mineure de 15 ans pour qu’ils puissent revenir sur leur première requête, ainsi, le frère n’aura plus le droit de se plaindre.

Dès que j’ai été informé de la suite donnée au dossier j’ai dit au juge ma déception !

Voilà en quoi aux yeux du juge j’ai faits obstruction et devrais être irrecevable. La rhétorique que l’on entend souvent dans ces milieux c’est : « nous faisons notre travail, si vous n’êtes pas d’accord il y a des voix de recours… »

Aujourd’hui la petite est livrée sans protection aux sévices du sieur Nourou qui doit être très fier de son frère Safiou. Quand à l’article 396 du code des enfants, il est toujours en souffrance d’application. Ce n’est d’ailleurs pas un cas isolé, ce sont là les pratiques auxquelles nous sommes confrontées chaque jours, une justice sélective, négociée d’avance et ceci au mépris total des lois de la République.

Pourquoi faut-il laisser l’on commette une injustice avant de chercher à la réparer quand on a en mémoire les souvenirs des pratiques sombres du juge précédent, Mr Troitre et le CB Balouki ?

Pourquoi nos autorités sont si sensibles à tout encouragement les poussant à ne dire rien que le droit tel que prescrit ?

En attendant qu’ils inventent un mobil pour nous jetter en prison comme ils savent si bien le faire ici, nous restons convaincus que notre pays mérite mieux que ce qu’ils offrent et donc la lutte continue !

Nous lançons donc un appel pressant aux organisations des droits de l’homme à ouvrir leurs antennes à Kouka pour faire avancer la cause des droits humains dans cette partie du Togo où chacun règne à son côté en conquérant.

Togolais vient, bâtissons la cité !

Derrick TAMANDJA

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