Faure mis au pas par la France

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Faure Gnassingbé, que va-t-il faire en Côte-d’Ivoire?Laurent Gbagbo, Président de Côte-d’Ivoire«Sous aucun prétexte, ne vous abandonnez pas à la méditation mélancolique sur vos méfaits. Se rouler dans la fange n’est pas la meilleure manière de se nettoyer». Dans son œuvre, Le meilleur des mondes, Aldoux HUSLEY récuse la souffrance ou le frémissement d’un cœur après un forfait, le viol d’une vie humaine et toute possibilité d’un repentir, d’un remords, toutes les formes de hontes intimes loin des yeux de voisins.

Il choisit l’audace fétide de passer l’éponge sur tous les actes qui, dans le passé, ont assombri notre histoire personnelle, et engagé notre responsabilité. Pour se recréer un nouveau monde et n’en éprouver aucune gêne qui perturbe le présent il nous faut afficher une attitude de candeur qui annule toutes les ordures de notre passé.

Cette dimension de l’homme que l’auteur met en relief pose la grande question morale, celle de la dignité et de l’exemplarité. Si au plan psychanalytique, l’homme doit évacuer son passé, ses traumatismes, les souvenirs obsédants pour se libérer dans une optique curative et s’ouvrir l’avenir, il n’en demeure pas moins vrai qu’en politique Aldoux HUSLEY prône un machiavélisme nauséeux où seule la fin justifierait les moyens. Aujourd’hui, l’évolution du monde sort du carcan de la conquête du pouvoir quels que soient les moyens que le politique utilise. Elle prend en considération la force du courage et le travail par lesquels le politique construit pierre par pierre ses réussites. Le succès n’est plus isolé des moyens utilisés. Cette émancipation du concept de pouvoir rend bien notre époque où une dynamique de la qualité de l’homme s’impose dans une évolution du monde qui procède par des rectifications successives et qui ne saurait tolérer la grandeur par le vol, la falsification, le passage en force ou plutôt le passage forcé.

Comme le monde est devenu un village où nous sommes tous présents au monde, tous les attardés et tous les hommes intelligents sont en face de nous ; tous les hypocrites, les faux et les honnêtes gens sont sur notre écran. Nous les voyons, les visitons, les examinons autant de fois que nous le désirons. Ceux qui s’excluent d’eux-mêmes de la grande aventure humaine du progrès qualitatif et quantitatif sont sous nos yeux. Ils n’ont rien à nous apprendre. C’est plutôt à nous de les instruire. La RTI (Radio Télévision Ivoirienne) nous fait largement la leçon dans un décryptage du pouvoir de Faure et de tous ceux qui participent à l’élaboration d’une force militaire, une coalition pour rétablir la vérité des urnes en Côte d’Ivoire. La RTI a de la mémoire. Elle fait l’autopsie des forfaitures de Faure à la mort de son père, de ses massacres reconnus par le système des Nations Unies par des enquêtes réalisées par ses organes et de sa « Victoire » du 04 mars 2010, vigoureusement contestée tous les samedis à travers les ruelles de Lomé noires de monde.

Les ivoiriens ne conçoivent pas que de Faux chefs d’Etat universellement connus puissent prétendre leur donner une leçon de démocratie par un débarquement militaire dans leur propre pays alors qu’ils ne sont jamais mêlés à l’histoire des urnes sous les bras des militaires au Togo, aux massacres des civils pour installer FAURE au pouvoir, à l’incinération de Norbert ZONGO et de ses compagnons, aux victoires de Blaise CAMPAORE à la soviétique…

Tous ces chefs d’Etat qui n’ont jamais gagné une élection dans leurs propres pays et qui s’acharnent à mobiliser leurs troupes, à rassembler leurs états majors, à échafauder des plans d’intervention en Côte d’Ivoire peuvent –ils apprendre quelque chose à l’intelligence du monde?

Faure n’est- il pas plus redevable à la démocratie au Togo que Laurent GBAGBO ne le soit en Côte d’Ivoire?

Pour qui roulent ces démocrates en arme et en situation de débarquement?

1- Des fautes lourdes, des erreurs grossières, de fausses primes à la démocratie nègre de la France.
Tout l’enjeu du respect de la volonté du peuple Ivoirien tant martelée, ressassée par la France est une manifestation de sa gourmandise dans les amitiés « France –Africaille ». Elle s’adosse à ses hommes de main, les aiguillonne pour qu’ils fassent jouer des réseaux de ces roitelets qui lui sont redevables. Elle les transforme en des garçons de courses pour répondre à toutes les manœuvres sordides dont elle se voile à peine la face. Ce jeu agace la société civile en Afrique, la jeune génération, les intellectuels africains et plus particulièrement le Camerounais Achille MBEMBE, le Malien A. Omar KONARE, le nigérian Wole SOYINKA. Il élève une hostilité des pays de la ligne de front et des combattants de la souveraineté : l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, l’Angola, le Rwanda, l’Ouganda, le Ghana.

Nous voulons être clairs : la France n’a pas de diplomatie en Afrique. Elle a plutôt une structure de surveillance et d’intervention dans les pays jeunes pour les fragiliser et les rendre absolument dépendants. La cellule africaine de l’Elysée a cette vocation d’assujettissement des jeunes nations d’Afrique pour pérenniser les exploitations à vil prix des ressources naturelles, maintenir la présence de l’ancienne métropole dans les principaux secteurs de l’activité économique : AREVA pour l’uranium au Niger et au Gabon, Total pour le pétrole, Bolloré pour la manutention…

Cette cellule africaine de l’Elysée, disons-nous, étudie aussi bien le profil des hommes politiques africains que les ressources et les capacités des anciennes colonies à provoquer leurs mutations, leur futur. Elle fait le tri de ceux qui affichent une lumineuse intelligence et des réactions adultes en vue d’une césure avec la dépendance et ceux qui sont prêts à faire comme Léon MBA du Gabon qui préférait la tutelle d’une communauté à l’indépendance. Tous les politiques africains aux relents patriotiques ou nationalistes sont pour la France en situation d’hors – jeu dans l’alternance démocratique. La tendance à entretenir le paradoxe selon lequel un esclave, même affranchi, doit continuer de servir le maître est un reflexe séculaire que la France n’est pas prête à abandonner. Il a emporté de très valeureux fils d’Afrique comme par exemple Sylvanus OLYMPIO, U-YOBE du Cameroun, David DAKO de Centrafrique, Thomas SANKARA du Burkina-Faso, Pascal LISSOUBA de Brazza, Amani DIORI du Niger qui demandaient une reconsidération du prix de l’uranium et engendré des agressions armées contre les régimes de Sékou Touré et de Mathieu KEREKOU.

C’est la France qui a conçu et initié les régimes criminels à parti unique en Afrique. Le commissaire européen, éminent homme politique français Edgar PISANI ne saurait le démentir. Elle en a tiré tous les profits quand les peuples sont réduits au silence, martyrisés par des bougres à qui elle demandait toutes les faveurs, imposait des monopoles, des contrats bidons et franchement nuls pour le développement du continent.

Le discours de la BAULE est un balbutiement de la France contre les autocrates africains installés dans les «pays sous-préfectures de l’autorité française». Il y manqua une vraie pédagogie, une définition des fondamentaux d’une réelle ouverture démocratique et un accompagnement conséquent. En réalité, l’ouverture démocratique s’est apparue comme un goulot d’étranglement des régimes amis que la France a vite pris soin de remettre en selle au détriment des peuples, de la volonté populaire. Nous pensons particulièrement à Gnassingbé EYADEMA, BONGO, HOUPHOUËT, MOBUTU, CAMPAORE. La vie des peuples africains, leurs droits à s’épanouir, à jouir de leur liberté et de leurs choix démocratiques ont toujours été combattus par la France qui préfère la logique des intérêts, la protection des amitiés qui font périr des millions d’hommes.

Toute l’ambiguïté de la politique française en Afrique réside en ceci qu’elle a refusé de quitter l’Afrique, de travailler par elle-même pour sa grandeur, de mériter par sa propre sueur, comme l’Allemagne, sa place en Europe et dans le monde. En réalité, elle n’a pas les moyens de ses ambitions mais, elle se couvre de ses anciennes colonies pour se donner des ailes. D’où triomphe sa duplicité, son hypocrisie permanente, son faux jeu qui irrite la société civile. La France est trop mal placée pour ordonner en Afrique le respect de l’expression des peuples. Aujourd’hui encore, elle n’a pas changé en déclarant qu’elle n’a pas mesuré l’ampleur de l’exaspération du peuple tunisien par rapport au régime de Ben Ali. Mais, son service secret a vite fait de constater et d’annoncer que Leila, la seconde épouse de Ben Ali s’est envolée avec une tonne et demie d’or brut. C’est dans ce jeu alambiqué d’autoprotection que son regard est impassible quand des millions d’Africains périssent sous la cruauté de ses protégés. Aujourd’hui, par des subterfuges, la France mobilise les chefs qui ne perdent jamais les élections pour imposer le départ à Laurent Gbagbo. Cette mission des faux élus emportera encore des vies africaines. Ceux qui tuent un européen ou un français sont des assassins mais, ceux qui écrasent des millions de nègres sont des héros qui ont leurs sièges à l’Elysée autant que leurs primes à distribuer aux fidèles serviteurs.

2- Faure mis au pas par la France

A vouloir être chef à n’importe quel prix, on finit par perdre son âme. Le système français d’une alternative démocratique choisie pour les nègres a fait de Faure un Chef d’Etat contre la volonté populaire clairement exprimée par les Togolais. L’histoire est là, inamovible. Ses pieds trempés dans le sang ont sali les marches de l’Elysée comme d’ailleurs tant d’autres Chefs de la France-Africaille. Il sait ce qu’il doit à la France. Les yeux baissés, son serment d’obéissant est une adhésion à corps perdu aux options du Souverain blanc. Au demeurant, il ne peut que se sentir dans ses petits souliers dans des services commandés qu’imposent un bienfaiteur dont on ne refuse rien. En a-t-il les moyens ?

Faure appartient à la race de chefs que la France veut pour l’Afrique. Ceux qu’elle peut mener à volonté dans ses options pour s’attaquer à ceux qu’elle vomit pour leur arrogance. Tout engagement de la France dans le jeu démocratique en Afrique n’est jamais une attitude naturelle encore moins, l’exigence logique du respect des peuples et de leurs volontés, Les raisons sont toujours ailleurs, loin de la réalité. Le sens de tout acte français dans le positionnement des chefs est élucidé par NAPOLEON 1er dans ses Lettres : « Presque jamais, l’homme n’agit par acte naturel de son caractère, mais par une passion secrète du moment, refugiée dans les derniers replis de son cœur. » Le jardin caché du cœur français est rempli de passions pour des intérêts. C’est pourquoi ce pays n’a de cesse de programmer ceux qui doivent sortir vainqueurs des élections africaines envers et contre tous.

Faure mouillé de la tête au pied dans la compromission à la française ne peut jamais oser s’abstenir d’engager les forces armées togolaises dans le peloton d’exécution de la solution finale contre GBAGBO. L’animateur principal du service commandé auquel la France s’adosse fiévreusement n’est autre que Blaise COMPAORE dont les félicitations précipitées à Faure à l’élection du 04 mars 2010 expriment une connivence dans un cercle de reconnaissance qui ne laisse personne indifférent.

GBAGBO vendra très cher sa peau. Il sait aussi se faire des alliés et ne recule devant rien. J’ai l’intime conviction qu’il a ses plans de l’hypothèse du pire et qu’il surprendra le monde. Ceux qui n’ont rien à perdre, dans leur dernier retranchement, deviennent de vrais fauves. N’oublions pas qu’il avait juré que OUATTARA marchera sur son corps pour accéder à la présidence.

Le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine a le dossier des élections en Côte d’Ivoire en main. Il est bien parti pour échouer tout comme les médiateurs qui se sont succédé. GBAGBO ne cèdera jamais un micron de son pouvoir à OUATTARA et celui-ci n’a pas pour ambition de se contenter d’un titre honorifique de Vice-président de la Côte d’Ivoire. Le résultat des négociations de la dernière chance est contenu dans les conclusions de Mao TSETUNG: «Quand toutes les négociations auront échoué, les hommes doivent comprendre que la solution se trouve au bout du fusil».

Pour le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine, dans un mois, les conclusions qui seront dégagées s’imposeront aux deux candidats. La stratégie d’une caution de l’ONU pour intervenir militairement en Côte d’Ivoire apparaît dans un échec programmé des négociations pour se résoudre à un choix de l’Union Africaine que le Conseil de Sécurité de l’ONU pourra facilement entériner : la force d’intervention.

Des Togolais laisseront leurs vies encore dans cette manœuvre pour le respect du choix des ivoiriens alors que chez eux, ils sont nombreux à mourir pour le non respect de leur volonté clairement exprimée. Des familles entières seront encore clairement exprimées. Des familles entières seront encore endeuillées au Togo parce que rien ne sera simple pour les forces étrangères au pays des éléphants. Le paradoxe est que des Togolais vont mourir pour apprendre aux ivoiriens le caractère sacré de la vérité des urnes alors que chez eux, le choix du peuple est magistralement ignoré.

Blaise CAMPAORE, lui, joue le jeu de la France tout en protégeant les intérêts des burkinabés en Côte d’Ivoire. Ils sont quatre millions d’âmes exposées aux exactions des policiers et gendarmes zélés et véreux qui multiplient des contrôles d’identités, de cartes de séjour juste pour les détrousser. Au plus fort de la crise, environ huit cent mille burkinabés sont rentrés dans leur pays. Des difficultés sérieuses sur le plan socio-économique avaient commencé à naître de cet exode. Installer quelqu’un très proche de lui au pouvoir à Abidjan éviterait au Burkina une explosion sociale et les nombreuses difficultés économiques que cela engendre. La présence de Blaise CAMPAORE dans la rébellion se justifie en ce qu’elle freine le retour massif de ses compatriotes victimes de la question étrangère dans un pays où triomphait l’ivoirité. Les disponibilités économiques du Burkina ne peuvent pas supporter deux à trois millions de candidats au retour en quelques mois. Le pouvoir de Ouaga en souffrirait à disparaître. La France connaît très bien ces données et en use pour mettre le président du Faso en excitation pour mobiliser le cercle des démocrates à la française pour donner à d’autres une leçon de démocratie et faire triompher la volonté générale, principe de base de la gestion conséquente et responsable du pouvoir. Qu’est-ce le Togo gagnerait dans la participation de l’opération «Coup de balai» en Côte d’Ivoire?

Faure, lui n’a rien du tout à engranger en faveur du peuple togolais. Il prendra ce risque gratuit au nom d’une solidarité mécanique à l’avantage d’une France qu’il ne saura jamais éviter quelle que soit la mesure du danger à courir. Le Togo est désormais impliqué dans ce conflit imminent. Le Côte d’Ivoire fait une pédagogie médiatique et le camp du président sortant est décidé à mener son combat sur tous les fronts pour réserver à la force africaine un échec similaire à celui des Américains au Vietnam. Mais, en a-t-il les moyens?

La puissance de feu d’une force d’intervention dans un pays tiers n’est pas nécessairement suffisante pour qu’elle triomphe sans de vrais écueils. Les larmes et les douleurs de nombreuses familles togolaises sont à l’horizon pour satisfaire les caprices d’un Etat qui fait et défait les Chefs selon le sens qu’il donne à une démocratie mutante dans les pays nègres. Le pouvoir de Faure, dans l’hypothèse d’engager les Togolais à aller mourir en Côte d’Ivoire est si fragile parce qu’il est de toutes parts grignoté par ceux qui l’ont placé pour faire de lui un pantin prêt à être utilisé à des fins dont ils ont le secret.

Que des Togolais meurent pour la démocratie dans leur pays, cela paraît raisonnable quoiqu’anormal. Qu’ils meurent pour la démocratie dans un autre pays et pour un autre pays, cela n’est ni normal ni raisonnable. Occupons-nous de nos oignons d’abord. Il faut être bien bête pour ordonner la charité et la commencer par autrui.

Didier Amah DOSSAVI

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